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Full text of "Tarot, jeu et magie : [exposition], Bibliothèque nationale, [Paris, 17 octobre] 1984-[6 janvier 1985] / [catalogue par Thierry Depaulis]"

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Gallica 


Tarot, jeu et magie : 
[exposition], Bibliothèque 
nationale, [Paris, 17 octobre] 

1984-[6 janvier 1985] 


Source gallica.bnf.fr / BibliothA'que nationale de France 



(BnF 


Gallica 


I Tarot, jeu et magie : [exposition], Bibliothèque nationale, [Paris, 
17 octobre] 1984-[6 janvier 1985]. 1984. 

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Tarot, jeu et magie 


Je dirais que le jeu des Tarots représente une République mieux que les Eschecs 
ne représentent la Cour d'un Roy. Aux Tarots il y a de tous estais comme dans 
une République^ H y a des deniers pour récompenser ies bons^ il y a des espées 
pour ia défense de la patrie, il y a des Chevaliers, des Sergents, des Basteleurs, des 
Triomphes, des Empereurs, des Papes Æ des Fous,.. (R.P, François Garasse, Les 
recherches des recherches et autres œuvres de M* Estienne Pasquier* Paris, 1622; 

p. 222.) 


I 


Couvenure ,*Tarûi de «Charles VI », La Lum. Notice n'=' 7. 


Tarot, jeu et magie 





Bibliothèque Nationale 

2-006 - Ta ^ ^ 5 1984 

lOûC oo<2.o i£5 
































Exposition conçue et préparée par 
Marie-Claude Âtger-Ravel et Thierry Depaulis. 
Catalogue rédigé par Thierry Depaulis. 


Que soient en outre remerciés pour leur aide précieuse 


Vito Arlenti (Lissone) 

K. Frank Jensen (Roskilde) 
Jacqueline Lelellier (Le Pecq) 
Max Ruh (Schaffhausen) 


Galerie Mazarine 
17 octobre 1984 - 6 janvier 1985 



Bibliothèque Nationale, Paris, 1984 
«Phot, Bibt. Nat. Paris» 

ISBN 2-7177-1699-8 


Prix de vente : 120 F 


Liste des prêteurs 


Coliecfions publiques 

France : BibUothèque de T Arsenal, Paris ; Musée National des Arts et Traditions 
Populaires, Paris; Musée du Petit-Palais, Paris; Bibliothèque de ]*École Natio¬ 
nale Supérieure des Beaux-Arts, Paris; Bibliothèque Municipale, Rouen. 

RÉPubljque Fédérale d Allemagne : Deutsches Spielkarten-Museum, 
Leinfelden-Echterdingen ; Muséum fur Kunsthandwerk, Francfort. 

Grande-Bretagne : British Muséum, Department of Prims and Drawings, Lon¬ 
dres ; Victoria and Albert Muséum, Department of Prints and Drawings and Pain- 
tings, Londres, 

ITALIE : Castello Sforzesco, Raccoltà delle Stampe Achille Bertarelli, Milan. 

États-Unis : Université de Yale, Bibliothèque Beinecke (Collection Cary), New 
Haven; Metropolitan Muséum of Art, New York; National Gallery of Art, 
Washington D.C. ; Pierpont Morgan Library, New' York. 


CoUecüom privées 

France : Jean Lepoîvre, Caen; Alain Borveau, Clohars-Carnoët ; Philippe (t)er 
Marie-Claude Atger, Paris; Thierry Depaulis, Paris; Claude Guiard, Paris; Jac¬ 
queline Letellier, Paris, 

Grande-Bretagne : SyWia Mann, Rye; Rosemary et David Temperley, Bir¬ 
mingham ; Michael Dummett, Oxford. 

Italie : Vito Arienti, Lîssone. 

Suisse : Heinrich Kümpel, Zurich, 

États-Unis : Albert Field, Astoria; Théodore B. Donson, New' York. 














Avant-Propos 


Carte, mot ambigu : ce qu gagne en noblesse du côté de la géographie, U te reperd aussi¬ 
tôt du côté du jeu, de ce jeu qui utilise et nomme cet objet, la carte à jouer, comme on dit, 
qui n "est pas foin d"êîre chose immorale. Et donc, puisqull s'agit de péché, attirante, cap¬ 
tivante, futaie : n'oublions pas la dame de pique. Réprouvée tout de même, en fin de 
compte, il îejaut bien. Et d'ailleurs, qu'est-ce, je vous le demande, qu'une carte à Jouer ? 
Du papier, de la matière périssable, rien de plus. Là, peut-être, dans ce regard, est l'ori¬ 
gine d'un mépris plus générai, qui vü de ce « papier » à la société, ou plus exactement à fa 
classe qui le produit : longtemps, historiens et collectionneurs n'ont voulu voir, dans la 
carte à jouer, que des estampes populaires. 

Pas tous, cependant. Car au-delà du mai, de la passion et des drames du jeu, la carte 
est un mystère : d'où l'abondante littérature qui, depuis plus de deux siècles, tente de le 
percer. ParaUèiemenî, le collectionneur s'émeut devant ces petits bouts de carton si évoca¬ 
teurs : célèbre entre toutes, cette collection de Roger de Gaignères, qu 'un médecin anglais 
admira en 1698. Du meme Gaignères nous vient ie très beau tarot dit « de Charles VI ». 
Plus tard, les Marteau, l'oncle et le neveu, assemblèrent de riches coîlections. Elles et 
d'autres vinrent ainsi constituer et grossir, au Département des Estampes et de la Photo¬ 
graphie de ia Bibîiothèque Nationale, l'un des fonds les ph4S riches du monde : évoquons 
seulement, pour tes tarots, outre ceiui de Charles VI, certains exemplaires rarissimes du 
XV!P siècle, et une foute de jeux plus récents, tous remarquables d'invention, de trait ou 
de couleur. 

Tant de richesse reste malheureusement inconnue ou presque, comme.si de vieilles pré¬ 
ventions, sans relâche â l'affût, en interdisaient l'accès. Malgré ia passion de Joueurs 
encore et toujours plus nombreux, malgré les recherches et les écrits des amateurs d'ésoté¬ 
risme, ie tarot n'a jusqu'ici inspiré que deux expositions : en 1967, ù Bielefeld, le Deuî- 
sches Spieikarîen-Museum présentait les tarots à enseignes françaises, tandis que Jean- 
Marie Lhôîe, en î97f, à Amiens, préférait donner ie pas à la poésie des pièces plus qu'à 
leur ancienneté. Les cartes, elles, se faisaient encore plus discrètes : leur dernière appari¬ 
tion remonte à l'exposition que la Bibliothèque Nationale consacra au don Marteau, en 
1966. 

Il fallait décidément faire quelque chose. A la Bibliothèque Nationale, et pour te tarot. 
Pari réussi ? Aux visiteurs d'en juger. Au moins peut-on ie dire : c'est une première que 
l'exposition d'aujourd'hui, avec son ambition de touchera tous les aspects du tarot, dans 
l'espace comme dans le temps, L'entreprise a été conçue et réalisée par Thierry Depauiis, 
que je remercie d'avoir bien voulu collaborer avec notre institution et rédiger ie catalogue. 
Spécialiste reconnu de la carte à jouer, Thierry Depauiis poursuit en « historien du diman¬ 
che » une recherche passionnante sur les règles anciennes et le fonctionnement des jeux de 
cartes. 

Son érudition rencontre ici celle des Professeurs AMichael Dummett, de l'Université 
d'Oxford, et Detlef Hoffmann, de l'Université d'Oldenburg, auteurs de la préface et de 
l'introduction à ce catalogue. A eux notre gratitude, ainsi qu'à tous ceux sans qui l'exposi- 



îion n 'aurait pas été. Les prêteurs d'abord : le Deutsches Spielkarten-Museunt, qui, sous 
rautorité de son conservateur, Margot Dieîrich, et de l'îniassabie Detief Hoffmann, nous 
a prêté une douzaine de pièces et offert une assistance de tous les instants, au moment 
même qu'il préparait une seconde exposition sur les tarots à enseignes françaises; le Bri- 
tish Muséum, le Musée des Arts et Traditions Populaires, la Bibliothèque Municipale de 
Rouen et la Bibliothèque Beinecke de P Université de Yale : à tous ceux-là, nous sommes 
redevables de plusieurs pièces souvent exceptionnelles. N'oublions pas, non plus, ceux qui 
se sont chargés de la réalisation même de l'entreprise : Mme Marie-Claude Atger-Ravel, 
de l'Association des Collectionneurs de Caries et Tarots « L'As de trèfle », et Gisèle Lam¬ 
bert de la Réserve du Département des Estampes et de la Photographie. 

Cette exposition a été réalisée par les services et ateliers de la Bibliothèque nationale. 

André MIQUEL 

Administrateur général 
de la Bibliothèque Nationale 


S 


Préface 


A tort ou à raison, le tarot fascine bien des gens, Une de 
ces raisons est qu’un jeu de cartes ordinaire comprend 12 
figures, Là où un Jeu de tarot en possède 38, offrant ainsi 
une fabuleuse opportunité au talent des artistes et des car- 
tiers, qu’il s’agisse d’un peintre de la Renaissance ita¬ 
lienne, enlumineur de somptueuses caries réservées aux 
princes, ou d’un fabricant moderne. Les amateurs du Jeu, 
quant à eux, apprécient les finesses et la grande variété de 
situations qu’offrent des règles venues en droite ligne de 
ritalie du Nord du XV-^ siècle. 

IL est presque certain, en effet, que c’est au tarot que les 
joueurs de cartes doivent un de leurs usages les mieux 
acquis qu'est le principe de l’atout. Les images bien parti* 
culières qui sont le propre du tarot forment — à l'excep¬ 
tion du Fou — une série d’atouts permanents qui a été 
ajoutée aux quatre couleurs habituelles à cette fin. Si le 
principe des jeux de levées a pénétré en Europe avec les 
cartes elles-mêmes, venant du monde musulman, l’idée de 
l’atout, en revanche, est une invention européenne. A vrai 
dire, le tarot ne fut peut-être pas le premier jeu à inaugu¬ 
rer celte règle : un jeu allemand très populaire, le Karnof- 
felf semble en avoir eu la primeur. Mais l’invention de 
l’atout dans les cours princiéres de T Italie du Nord a dû se 
produire simultanément, et c’est le tarot qui en a répandu 
l’idée à travers l’Europe, encore plus rapidement que le 
jeu lui-même ne s’est propagé. 

De nos jours, les couleurs italiennes traditionnelles ne 
sont plus utilisées qu’en Italie et dans quelques cantons 
germaniques et romanches de la Suisse. Mais d'autres 
formes du jeu sont encore en vigueur en France* au Dane¬ 
mark, en Forêt Noire et dans les vieilles terres de l’ex- 
Empire Austro-hongrois, avec différents degrés de popu¬ 
larité. En France, celle-ci est immense et continue de croî¬ 
tre. Dans tous ces pays on emploie un type de tarots à 
couleurs françaises qui n’est pas apparu avant le milieu du 
xviip siècle. 

Dans un jeu à enseignes françaises les atouts peuvent 
représenter toutes sortes de sujets : seuls les distinguent de 
gros chiffres, romains ou arabes. Par contre, les jeux à 
couleurs italiennes continuent d’offrir — avec, parfois, 
quelques menues variations introduites sur le tard — les 


figures traditionnelles qui remontent à la création origi¬ 
nelle du Jeu. Ces allégories ne sont pas pour rien dans 
l’intérêt que suscite le tarot. Mais ces images, qui sont 
pour nous autant d’énigmes, étaient familières aux hom¬ 
mes de la Renaissance. C’est là la grande différence entre 
eux et nous. Aussi de nombreuses théories ont-elles été 
avancées pour tenter d’expliquer Ticonographie de ces 
cartes* la plupart en rapport avec l’occultisme. 

Il n’y a pas forcément de relation entre le symbolisme 
des cartes et l’usage auquel elles sont destinées. On joue, 
par exemple, en Inde, à d’authentiques jeux sans signifi¬ 
cation religieuse, mais avec des cartes dont les enseignes et 
les figures sont inspirées de la mythologie hindoue. De 
fait, l’emploi de tarots à des fins divinatoires ou occultis¬ 
tes n’est guère attesté avant les années 1780, en France. La 
cartomancie avec les cartes ordinaires est à peine plus 
ancienne, il est, certes, possible que les figures des atouts, 
le choix des allégories ou leur arrangement autorisent une 
lecture de type ésotérique ou symbolique. Pour ma part, 
j’en doute, mais je suis prêt à en débattre. On peut se 
tromper sans risque sur ce point précis, mais une mécon¬ 
naissante totale de l’histoire du jeu de tarot amène à 
admettre l’idée largement répandue, et pourtant sans fon¬ 
dement, que le tarot aurait été inventé pour un usage 
occultiste, ou encore qu’il aurait été un instrument de 
divination jusqu’à son apparition comme jeu il y a 
350 ans. 

Malgré le grand intérêt qu’a toujours suscité le tarot, 
son histoire était, jusqu’à présent, largement ignorée. La 
faute en revient pour l’essentiel aux défenseurs de l’occul¬ 
tisme. Contestant même les formes traditionnelles du 
tarot au XVlïF siècle, comme celle qu’on appelle « Tarot 
de Marseille », affirmant qu’elles avaient été déformées 
par des cartiers ignorants* ils mirent au point des versions 
« corrigées » par leurs soins, sans prendre la peine 
d’interroger les faits historiques les plus élémentaires et les 
mieux admis. Au lieu de cela* ils ont propagé, avec le suc¬ 
cès qu’on sait, une histoire du tarot particulièrement fan¬ 
taisiste qu’ils ont forgée de toutes pièces. Selon eux, 
Tusage des cartes pour le jeu s’explique par l’ignorance de 
leur véritable et authentique sens et l’origine de celles-ci 


I 


est située dans l'Égypte antique, quand ce n’est pas dans 
un Orient lointain et mystérieux. 

Les érudits qui se sont penchés sur Lhistoire de la carte 
à jouer, sans pour autant croire ces sornettes* se sont 
longtemps contentés d'une vision plutôt grossière de 
révolution du tarot, répétée à longueur d’ouvrages. La 
présente exposition, qui offre la première vue d^ensemble 
sous un angle historique et détaillé en un seul lieu, marque 
un nouvel effort pour mettre en valeur les documents. 

Les enseignes italiennes témoignent, bien sür, de l’ori¬ 
gine italienne du tarot. L’arrivée du jeu en France, au tout 
début du xvi-= siècle, atteste l’influence très forte de l’Ita¬ 
lie à cette époque. Le tarot gagna la Suisse, directement, à 
peu près au même moment; mais son introduction en 
Allemagne* aux Pays-Bas, en Scandinavie et en Europe 
Centrale se fît principalement à travers l’influence fran¬ 
çaise. L’apparition des Jeux à enseignes françaises et ï’ico- 
nographîe très particulière qui est la leur ne doivent rien à 
l’Italie* alors que presque tous les détails caractéristiques 
des tarots italiens renvoient à un archétype transalpin. 

Il n’y a pas si longtemps, on distinguait encore trois 
catégories de tarots à enseignes italiennes* d’après le nom¬ 
bre des caries : le Tarot de Venise, qui en a 78, le Tarot de 
Bologne à 62 cartes, et le Tarot de Florence à 97. Il est 
devenu évident que le nombre de cartes ne pouvait pas 
être un critère de leur origine et que cela n’avait même pas 
d’importance pour l’évolution du jeu. C’est sous la forme 
à 78 cartes que ie jeu s’est initialement répandu, et c’est à 
partir de celle-ci qu’il s’est développé après 1500. Quant à 
Venise, une des rares villes de l’italie du Nord où ie jeu 
semble être passé totalement inaperçu, elle n’a rien à voir 
dans l’histoire. 

En fait, le tarot à 78 cartes connut en Italie plusieurs 
variantes régionales. Les trois grands foyers en furent 
Milan, Ferrare et Bologne, chacune avec son propre 
modèle de cartes et sa propre pratique. Dans les deux pre¬ 
mières villes, le jeu semble avoir été connu dés les années 
1440, et à Bologne dès 1450 et très certainement avant. On 
ne peut dire, toutefois, dans lequel de ces trois centres est 
né ie tarot. En tout cas, c’est bien pour l’aristocratie que 
le jeu a dû être créé. Dans chaque ville, le jeu à quatre 
couleurs adopté correspondait à celui des cartes courantes 
qu’on utilisait localement. C’est vraisemblablement vers 
1490 que le tarot gagna Florence, en provenance de Bolo¬ 
gne. Les Florentins prirent l’initiative de porter le nombre 
des atouts à 40, constituant ainsi une quatrième tradition 
originale. 

Il reste beaucoup à découvrir. L’examen du tarot de 


Jacques Viéville (cat. n° 34), par exemple, permet d’y voir 
un ancêtre français des cartes « bruxelloises » à enseignes 
italiennes. L’acquisition récente, par un collectionneur 
anglais, d’une version semblable à ces dernières, mais 
faite à Rouen (cat. n'^ 55) vient confirmer cette lignée. Il 
est possible que ce modèle, qui diffère du Tarot de Mar¬ 
seille et qui fut en usage dans des régions où la pratique 
avait disparu jusqu’à ces dernières années, ait un ancêtre 
plus vénérable encore, peut-être sous la forme du tarot 
employé en Piémont avant le xvill' siècle et qui pourrait 
bien dériver du modèle bolonais. Sans « chaînon man¬ 
quant » tout ceci reste pure hypothèse : heureux sera celui 
qui mettra la main dessus. Mais cette démarche intellec¬ 
tuelle est nécessaire, s’il veut un jour identifier sa 
découverte. 

La présente exposition, de loin la plus ambitieuse sur le 
tarot qui ait jamais été réalisée* ravira sans nul doute tous 
ceux qui sont attirés par ce jeu, que ce soit pour sa beauté, 
pour son symbolisme ou pour les finesses du jeu à quoi les 
cartes sont employées. Elle éveillera aussi l’intérêt de ceux 
qui s’attachent aux curiosités du passé. Puisse-t-elk, en 
outre, permettre de nouvelles découvertes. 

Les progrès accomplis dans l’histoire de la carte à jouer 
et du jeu de cartes sont souvent dus à des méthodes dignes 
des détectives de romans policiers : tout repose sur des 
détails insignifiants qui attirent tout d’un coup l’atten¬ 
tion, sur des rapprochements hasardeux mais parfois 
concluants et sur des raisonnements audacieux pour expli¬ 
quer l’inexplicable. L’examen comparatif d’un si grand 
nombre de caries sera l’occasion de faire de nouvelles 
découvertes et de bâtir de nouvelles et fécondes hypothè¬ 
ses. Il ne restera plus alors aux organisateurs qu’à remet¬ 
tre sur pied une exposition plus splendide encore... 

Michael DUMMETT 
Oxford, mars 1984 

(traduit de ranglais par Thierry Depaulis) 


10 


Introduction 


Qu'on le veuille ou non, le tarot est d*abord et avant tout 
un jeu de cartes. A la cour de Milan comme à celle de Fer- 
rare, au xv« siècle, ou dans les brasseries viennoises 
d^aujourd'hui, on joue au tarot avec... des cartes. H en va 
de même en Italie, en Tchécoslovaquie, en France ou en 
Suisse. 

Celui qui joue au tarot s’inscrit dans une lignée plusieurs 
fois centenaire où se mêlent de multiples traditions, car le 
tarot ne connaît pas de frontières. C'est un jeu, certes, plei¬ 
nement européen, mais — on le sait, maintenant que Ton a 
des documents qui attestent l’origine probablement orien¬ 
tale des cartes — avec des racines extra-européennes. 

L'habitué des arrières-salles des cafés viennois n^a pas 
toujours conscience de ce brassage ancien et inter national. 
Seul son langage porte encore la trace de celte réalité. En 
Autriche, en effet, l’atout 21 se nomme der Mond {« la 
lune »)j en référence à une des vignettes de la carte, celle où 
l'on voit un couple oriental surmonté d'un croissant de 
lune. En vérité, le joueur autrichien emploie là un mot ita¬ 
lien, if mof^do (« le Monde »), qui est le véritable nom de 
l'atout XXl dans le jeu originaL lî Mondo est devenu der 
Mond... D^ailleurs, dans le « Grand Tarot Allemand une 
tête ï> de Lefer (cat. n'^ 80) le nom deFatout XXi a tant pesé 
qu'au lieu d'un médaillon avec buste d’empereur romain — 
comme sur les atouts II à XX — on voit un singe qui observe 
la Lune avec une longue-vue. La représentation originale, 
qui est une allégorie féminine du monde, conserve donc 
encore une réminiscence dans le langage actuel des joueurs 
bien que le motif de la carte n'ait plus aucun rapport. 

S'il est vrai que îe tarot est d'abord et avant tout un jeu, il 
est vrai aussi qu'il est bien plus. Son iconographie est un 
problème qui a stimulé et stimule encore l'imagination des 
écrivains et des charlatans* des occultistes et des artistes. 

Retournons, pour l'intérêt d'une meilleure connaissance, 
en Autriche où le jeu de tarot a trouvé un terrain exception¬ 
nellement fertile. Le pays imaginaire de la « Tarockanie », 
où se situe le roman de Fritz von Herzmanovsky-Orlando 
La mascarade des génies fMaskenspiei der Gentenh n'est 
certainement pas un décalque de l’Autriche, Mais les der¬ 
niers Habsbourg* dont la monarchie s'est définitivement 


éteinte avec la Première Guerre Mondiale, ont fourni le 
modèle sur lequel Herzmanovsky a bâti son conte à partir de 
1928. Quand le livre fut publié en 1958, son éditeur, Frie¬ 
drich Torberg, opposa la Tarockanie, pays de rêve, à la 
« Cacanie » rationaliste du roman de Musil, L*hommesans 
guaiîlésf. 

Lors de la création de la Tarockanie, la <f Bourgogne 
du Levant », il fallut décider quelle dynastie y serait ins¬ 
tallée. Le conflit devient explosif et Herzmanovsky écrit : 
« Metternich fit preuve de génie. La solution qu'il avait 
trouvée était toute simple : elle était aussi dynastique que 
possible et si pleinement conforme aux aspirations popu¬ 
laires les plus profondes et, partant, aux idéaux des 
années 1848 à venir, que nous resterons à jamais émerveil¬ 
lés devant une démarche aussi audacieuse de la part du 
grand homme d’État. Il créa le Royaume du Tarot^ que 
les grincheux, pour qui rien n’est jamais parfait, appelè¬ 
rent le « Royaume-miroir du chemin de gauche ». La 
constitution de ce royaume se fondait sur les « strictes 
règles du jeu de tarot, si extraordinairement populaire en 
Autriche ». Les quatre rois gouvernaient « à la manière 
des tétrarques antiques ». Le personnage le plus puissant 
du royaume était l'Excuse...^. « El dirigeait les affaires 
d'État de façon dictatoriale, il imposait sans difficultés 
des règles chaque jour nouvelles et s’amusait à tout chan¬ 
ger dans la semaine. Juste après lui par le rang et le pres¬ 
tige, venait le 21, que sa valeur qualifiait aux yeux des 
joueurs patentés pour couper les 20 autres atouts. Mais ce 
que les habitués ne savaient naturellement pas, c'est que 
cette figure occupait le 21' rang d'une franc-maçonnerie 
hautement mystique. En troisième place se tenait le 

Petit" qui, en tant que ministre des Finances, avait une 
voix très importante. Ensemble iis formaient les '‘Trois 
Bouts", un cabinet inébranlable, » 

La Tarockanie rappelle le royaume des cartes à jouer 
où Alice au Pays des Merveilles s'empêtre dans de bruta¬ 
les înierpeliations. Mais, alors que l'ouvrage de Lewis 
Caroll, qui date de est peuplé de créatures imaginai¬ 
res, burlesques et souvent cruelles, Herzmanovsky mêle 
constamment rêve et réalité dans un rapport dialectique. 



Cai, n* 101 

Les règles du tarot n^oublient pas la position spéciale des 
quatre rois, ainsi que le rôle des trois « bouts ». La réalité 
est toujours présente, mais elle est détournée et ce détour¬ 
nement est à son tour neutralisé par un rappel de la réa¬ 
lité. Ce n’est pas pour rien que la Tarockanie repose sur 
des règles de jeu : celles-ci forment la réalité du moment. 
C’est le monde très réel de la simulation. 

La personnification que Herzmanovsky fait subir à 
l’atout 21 éclaire particuliérement bien tout cela : cette 
carte n’est-elle pas simplement destinée, au yeux des 
joueurs avertis* à couper les 20 autres atouts? Pourtam, 
elle occupe le 21*^ rang d’une franc-maçonnerie. Dans ce 
même ordre d’idées « hautement mystiques », le tarot 
trouve sa place dans un autre roman du temps des Habs¬ 
bourg* Le Goiem de Gustav Meyrink (1915). 

Le Rabbin Hillel demande ici au marionnettiste 
Zwankh : 

« — Jouez-vous au tarot ? 

— Au tarot? Bien sûr. Depuis Fenfance! 

— Ce qui m’étonne c’est que vous me posiez des ques¬ 


tions sur un livre qui contient tout l’enseignement de la 
Kabbale. Vous l’avez pourtant eu des milliers de fois entre 
les mains. » 

Et le Rabbin d’expliquer que le tarot, en effet, a autant 
d'atouts qu’il y a de lettres dans Falphabet hébreu. Les 
« cartes de Bohème » — c’est ainsi qu’il les nomme — 
montrent des figures qui « sont des symboles bien con¬ 
nus : le Fou, la Mort, le Diable, le Jugement ». 

C'est le tarot — et, en particulier, les 22 atouts — qui 
donne la clé du roman. Le « Bateleur », ou atout n“ 1, 
représente F Homme. Avant l’explication du Rabbin Hil¬ 
lel, le narrateur le rencontre dans une pièce sombre à fenê“ 
tre grillagée, l’antre du Goiem, qui est une créature de 
glaise. Saisi par un froid mortel, il se tient accroupi dans 
un recoin de la pièce et fixe des cartes : « Une carte, une 
vulgaire carte, minable et stupide — c’est ce que je me 
hurlais intérieurement... en pure perte — ... maintenant, 
il a pourtant pris forme... le Bateleur — il est accroupi 
dans un coin et me fixe avec mon propre visage* » 

Le « Bateleur », c’est-à-dire le Goiem, ressemble à un 
fantôme de Fau-delà, mais en réalité c'est une forme du 
moi. C’est ce qu’explique le Rabbin au marionnettiste : 

« De même que le Bateleur est la première figure dans 
lé jeu, de meme l’homme est la première figure de son 
propre livre d’images, il est son propre double. La lettre 
hébraïque aleph, qui a la forme d’un homme pointant une 
main vers le ciel et l’autre vers la terre, signifie : ce qui est 
vrai en haut est vrai en bas, et ce qui est vrai en bas est 
aussi vrai en haut ! — C'est pourquoi je disais tout à 
F heure : **qui sait si vous vous appelez vraiment Zwankh 
et non le Bateleur”? » 

Dans le roman de Meyrink le tarot se transforme en un 
symbole de l’existence humaine, tout à fait au sens actuel. 
Le succès du livre est là pour le confirmer. Pour nous, qui 
nous préoccupons du jeu de tarot, le roman de Meyrink 
fait partie de cet aspect de Fbisioire du tarot que nous 
rangeons sous la bannière de l’occultisme. Depuis Court 
de Gébelin (cat. n'^ 128), à la fin du xvhp siècle, s’est 
répandue l’idée qu’îl se serait conservé dans le tarot une 
sagesse égyptienne passée inaperçue pendant des millénai¬ 
res ; et il y a des auteurs pour soutenir que le tarot occul¬ 
tiste est un livre de sagesse d'une grande antiquité, son 
usage comme jeu étant une intolérable concession à la vul¬ 
garité. C’est là, pourtant, une négation des faits hisiorL 
ques, qu’aucun spécialiste sérieux n’oserait défendre 
aujourd’hui. 

Dans un livre rarement mentionné dans la littérature 
spécialisée. Le Tarot : Histoire, iconographie, ésoîé- 


12 



risme^f Gérard van Rijnberck entreprend une histoire du 
tarot dans une perspective ésotérique. Il démontre qiie le 
tarot est un jeu de cartes du xv^ siècle qui n^a guère connu 
d^interprétatîon occultiste avant le XVHI', Arthur 
E. Waite le disait encore plus nettement en 1910 : « Il 
faut comprendre qu’il [le livre de Waite) n'est pas à pren¬ 
dre comme une contribution à Thistoire de la carte à 
jouer, dont je ne sais rien et dont je me moque éperdu¬ 
ment ; c^est une réflexion qui s'adresse à un certain cou¬ 
rant de l’occultisme-.* Bernoulli, qui a étudié la 
« symbolique des chiffres dans le système du tarot », 
résume ainsi : « le système des 22 ‘*lames^' du Tarot 
représente une forme géométrique extrêmement diversi¬ 
fiée, ce qui montre bien qu^un sens plus profond n’appa¬ 
raît dans chaque carte qu’à celui qui cherche à pénétrer 
dans leur réalité géométrique* Tout dépend ici de l’intui¬ 
tion. On ne peut rien démontrer »^. 

Les texte.s qui traitent du tarot ésotérique n’apportent 
rien à l’histoire des cartes ni à celle des règles du jeu. Le 
mieux que Ton puisse dire de cette littérature, qui com¬ 
mence avec Court de Gébelin, c’est qu'il s’agit de considé¬ 
rations imaginaires sur le tarot. Encore ne faut-il pas 
oublier que cette réflexion s'est matérialisée aussi sous la 
forme de cartes. Le tarot ésotérique, bien loin d’être une 
contribution éclairante au problème de Thisloire des car¬ 
tes à jouer^ est devenu lui-même une histoire, une histoire 
de l'imaginaire. Et ce n’est pas par hasard si celle-ci com¬ 
mence avec la révolution industrielle. Le rationalisme 
positiviste moderne entretient d’ailleurs un rapport étroit 
et dialectique avec ce genre de manifestations. L’éclate¬ 
ment croissant de la sociabilité du quotidien explique la 
vitalité de cet imaginaire qui tente de renouer les liens dis¬ 
tendus. On comprend pourquoi le tarot a joué un si grand 
rôle dans le mouvement hippie — jusqu’au meurtre rituel, 
en Californie. On ne s’explique pas autrement que l’ori¬ 
gine « égyptienne » du tarot, que personne n’ose plus 
soutenir sérieusement, soit toujours mise en avant dans les 
livres les plus récemment parus* Aujourd'hui, le tarot 
occultiste, principalement sous ses formes visuelles, doit 
être replacé dans le cadre d’une littérature et d’une image¬ 
rie de pure fiction. 

Retournons à nouveau en Autriche, où le tarot est qua¬ 
siment une institution nationale. En 1972 le Burgtheatçr 
de Vienne a redonné la comédie de Johann Nestroy Le 
mystère de la maison grise, qui date de 1838. Bien que 
dans la pièce elle-même le jeu de cartes, en l’occurrence le 
tarot, ne joue aucun rôle déterminant, les décors, dus à 
Lois Egg, étaient faits d'immenses cartes de tarot. Il ne 



s’agissait pas ici de n’importe quelles cartes, mais de celles 
qu’on emploie aujourd'hui à Vienne. Ceia conférait à la 
pièce une ambiance de folklore ironique qui n’était pas 
pour rien dans le succès d'une œuvre qui, d’après Maui- 
ner*, était tombée dans l’oubli. 

Nous chercherions en vain dans les cartes de Lois Egg le 
mystérieux « Bateleur » auquel Meyrink avait donné un 
sens si profond* C’est que les tarots traditionnels, au lan¬ 
gage clair et direct, ont été modernisés au moment même 
où Court de Gébelin les créditait d’une signification ésoté¬ 
rique. Les enseignes italiennes furent remplacées par les 
françaises, les atouts I à XXI s'ornèrent, au début, d’ani¬ 
maux et de scènes de chasse, puis d’illustrations de toutes 
sortes. Les cartes devinrent alors des témoins de l’histoire 
de la caricature (cf. cat. n® 96) ou, grâce aux vues de villes 
européennes, de Thistoire du tourisme (cf. cat. n^®95 et 
108). On y trouve des personnages de pièces de théâtre 
célèbres et des illustrations puisées dans la littérature clas¬ 
sique* Certains jeux expriment avec force la culture et les 
idéaux économiques de la bourgeoisie (cat. n® 103, 104, 


ij 


I 






122), Ils restituent la physionomie de la deuxième moitié 
du siècle précédent* 

Au XVI [ 1 ' siècle encore, Tancienne société seigneuriale 
trahissait son goût pour la chasse dans les illustrations des 
premiers tarots à enseignes françaises* Mais Tinfluence de 
la classe bourgeoise se fit de plus en plus sentir, aussi bien 
en termes de production qu'en termes de consommation, 
et, avec la devise « Industrie und G/ück » (« industrie et 
prospérité »), la bourgeoisie gagnait sa place sur les car¬ 
tes. Dans rancien empire des Habsbourg, la prospérité 
qu'apportait l'industrie s'appliquait à tous les peuples de 
r Autriche-Hongrie (cat* 98 à 102)* L'Allemagne de 

Bismark affirmait son processus d'industrialisation en 
illustrant ses cartes de bateaux à vapeur et de trains. Sur 
certains atouts, les scènes d’une vie quotidienne Idéale se 
font face, d'un côté la campagne, de l'autre la ville (cf. 
cat. n“ 122). Les tarots à enseignes françaises qui sont 
aujourd'hui en usage hors d'Autriche sont tous issus, à 
très peu d'exception près, de ces ancêtres « bourgeois » 
du siècle dernier. 

Pendant les deux derniers siècles, les cartes de tarot ont 
surtout servi à Jouer, mais elles ont été aussi, et sont de 
plus en plus, des objets d’intérêt historique* Il en va de 
même pour la période antérieure. L’état des recherches 
sur la question est présenté dans le détail par ce catalogue. 
Grâce au livre capital de Michael Dummett (op. cit.) on 
connaît maintenant assez bien rhistoire des règles du jeu, 
même si le problème reste à peu près entier pour les tout 
premiers temps. Malgré de nombreuses recherches, la 
série des 22 atouts continue de nous intriguer* Ce dont 
nous sommes certains aujourd'hui, c'est que le « Tarot de 
Marseille » le plus tardif représente un modèle qui s'est 
constitué dans la première moitié du XV*" siècle et qui n'a 
subi que des modifications légères* Mais quel sens peut 
bien avoir cette suite d'images où l'on trouve en même 
temps la Lune et le Soleil, l'Empereur et l’Impératrice, et 
même le Pape et la Papesse ? Que signifie dans cette série 
la représemation d'une tour de Babel que plus tard on 
appela la Maison-Dieu ? Pourquoi le Jugement (dernier) 
se tient-il généralement à la fin et la Mort à peu près au 
milieu? On trouve même, à côté d'un Ermite au sablier, 
image déformée de Saturne, la Mon avec sa faux, qui est 
une autre représentation de Saturne î Comment expliquer 
tout cela? 

Tout le monde s'accorde à distinguer deux parties dans 
le tarot : le jeu à 4 couleurs et la série des 22 atouts* Les 
documents le confirment de plus en plus ces dernières 
années, le jeu à 4 couleurs remonte certainement à un 


ancêtre venu du monde islamique qui fut très rapidement 
européanisé après son arrivée. Au sommet de la hiérarchie 
des couleurs on trouve le valet, le cavalier, la dame et le 
roi. Ces quatre figures constituent une sorte de cour 
royale* Le modèle oriental, quant à lui, paraît survivre 
sous la forme des enseignes Coupes, Épées, Bâtons, 
Deniers, C'est au Nord des Alpes que la transposition de 
la pyramide féodale de l'Europe Centrale est la plus 
claire : dans deux jeux, qui sont les plus anciens qui aient 
été conservés, on peut voir une cour qui va à la chasse* Le 
Jeu de Stuttgart, peint vers 1430, en offre un exemple par¬ 
ticulièrement net : deux couleurs sont consacrées aux 
hommes de la cour et deux aux dames* En revanche, dans 
le Jeu de la Chasse d'Ambras, les animaux, ceux qu'on 
chasse et ceux qui chassent, sont restitués dans un style 
naturaliste qui caractérise les débuts des Temps Moder¬ 
nes. Ce caractère d'imitation a perduré en tout cas 
jusqu'au milieu du XV' siècle : le Jeu des Métiers de la 
Cour d'Ambras en est la preuve la plus éclatante, Pour 
des raisons à la fois historiques et stylistiques, on ne peut 
imaginer que ces jeux n'aiem pas reçu une forte influence 
italienne. 

Par ailleurs, les chercheurs et les spécialistes son! unani¬ 
mes à reconnaître que les 22 atouts du tarot n'ont aucune 
origine orientale, mais qu'ils procèdent, sans exception, 
d'une iconographie à la fois médiévale et chrétienne, 
humaniste et antiquisante. On a vu que les caries norma¬ 
les — malgré un possible ancêtre oriental — reprodui¬ 
saient la société courtoise du Moyen Age. On peut en dire 
autant de la série des atouts : Gertrude Moakley (op.cit.) 
a suggéré de voir dans ces cartes les images d’un défilé 
triomphal, comme cela se faisait alors à Milan, à Ferrare 
et partout ailleurs. Admettre cette hypothèse soulève 
beaucoup de difficultés nouvelles, mais il me semble qu'il 
y a là une direction à prendre pour la recherche* Que Ger¬ 
trude Moakley associe d'évidence les quatre couleurs à sa 
description du défilé triomphal, cela est sans consé¬ 
quence. La solution réside certainement dans une inter¬ 
prétation cohérente des 22 atouts, dans cet ordre ou dans 
un autre. Dès les débuts de la tradition, le « canon » est 
resté relativement constant et les variantes iconographi¬ 
ques sont peu nombreuses. De ce fait, on ne peut préten¬ 
dre que la série transmise soit une déformation d'un 
archétype trop imprécis* Les cartes Visconti-Sforza (cat. 

2 et 3) ne forment-elles pas, déjà au XV' siècle, un 
canon ? 

Michael Dummet a montré de façon fort convaincante 
que l'atout est une invention européenne qui enrichit ainsi 


14 



le jeu de levées venu d^Orient* Toutefois^ la transposition 
du sytème hiérarchique européen dans la série des trionfi 
n^est pas chose naturelle : I^imagerie médiévale offre de 
tout autres formes de hiérarchies ascendantes. Le terme 
Trumph — en allemand —, ou irump — en anglais —, 
que chaque joueur de canes emploie aujourd'hui, 
n^évoqiie-t-il pas le Quatrocento dans ritalie du Nord? 

Les « Trionfi » pouvaient être tout à fait différents* 
D*un point de vue moderne^ le Triomphe par excellence 
est représenté par rîmitation des triomphes antiques, que 
Inobservation de plus en plus attentive des monuments 
romains nous permet de connaître. H est vrai que des cor¬ 
tèges de la Renaissance prirent pour modèle les triomphes 
de F Antiquité : Fensemble des 9 peintures commandées 
par François de Gonzague, dans lesquelles Mantegna célé¬ 
bra le Triomphe de César (aujourd’hui à Hampton 
Court), est un des plus connus. Mais ces processions ne 
peuvent avoir servi de modèle à la séquence des tarocchi, 
car ici c'est le triomphe d'un unique héros, votre d'un 
principe ou d'une vertu. 

<.< Le terme trionfo — écrivait Werner Weîsbach en 
1919^ — ne s'attachait pas seulement aux représentations 
des triomphes antiques, mais à toute sorte de cortège en 
mouvement. Une imagination sans bornes présidait à la 
création et à l’élaboration des thèmes de chars de fête et 
de processions de masques* Des figures tirées de l'Ancien 
et du Nouveau Testament, ou encore des récits légendai¬ 
res et de Fimaginaire populaire, des fous, des hommes 
sauvages, des géants, des personnages de la tradition 
romanesque chevaleresque et courtoise, des dieux, des 
déesses, des héros de l'Antiquité, des allégories de toutes 
sortes, tout cela se mêlait dans un désordre bigarré. » 
Après que Dante, dans son Purgatoire (XXIX), eut fait 
paraître Béatrice sur un char de triomphe, la procession 
de fête* dépeinte de façon réaliste, conserva sa place dans 
la littérature. Weîsbach fait justement remarquer que se 
superposent ici la symbolique du Char Divin et les défilés 
de l'antiquité romaine* Après Boccace, ce fuî principale¬ 
ment Pétrarque qui fut marqué par F idée du cortège 
triomphal. Dans son poème Les Triomphes (I Trionfi), 
qu'il entreprit en 1357, les allégories se .suivent en une 
série ascendante et savamment peu cohérente, quand elle 
est rendue par l'image. Au début paraît F Amour sur un 
char. Il est celui qui triomphe des dieux et des hommes, 
celui à qui personne ne résiste. Il est vaincu par la Chas¬ 
teté ; comme les esclaves et les prisonniers, celle-ci 
entraîne FAmour, enchaîné, dans .son cortège. La vie, 
qu'incarne la victoire de Chasteté sur Amour, est à son 



Le Triomphe efu Temps (Mauusc-rii Ii. 54S) 


tour vaincue par la Mort, car devant la Mort tous sont 
égaux. Mais celle-ci n'est pas la plus forte : les hommes 
vivent par la Renommée, jusqu'à ce que la Renommée 
soit vaincue à son tour. Le triomphateur en est le Temps, 
sur qui seule la Divinité (l'Éternité) a prise. 

Mais alors que Fon se représente aisément la série que 
Pétrarque exploite dans son poème, la composition des 
atouts du tarot reste obscure. Le problème de la Papesse 
est peut-être le plus simple. Comme l'a montré Eugène 
Muntz en 1901®, cette légende était bien vivante au 
XV' siècle r un buste de la Papesse figurait au Dôme de 


15 


I 








Sienne entre ceux de Léon IV et de Benoît III. 11 y 
demeura jusqu^en 1600. Jacob Burckhardt^ a bien montré 
quelles prouesses pouvait accomplir l’imagination la plus 
débordante dans la conception des défilés triomphaux. 
On comprendra aisément que de tels défilés, dont nous 
n'avons plus idée de nos jours, aient pu servir de modèles 
à nos premiers tarots. Ils donnèrent à la série des atouts et 
son nom et sa structure. 

Dans notre univers moderne, jouer aux cartes c'est un 
peu participer à une mascarade de la Renaissance : c*est 
cela, semble-t-il, qui est rassurant. 


Detlef HOFFMANN 

Oldenburg et Leinfelden-Echterdingen 
{traduit de i'alfemaad par Thierry Depauhs) 


NOTES 


1. Friti von Her^ïnariovsky-Orlando, Maskenspiei der Genien, Munich, 
1958 {dans Cesammeke Wetke, éd. Friedrich Torbcrg^ vol. II). 

2. NDT ; en Autriche, l’E^icusc eai le pliï& fon des atouts, au-de^^us du 21 „ 

3. Gérard van Rijnbcrk, Lé Tarot - HistoirÉ^ içonographie^ ésoiérisnje, 
Lyon, 1947. 

4. Arthur E. Waite, Th€ Pktorîai Key to the Tarot^ ÈÉiftg Fragments of a 
Secret Tradition under ihe Veil of Divination, Londres, 1910; 2= éd., 
Londres, 1922. 

5. R, Bernoulli, « Zur Symbolik gcomctrischcr Figuren und Zahlên », 
dans Eranos-Jahrbuch, 1934, p, 369-415. 

6. Franz H, Mautner, Nestroyi. Heidelberg, 1974. 

7. Werner Wcisbach, Trion/i, Berlin , 1919. 

S. Eugène Müntz, « La légende de la Papesse Jeanne dans ^illustration des 
livres du xv au xix* siècle», dans La Bihtiofiiia, H, 
déc. 1900/janv. 1901, p. 329-339, 

9, Jacob Burckhardt, Die Kuitur der Renaissance in ftalien, IS60. 


16 


Repères 


[ 


Repères I 


Repères 2 


Les différents systèmes d’enseignes 


Qu’est-ce qu’un jeu de tarot? 


Les spécialistes appellent enseignes les symboles des cou¬ 
leurs. Bien que cela n'affecte ni leur composition (il y a 
toujours 4 couleurs avec des cartes de points et 3 figures 
dans chacune), ni leur fonction (on peut Jouer aux mêmes 
jeux), les jeux de cartes se répartissent en Europe suivant 
trois grands systèmes d'enseignes r 

- les enseignes françaises sont les plus connues et les plus 
répandues : 


Le jeu de tarot est un jeu de cartes dont la structure de 
base est restée immuable quel que soit le nombre de cartes 
ou les couleurs adoptées. 

Le modèle initial semble bien être à 78 cartes. U 
comprend : 

- 56 cartes ordinaires, divisées en 4 couleurs de 14 cartes, 
comprenant 10 cartes numérales, du î au îO, et 4 figures 
ou têtes (roi, dame, cavalier, valet) ; 


♦ C? ♦ O 

- les enseignes germaniques sont encore en usage dans les 
pays de langue allemande : 



- les enseignes suisses sont une variante des précédentes : 



“ les enseignes latines sont communes à T Italie et aux pays 
hispanophones (Espagne et Amérique Latine). On les 
utilise aussi en Algérie et au Maroc. Elles étaient con¬ 
nues autrefois au Portugal : 



- il existe des tarots à enseignes italiennes (en Italie!) et 
des tarots à enseignes françaises (Autriche et France). 
En revanche on n'a jamais fait de tarot à enseignes 
germaniques. 


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- 21 atouts (ou triomphes >0, numérotés de 1 à 21 ; 

- 1 atout spécial* sans numéro, appelé en français Fou, 
Excuse ou Maî. 


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17 


I 




































Ce schéma s'applique dans tous les cas, quel que soit le 
système d'enseignes et quelles que soient les illustrations 
choisies pour orner les atouts. 

Il existe deux grand types de tarots r 

- les tarots à enseignes italiennes, comme le Tarot de Mar^ 
seille en France, ou les tarots encore en usage pour le jeu 
en Italie : 



Ceux-ci se caractérisent par des atouts fortement 
symboliques et stéréotypés. 


- les tarots à enseignes françaises tel notre « Tarot Nou¬ 
veau », où des scènes diverses ont remplacé les allégories 
d’origine italienne. {Voir page précédente.) 


Au-delà des différences de style graphique, ces deux 
modèles fonctionnent de la même manière et servent 
indifféremment au même jeu. 

Parfois le nombre de cartes a été réduit — par élimina¬ 
tion de caries de points. 11 existe ainsi des tarots à 62, 54 
ou même 42 cartes. Parfois aussi on a rajouté des cartes : 
le minchiate florentin en comptait 97, par addition de 
19 atouts. 


Repères 3 

Le problème de l’ordre des atouts 


Trois types de sources permettent de connaître Thistoire 
primitive des atouts du tarot en Italie : 

a) les jeux existant actuellement, 

b) les jeux anciens : quelques jeux peints à la main du 
XV' siècle (mais sans légende nî numéro sur les atouts), et 
de très rares jeux imprimés (gravés sur bois) fin XV' et 
XVJ= Siècle (certains sont numérotés), 

c) les sources littéraires : une seule du xv% les autres du 
xvp siècle. 

L’examen de toutes ces sources donne,.. 12 ordres dif¬ 
férents ! Mais si on fait abstraction des 3 Vertus (Tempé¬ 
rance, Justice et Force), on peut segmenter la séquence 
des atouts en 3 « blocs » : 

1) Bateleur, Pape/Papesse, Impératrice/Empereur (avec 
qq. var.), 

2) Amoureux, Chariot, Roue de Fortune, Ermite, Pendu 
(avec qq. var.), 

3) Mort, Diable, Maison-Dieu, Étoile, Lune, Soleil, 
Monde, Jugement (avec interversion possible des deux 
derniers). 

La position des 3 Vertus au milieu de ces 3 a blocs » 
successifs permet de regrouper les 12 ordres différents en 
trois grands types : 

TYPE A : Bateleur/Impératrice/Empereur/ 
Papesse/Pape/Amoureux/Chariot/Tempérance/ 
Justice/Force/Roue de Fortune/Ermite/Pendu/ 
Mort/Diable/M aison-Dîeu/Étoile/Lune/ 
Solei 1/ Mo nde / J ugemen t. 

NB : le Bateleur n'est pas numéroté et l’Impératrice porte 
le n° 1 (et la Mort, donc, le n* 13). C’est le Jugement qui 
est la plus haute carte. Les trois Vertus sont groupées. 

Cet ordre est celui dp Tarocchino Boîognese actuel, du 
Tarot Sicilien (avec des modifications), du Minchiate 
(id.)* du « Tarot de Charles Vi » (cat. n° 7) et de quel¬ 
ques autres Jeux anciens. Aucune référence littéraire à cet 
ordre, qui n’est pas attesté avant le XVI* siècle. Le type A 
serait né à Bologne. 

TYPE B : Bateleur/Impératrice/Empereur/ 
Papesse/Pape/Tempérance/Amoureux/Chariot/ 
Force/Roue de Fort une/Ermite/Pendu/Mort/Diable/ 
Maison-Dieu/Étoile/Lune/Soleil/Jugement/Justice/ 
Monde. 

NB : Le Monde est la plus haute carte, suivi de Justice, 
puis de Jugement* 


16 





































































I 


Ce type n^est plus représenté de nos jours et semble 
avoir disparu très tôt (xvi= siècle). C’est celui de la plus 
ancienne source littéraire connue (Sermon anonyme du 
xv^ s.). 

L'origine en serait Fer rare. 

TYPE C : C'est Tordre du Tarot de Marseille et de ses 
descendant S} Tarot de Besançon, Tarocco Piemonî^se 
actuel, ainsi que de quelques jeux français des xvi« et 
XVII' siècles. Une seule attestation italienne avant le 
xviii'^ siècle : un poème du xvi' siècle. 

L’ordre de type C serait originaire de Milan et le Tarot 
« de Marseille » (dont le plus ancien exemple français 
connu date du xvil' siècle) doit remonter à un ancêtre 
milanais (voir cat. n^^ 15 et 16). 


Quelques remarques sur les noms des atouts, leurs numé¬ 
ros eî les légendes sur les cartes. 

Les atouts des tarots enluminés du xV' siècle ne sont 
jamais numérotés, ni légendés ; leurs noms nous sont 
connus par les sources littéraires, La numérotation est 
venue plus tard à des époques différentes selon les tradi¬ 
tions. Les légendes en bas des cartes paraissent bien une 
invention française : elles sont caractéristiques (mais non 
exclusives) du Tarot « de Marseille ». La position des 
atouts changeant suivant les types d’ordre, leur numéro¬ 
tage est donc assez différent. Un seul ne change jamais : 
la Mort (n®l3), quel que soit Tordre auquel on ait à faire. 

Si le nom de certains atouts n'a subi aucune modification 
fondamentale, tant en italien qu'en français, il n’en va pas 
de même de certains autres : 

le Jugement, s'appelle parfois la Trompe (XVII«= siècle) ou 
la Trompette {tn italien : TAngelo, le Trombe ou U^Giudi- 
zio)t T Ermite est nommé le Vielart (« vieillard ») dans un 
cas, le Capucin dans Tautre (italien : ;/ Gobbo 
(« bossu »), // Vecchio {« vieux »), il Tempo), 
la Maison-Dieu s'appelle souvent aussi la Foudre (en ita¬ 
lien : la Sagiîta {« flèche »), la Saetta (« foudre »), la 
Casa del Diavoio ou del Dannaro {« damné »), la Casa, il 
Fuoco (« feu »), ITn/erno {« enfer »), la Torre). Maison- 
Dieu paraît être une corruption de « Maison de Feu » 
(c’esl-à-dire TEnfer, ce que confirme Titalien). Si le 
Pendu n’a pas changé, ses noms italiens sont divers : 
rimpiccoto (« pendu »), FApplcaîo (id.), // Traditore 
(« traître »)» H Penduto. 


Repères 4 

Les règles universelles du tarot 


Jeu de levées, le tarot Ta toujours été. Mais il s'agit 
d'un jeu où c'est le nombre de points qui permet de 
gagner (le bridge, lui, repose sur le nombre de levées). 
Pour cela on a attribué, vraisemblablemem très tôt, des 
valeurs aux cartes les plus importantes : roi, dame, cava¬ 
lier, valet, ainsi qu'au 1, au 21 d’atout et au Fou. 

Mais le tarot a ceci d’original qu’il possède une série 
d’atouts permanents, au nombre de 22. De ces atouts ou 
« triomphes », ou encore « tarots » proprement dits, 
émergent trois cartes-clés (les « bouts », en français 
moderne) : le n^ 1 appelé bagatto en Italie, Pagat en Alle¬ 
magne, paguet, baga ou « petit » en France, le n® 21 (// 
Mondo en Italie, DerMond, c'est-à-dire...« la Lune », en 
Allemagne) et le Fou fMattOf Mat, Excuse, Skys}. Cha¬ 
cune de ces cartes vaut en général 5 points. Elles sont 
dotées en outre de pouvoirs spéciaux : - le Fou permet 
d'éviter de jouer (on donne une carte en échange, on 
« s’excuse »), sauf dans les pays germaniques où il est 
devenu la carte la plus forte (au-dessus du 21), - le 1 
d'atout « mené au bout » (gagnant le dernier pli) permet 
d'encaisser une prime (en allemand « Pagat ultimo »L 

Une autre curiosité s'attache à l'ordre des cartes de 
points : dans deux des couleurs (Coupes et Deniers ou 
Coeur et Carreau) la série est inversée, le 10 devenant la 
carte la plus faible et Tas la plus forte, juste au-dessous du 
valet. Cet usage a été conservé partout sauf en France. 

L’existence d'un écart, si elle n'est pas propre au tarot, 
est une des règles importantes. Il s'agit de ces cartes (entre 
2 et 6) que le donneur réserve, soit qu’il se les attribue 
d'office en fin de donne (cas des règles anciennes), soit 
que les joueurs se les disputent au cours d’une séquence 
d'enchères. 

On ne peut passer sous silence le mode de décompte des 
points : selon le nombre de joueurs {le plus souvent 3 ou 
4), on compte, en fin de partie, les cartes par groupes, en 
associant les cartes fortes à une ou plusieurs cartes sans 
valeur. Les autres cartes valent un point par levées. 

A ces points de jeu peuvent s'ajouter des points 
d'annonces : certaines règles italiennes compensent ainsi 
Tabsence d'enchères par une collection impressionnante 
de combinaisons* 

Les enchères du tarot, en effet, telles que les connais¬ 
sent de nos jours les joueurs français et, avec plus de raffi¬ 
nements encore, les joueurs autrichiens et hongrois, sont 
d'apparition récente : ce n’est qu’à la fin du XVIil' siècle 
que Ton eut l'idée d'emprunter à THombre, alors fort en 
vogue, le système d’enchères qui faisait son originalité. 
L’appel du roi est un autre emprunt fait à ce jeu espagnol. 


19 


I 




























C^ît, n'î 1 ^ Dame d’Èpécs 




Cal. n» 2 : L'Étoik 


Cal. n'' I : Le Monde 


Cal. n® 2 : Cinq de Bâlpns 





























































I 


Cal. n® 4 " La Mon 


Cal. 5 : La Tempérance 

Cal. n“ S L Roi de Dcflicfs 




> 



22 


I 







































































Cau Ê 



I 


2.1 


I 






























































24 


I 

















































































Cat. n* 26 




Cal. no JJ 


25 




































































Cat. 55 



26 


I 














































































ClU. n" 62 



I 








































































































Cat. 79 


2S 


I 



















































Cal, n" S2 


Cat. 1:04 





f 


Cat. 


CaL 96 


Cat. 109 




29 


I 






















































































































Cat. n® 131 


Cat. ïï^ 137 


Ç JlrijiB VOÏABE. S 



ij j 4»jj,MtJ]g '311^3.L _ § 


Cal. n° 147 



3ü 




rH8HiHE "ETljS OimnRUPEPEf 






















































































_ 


U 



Cat- n* 15] 


31 


I 







































































































































































Avant le tarot, les cartes 


On a sur le tarot bien des idées reçues. La moindre n*est pas de croire en une 
mystérieuse origine orientale et divinatoire. Michael Dummett et Detlef Hoff¬ 
mann, spécialistes reconnus, le disent avec force : le tarot est une forme de jeu de 
cartes, parmi d’autres. 

De fait, on a longtemps cru que le tarot était le plus vieux des jeux de cartes et 
que nos jeux ordinaires en procédaient, par « simplification ». Il est difficile 
d'avoir des certitudes dans un domaine où les allusions impalpables tiennent lieu 
de pièces à conviction, mais force nous est de constater que les documents se réfé¬ 
rant aux cartes émergent à partir de 1375 environ et qu’il n'est question, précisé¬ 
ment, de « triomphe » (le nom ancien du tarot) qu’à partir du début du XV' siècle. 

Si les premiers témoignages de l’existence des cartes à jouer en Europe sem¬ 
blent se cristaliser autour des années 1370, le silence des textes antérieurs peut être 
interprété — avec toute la prudence qui s’impose — comme une preuve a contra¬ 
rio de l'absence des cartes dans nos contrées avant cette date. 

Comme par un effet soudain, les documents qui attestent leur existence se 
multiplient à travers l’Europe à partir de 1377, L’un de ces textes nous apporte 
même des précisions inespérées quant à la composition du jeu : 52 cartes, divisées 
en quatre séries, avec 10 cartes numérales et 3 têtes par série, telles sont les caracté¬ 
ristiques des jeux les plus courants observés par Jean « de Rheinfelden » en 1377L 
Le modèle toujours en vigueur était donc déjà fixé. Quelles en étaient au juste les 
couleurs, cela ne nous est malheureusement pas dit, mais d’autres sources nous 
permettent de penser que les couleurs italiennes furent les premières adoptées. 

Si ces dates ont été longtemps discutées, l’origine étrangère des cartes, en 
revanche, ne fait de doute pour personne : non seulement les témoignages d’une 
élaboration locale manquent, mais en plus, nos premiers commentateurs l’affir¬ 
ment, ce nouvel instrument de jeu vient d’Oriem. Du monde musulman, pour être 
plus précis, Le Musée Topkapi d’istambul conserve un jeu de cartes, certes tardif, 
mais qui paraît bien être le modèle des tout premiers jeux italiens. 

Les cartes (cartae, cartarum ludus^ ou encore naibf} sont mentionnées dans un 
grand nombre de documents, admonestations, ordonnances municipales, inter¬ 
dictions royales ou religieuses, annales, etc., éparpillés à travers l’Europe occi¬ 
dentale où la progression du jeu dut être spectaculaire dans les dernières décennies 
du XIV' siècle. Qu’étaient ces premières caries, on Tignore à peu près — et le 
témoignage de Jean « de Rheinfelden » est assez limité à leur sujet. 

En tout cas, les tricheurs n’attendem guère : dès 1408, une lettre « de rémis¬ 
sion » amnistie deux voyous qui avaient dépossédé, sur le Pont-Neuf, un mar¬ 
chand breton en le grugeant à une espèce de bonneteau. Le texte évoque de façon 
assez mystérieuse des « peinctures a façon de roses » qui ornaient les cartes. On 
connaît aussi, depuis le XVIIP siècle, la mention, dans un registre de la Chambre 


des Comptes de Charles VI, commencé en 1392, d*une somme de 56 sols parisis 
payable à « Jacquemin Griiigonneur, peintre, pour trois jeux de cartes à or et à 
diverses couleurs de plusieurs devises»*.». On a même cru, au XIX* siècle, avoir 
identifié ces cartes avec celles d'un jeu de tarot enluminé de la Bibliothèque Natio¬ 
nale* Aussi le baptisa-t-on « Tarot de Charles VI » (voir cat. n'^ 7). De fait, on a 
conservé, surtout en Allemagne, de nombreuses cartes peintes à la main : ce sont 
des jeux de luxe, faits par des artistes du XV^ siècle pour une clientèle princière. 
Mais ce ne sont pas des tarots. 

On ne trouve trace de ces derniers avec certitudes qu'à partir du deuxième 
quart du XV' siècle ; du moins avons-nous mention de cartes appelées trionfi ou 
iriumphorum ludust et on sait que ces termes désignèrent les tarots pendant 
longtemps^. 


Le tarot, création d’artiste ? 


L’arrivée des cartes à jouer en Europe allait rapideTnent stimuler la verve créatrice 
des peintres et enlumineurs chargés, au début, de produire les premiers jeux. 
Ceux-ci, objets de luxe, étaient principalement destinés aux princes (mais on a de 
nombreux exemples d’une pratique populaire). 

Ce sont, bien sûr, ces cartes de fabrication raffinée et coûteuse qui ont survécu 
jusqu’à nos jours. Rien ne subsiste, en effet, de la production du XIsiècle et 
seules de rares cartes du XV^, peintes à la main, ont été conservées. Souvent, ces 
jeux présentent des objets uniques, hors des normes déjà en vigueur : les artistes se 
sont plu à augmenter le nombre de couleurs (cinq, voire six) ainsi que le nombre 
de têtes* Les enseignes (symboles des couleurs) ont donné lieu à des recherches 
graphiques du plus bel effet. Les peintres allemands de la Renaissance ont excellé 
dans cette production. Jean de Rheînfelden, lui-même, notre premier observateur, 
confirme Texistence de ces fantaisies. 

C’est dans T Italie du Nord qu’il faut aller chercher les premières manifesta¬ 
tions du jeu de tarot* A en juger par les premiers exemplaires conservés (voir par 
exemple cat. n"" 1), la fantaisie est moins grande qu’il n’y paraît : les couleurs rete¬ 
nues sont celles des jeux itaüerïs de toujours, Coupes, Epées, Bâtons, Deniers, 
celles-là même que Ton a de bonnes raisons de croire empruntées à l’Orient 
Mamelouk. Quatre figures par couleur au Beu de trois ? Il est vraisemblable que le 
nombre n’en était pas bien fixé à l’époque. Bref, pour ce qui est des cartes autres 
que les atouts, nous retrouvons là le très ordinaire jeu italien tel que celui-ci s’est 
maintenu auprès des joueurs de Scopa (et de bien d’autres jeux !). Restent ces car¬ 
tes spéciales qui forment en quelque sorte une cinquième couleur, et que les docu¬ 
ments italiens qualifient alors de trionfi (« triomphes »). 

C’est en 1442, à Fer rare, qu’est mentionné pour la première fois le jeu de carte 
dû trïonfl. Datant à peu près de la même époque, une fresque représentant des 
joueurs de tarot orne la Casa Borromeo de Milan^ 

On possède en outre d’assez nombreuses cartes de larot, peintes à la main, que 
l’on peut dater des années 1430-1450. Parmi celles-ci figurent les célèbres jeux 
peints pour la famille Visconti-Sforza de Milan (cat* l à 3). 

Dans l’abondante moisson des jeux enluminés plus ou moins complets, et de 
cartes plus ou moins isolées que conservent les musées, on distingue deux grou¬ 
pes : l’un se rattache à la Cour de Milan et à la famille Visconti-Sforza, l’autre à la 
Cour de Ferrare et à la famille d’Esle. On a de bonnes raisons de penser que les 
carte da trionfi ont été inventées dans l’une de ces deux cours 

Gertrude Moakley^ a décrit avec minutie le contexte culturel qui fut celui des 
cours princières de l’Italie du Nord : le goût des fêtes somptueuses et des proces¬ 
sions carnavalesques, les références littéraires, à Pétrarque et à son recueil de poè¬ 
mes / Trionfi notamment, la manie des clins d’œil familiaux, c’est de cet environ- 


nement et aussi de Pexploitation de thèmes bien vivants de la culture populaire 
qu’a pu naître la série des « triomphes ». Représentation d’une procession de Car¬ 
naval ou exposé informel d’une c< philosophie » humaniste encore pétrie de rémi¬ 
niscences populaires et médiévales, la série des atouts du tarot est certainement 
tout cela, mais passé par le moule d^un milieu artistique précis. 

On y trouve en effet, pêle-mêle, les représentations du pouvoir (le Pape et 
rEmpereur) et leurs pendants féminins — peut-être ironiques —, la Papesse et 
l’Impératrice. Trois vertus cardinales sont présentes, la Force, la Tempérance et la 
Justice : ïa Prudence paraît avoir été éliminée. Le Bateleur semble bien être une 
représentation de Tartisan (voir VArtixan, n"^ 3 des « Tarots de Mantegna », cat* 
n° 9). Les allégories chrétiennes s’y sont pas oubliées : la Mort, le Diable, la 
Maison-Dieu (qui a quelque chance d’être en fait la « Maison du Feu », c’est-à- 
dire du ... Diable !), le Jugement (dernier). Les grands symboles de la culture 
populaire sont là : le Temps (l’Ermite), la Roue de Fortune, l’Amour, le Chariot 
(char de triomphe) sont des thèmes largement exploités dans Ficonographie du 
Moyen-Age et de la Renaissance. Les planètes — l’Etoile, la Lune, le Soleil, le 
Monde — forment un rappel des connaissances astronomiques du temps. 



La Cour de Milan 


On ne s'étonnera pas d*apprendre que les cartes peintes 
pour les familles Visconti et Sforza, qui régnaient alors à 
Milan, ont été Tobjet d'études nombreuses et attentives. 
Il est vrai que l'ensemble est impressionnant : trois jeux 
d'une exceptionnelle qualité ont été conservés, dont l'un 
est presque complet (74 cartes sur 78), L'identité des 
représentations avec celtes des tarots imprimés plus 
récents n’a pas manqué de frapper les spécialistes. De 
nombreuses cartes isolées, dispersées dans plusieurs col¬ 
lections publiques et privées à travers le monde complè¬ 
tent cet ensemble. 

Celui-ci se caractérise par la présence, presque cons¬ 
tante, des armes, symboles, emblèmes et devises des 
familles Visconti et Sforza qui émaillent la plupart des 
cartes. Un style commun, aisément repérable, a permis de 
les regrouper et de les étudier* 

La question de l'auteur de ces merveilles s'est vite 
posée. Longtemps attribuée au peintre Antonio Cico- 
gnara (deuxième moitié du XV' siècle), cette paternité lui 
a été contestée dès le début de notre siècle : elle reposait, il 


est vrai, sur un faux document et sur l'analyse du Comte 
Leopoldû Cicognara®, lointain parent du peintre. Il faut 
bien avouer, en outre, qu’on ne sait rien des œuvres de 
l'artiste* Peu après la Première Guerre Mondiale, les his¬ 
toriens d'art italiens ont avancé l'hypothèse de Bonifacio 
Bembo, auteur présumé de la majorité des cartes de « pre¬ 
mière main ». Celle attribution, qui a eu quelque fortune 
parmi les spécialistes, a été récemment discutée par Giu- 
liana Algeri"' : non seulement les dates ne concordent pas 
bien, mais on ne connaît ici non plus aucune œuvre sûre 
(« documentée ») de Bembo. Le nom de Francesco 
Zavattari, auteur, avec ses frères, d'une fresque signée à 
la Chapelle de Monza, paraît plus convaincantL 
L'ancienneté de ces cartes exceptionnelles — qui doi¬ 
vent leur conservation, rappelons-le, à leur caractère 
luxueux, a longtemps fait croire que le tarot était rancêtre 
des cartes ordinaires ainsi obtenues par « simplifica¬ 
tion », Le Trac{atus de Jean de Rheinfelden, ainsi que 
d'autres sources documentaires, semblent prouver qu'il 
n’en est rien. 


I 

Quaire cartes d^un tarot de fa famille 
Visconii 

École milanaise (Francesco Zavattari?) 

Milan. Italie, deuxième quart du xv'^ s. 

67 cartes (sur S9?), enseignes italiennes 
peimune sur fond! étampé d'or ou d’argeiît 
(points) 

parchemin et papier avec rabats. 

189 X 90 mm 
do^ t unis 

NB : les canes exposées sont ; Dame dTpées. îO 
d'Epées, Cavalier de Coupes, le Monde 

Les cartes ici présentées constituent peut- 
être le modèle original, rarçhétype du 
tarot. Elles Font partie d*un ensemble de 67 
cartes, actuellement conservé à la Biblio¬ 
thèque Bcinecke de l’Université de Yale. 
Peintes à la main par un artiste de la 
Renaissance, elles figurent parmi les 
joyaux de l’enluminure gothique et, avec 
de nombreuse-s autres cartes du même style, 
faites comme elles pour les familles Vis¬ 
conti et Sforza qui régnaient à Milan au 
XV* siècle, elles n’ont pas manqué d'attirer 
rattention des historiens de l’art. 

Comme en témoigne la profusion de bla¬ 
sons, de devises (« a bon ciroyt et 


d’emblèmes dont sont parsemées les cartes, 
celles-ci ont été peintes pour Filippo Maria 
Visconti (t 1447). Sur l’atout « l’Amou¬ 
reux » on distingue aussi les armes de 
Savoie ce qui permet de penser que ce jeu a 
été fait à l'occasion du mariage, en 1428, 
de Filippo Maria Visconti avec Marie de 
Savoie. 

Ce tarot pose néanmoins un certain 
nombre d’énigmes : on y trouve, en effet, 
des cavaliers et des valets féminins en plus 
de leurs homologues masculins (exemples : 
les Deniers ont un cavalier masculin et un 
cavalier féminin, les Coupes ont deux 
valets, l’un masculin, l'autre féminin), ce 
qui laisse à penser qu'il y avait 6 têtes dans 
chaque couleur. En outre, les trois Vertus 
Théologales, Foi, Espérance et Charité, 
habituellement absentes des tarots à 78 car¬ 
tes, se trouvent parmi les 11 atouts conser¬ 
vés. Certes, le minchiate florentin, avec ses 
41 atouts, intègre ces trois Vertus, mais il 
s'agit plus d'une addition rationalisée que 
d’une résurgence. 

Nous sommes donc ici en présence d'un 
jeu important qui comprenait peut-être 
89 cartes (64 cartes normales et 25 atouts 
au moins). Les historiens de l'art, emmenés 


par R obert O Longhi, ont finalement attri¬ 
bué ces cartes, ainsi que celles faites pour la 
même famille (j^u « Visconti-Sforza», voir 
cat. nos 2 et 3 ; jeu «Brambilla», etc.), à 
Bonifacio Bembo* Dans un ouvrage récent, 
Gîuliana Algeri montre que cette attribu¬ 
tion est douteuse : Bembo parait avoir tra¬ 
vaillé plutôt dans la seconde moitié du xv' 
siècle. En outre, elle distingue curieuse¬ 
ment la facture des cartes de points de celle 
des têtes et des atouts, datant ks premières 
d’avant 1440 et préférant voir dans les 
secondes des oeuvres plus tardives, en rela¬ 
tion avec k mariage de Galeazzo Maria 
Visconti et Bonne de Savoie, en 1468, Ces 
cartes pourraient être, plutôt, une oeuvre 
de jeunesse de Francesco Zavattari, tant 
elles sont proches des autres cartes 
« viscontiennes ». 

New Haven (Court.), Vale Universily Llbrary. 
Cary Coltection, ITA 109. 

Bihh : D’Alkimagne, I, 18:0 et 183-184 ; W.L, 
Schreiber, 99 î Klein, 51-52 ; Kaplan* 87-95 ; 
Dummett, 68 (n^l) et 77-79 ; Kdier, ITA |09 : 
Algeri, 59-94. 


37 


I 


2-3 

Ta roi Visconli-Sforxa 

Francesco Zavatlari (?) 

Milan* lialie* vers 3450-I45Î 
74 ca^rics (sur 7&), enseignes italiennes 
peinture sur fond d’^or ou blanc (points) 
carton épais à plusieurs couches 
175 X 87 mm 

dos : unis rouges sombres 

N.B : 6 canes seulemenl (la Force» le Jugement» 
le Roi de Bâtons, la Dame de Deniers* le 4 de 
Bâtons et le 8 de Deniers) — dé la Fier pont Mor¬ 
gan Library — sont exposées ici. ainsi que les 
reproductions (n^5) de celles de rAccadetnia 
Carrara de Bergamc. 

Les 6 cartes que nous montrons îcî sont 
exposées pour la première fois en Europe 
depuis qu^elles ont quitté notre cominem* 
en 1911, pour rejoindre les coUections de la 
Pîerpûnt Morgan Libary qui les prête 
aujourd'hui. Elles font partie d'un ensem¬ 
ble remarquable à bien des égards. En 
effet* outre les 35 cartes conservées à New 
Yorkj 39 cartes du même jeu sont restées en 
Italie^ 26 à l’Accademia Carrara de Ber- 
game (ektas présentés, cal. n*3} et les 13 
autres encore en possession de la famille 
Colleoni qui en détenait Tensemble jusqu'à 
la fin du siècle dernier. 

C"est donc à la fois un des plus anciens 
jeux de tarot connus et le plus complet des 
jeux anciens : seuls manquent en effet le 


Diable et la Maison-Dieu, ainsi que le 
3 d’Épées et le Cavalier de Deniers. Remar¬ 
quable, ce jeu l*est aussi parce qu*il est en 
tous points conforme aux cartes toujours 
en usage* en Italie par exemple* ou chez 
nous* sous la dénomination de « Tarot de 
Marseille » (aujourd'hui réserve à la carto¬ 
mancie). 

Comme en témoignent les nombreux 
symboles caractéristiques qui se trouvent 
SUT les caries de points et sur certains atouts 
(notamment la devise «/î bon droyhy, ces 
cartes ont été conçues pour Francesco 
Sforïa* devenu par son mariage avec 
Bianca Maria Visconti duc de Milan en 
1450. Ces chefs-d'œuvre de la peinture de 
la Renaissance italienne ont stimulé depuis 
longtemps les recherches des historiens de 
l’art qui ont tenté d^en identifier l'auteur 
(ou les auteurs). 

Les cartes furent d'abord atribuées — 
faussement — à Antonio Cicognara ; puis 
Roberto Longhi montra, en 1929, que la 
plupart d'entre elles pouvaient être de la 
main de Bonîfacio Bembo* peintre crémo- 
nais de la deuxième moitié du siècle. 
Six atouts néanmoins (la Tempérance, la 
Force, l'Etoile, la Lune* le Soleil et le 
Monde) sont peut-être d'un autre peintre. 

Du même artiste on connaît d'autres car¬ 
tes, d'un style proche, elles aussi peintes 
pour la famille Visconti, tel le jeu précé¬ 


dent (cat. n'^ 1) et le tarot « Brambilla », 
dont les 48 canes sont conservées à la Gale¬ 
rie Brera de Milan. De nombreuses cartes 
isolées de la même veine sont dispersées 
dans différentes collections. 

Toutefois* dans un ouvrage publié 
récemment, Gîuliana Algéri (op. cit.) con¬ 
teste Fattribution à Bembo, admise à peu 
prés universellement, et préfère voir dans 
ces cartes le travail de Francesco Zavattari, 
fresquiste à la Cour de Milan, actif dans la 
première moitié du xv^ siècle. La chrono¬ 
logie à peu prés établie de ces différents 
jeux confirmeraient plutôt cette séduisante 
hypothèse. 

Une réédition en fac-similé de ces cartes 
a été faite en 1975 par les éditions ûrafica 
Gutenberg* en Italie. Ces mêmes reproduc¬ 
tions ont inspiré l'œuvre d'italo Calvino* 
Tarots. Le Jeu de cartes Visconii de Ber- 
game eî New York (Milan et Paris : 
Frâneo-Maria Ricci, 1974). 

New York, Pierpont Morgan Library, M. 630.8, 
M. 630.14* M. 63049* M. 630.21* M. 630.29, 
M. 630.32 

Bergame* Accademia Carrara di Bdli Arti 
(ektach raines). 

BràL : W.L. Schreiber, 101-102 ; KIdn. 51-52 ; 
Moakiey ; Hoffmann, 17-18 et ii'®17b ; Kaplan* 
65-86 ■ Dgrïiineit, 69 {n“3) ; Algerl* 59-94. 


Les ateliers secondaires 


Robert Klein (op. cit.) a eu raison de distinguer des tarots 
« viscontiens » les autres productions enluminées. 
Celles-ci se rattachent, en effet, à d'autres traditions, par¬ 
fois identifiées elles aussi par la présence d’armoiries (les 
Colleoni : cat*n'’ 4, ou les Este : cat. n"^ 5), parfois 
dépourvues de tout moyen d’identification* Parmi ces 
dernières, il en est qui montrent des emprunts à un univers 
très éloigné de celui du tarot : c'est non seulement le cas 
de cartes conservées au Museo Civico de Catane, qui 
offrent une très curieuse Tempérance, couchée nue sur le 
dos d'un cerf (cT Hoffmann* n* iS>, mais aussi et surtout 
des cartes Goldschmidt (cat, n® 6) aux représentations si 
déroutantes que les spécialistes s'interrogent sur leur 
signification. Il faut certainement rapprocher d'elles les 
cartes de la Guildhall Library de Londres* 

38 


Le « tarot de Charles VI » (cat, n'’ 7) est, quant à lui, 
dépourvu de toute allusion familiale* Ses thèmes sont tout 
à fait conventionnels* Il constitue, avec les cartes Roths¬ 
child (cat. n® 8) — et le Cavalier de Bâtons du musée de 
Bassano qui fait partie du même jeu —* un ensemble 
stylistiquement cohérent auquel se rattachent aussi les car¬ 
tes de Catane. Le hiératisme imposé par la gravure sur 
bois, bien réelle dans les cartes de la Collection Roths¬ 
child, annonce la fin de la période faste des tarots enlumi¬ 
nés : le substrat xylographîé vient donner un semblant 
d'uniformité que les techniques de coloriage au pochoir 
vont parachever dès la fin du siècle. Du jeu unique et 
princier, exclusif et chevaleresque, on passe à la produc¬ 
tion « de masse ». 


I 


4 

Quatre Cartes Collieoni 

Miîan (7)^ Iialk, fin du xv' s. 

4 cartes (sur 78?). enseignes italiennes 
peinture avee fond d*or étampé 
papier en plusieurs couches 

167 n 85 mm 
dos [ unis 

Ces 4 cartes, acquises à Milan avant 1915 
et conservées par le Victoria & Albert 
Muséum de Londres, représentent en quel¬ 
que sorte une transition entre le groupe des 
cartes clairemeni identifiées comme ayant 
été faites pour la famille Visconti-Sforza et 
celles provenant d’horizons divers. 

Si le Valet de Deniers paraît une mau¬ 
vaise copie de celui que nous attribuons a 
Zavattari dans le jeu Visconti-Sforza (cal. 
nc^s 2 et 3)t l’As de Coupes évoque plutôt 
celui de l’ancienne collection Goldschmidt 
(cai. n“ 6). Le « précipice î> qui orne le bas 
de la carte a permis à certains observateurs 
de le relier aux 6 caries Viscontt-Sforza qui 
ne sont pas de la main de l’artiste principal. 
On s'attardera tout autant sur les symboles 
héraldiques : la devise « aec spe nec 
meiu » inscrite sur le pied de I^As de Cou¬ 
pes est, traditionnellement» celle d’Isabelle 
Este, marquise de Mantoue (1474-1539), 
tandis que Tangelot de droite présente un 
écusson orné des armes des Colleoni (d’évi¬ 
dents « coglioni Or Isabelle peut dif¬ 
ficilement a^'oir connu Barîolomeo Col¬ 
leoni qui est mort quand elle avait deux 
ans,.. 

Les deux autres cartes, la Mon et 
l’Etoile, ne ressemblent à aucune autre 
connue, Peut-être peut-on faire observer 
que la Mort est placée sur un so! de car¬ 
reaux noirs et blancs comme on en trouve 
sur certaines des canes Goldschmidt (cat. 
n° 6). Un phylactère, émergeant de sa bou¬ 
che, annonce « son fine ». 

Londres, Victoria and Albert Muséum, Depart¬ 
ment of Prints and Drawings and Painrings, 
1468-1926, 1469-1926, 1470-1926 cl 1471-1926. 

Bibl. : Kaplan. 104 ; Dummett, 72 (n’ 12). 

5 

Trois canes peintes pour la famille d’Ksfe 

Ferrare (?>, Italie» xv= s. 

16 cartes (sur 7S?), enseignes italiennes 

peinture avec fond d’or étampé 

papier en plusieurs couches avec rabats à 

l'italienne 

140 X 78 mm 

dos : unis 

NB : 3 cartes sont exposées ici : le Roi de 
Deniers, la Dame de Coupes et la Tempérance. 

Ces trois cartes appartiennent à un 


ensemble de 16 aujourd’hui conservé dans 
la collection Cary de la Bibliothèque Bei- 
necke de PUniversité de Yale. D’un style 
radicalement différent des cartes « Vis- 
conti » et neüement plus petites, elles 
offrent sur ks Dames de Bâtons et d’Epées 
ainsi que sur les Cavalier et Valet de Bâtons 
les armes d’Este. Le Roi et le Cavalier 
d’Epées montrent les armes des Anjou de 
Naples, 

Bien que certains traits puissent les rap¬ 
procher du style des tards « de Charles 
VI » (cat. n* 7), on se gardera bien de voir 
la plus que de vagues ressemblances de 
détail. 

De même que tes documents écrits con- 
firn^em» à Milan, l’existence des trionfi au 
XV* siècle, de même les sources ne man¬ 
quent pas, pour Ferrare, à commencer par 
la première attestation connue du jeu en 
1442. 

Ni légendes ni numéros n’apparaissent 
dans ces canes, mais un texte de la fin du 
XV* siècle, qu’on a quelque raison de situer 
à Ferrare» nous renseigneL Ce document, 
aujourd’hui conservé à Cincinnati» nous 
donne en effet la liste des « triomphes » 
avec leurs noms et leur numéro d’ordre : 
Primus didfttr Ei ùagaieifa (et est omnium 
inferior). 2^ /mperntrix. 3, fmperator. 4, 
Là Pàpessa (..J. S, El Papa d» La 
femperentia. 7, L^amore. Bt Lo caro îriam- 
phaîe (vei mundus parvus). 9, La forteza. 
ÎO^ La rot ta (id es i regnot regnavi, sam sine 
regftoj. îf El gobbo. î2, Lo impie hato. 
î3, La morte. 14, El diavoio. 15, La 
sagitîü. 16, La Stella. 17, La luna. IB, El 
sole. 19, Lo angelo. 20, La Jusfida. 21. El 
mofîdo fcioe Dio Fadre). O, El matto sla 
nulla (fiisi vetifil). 

Ncvif Haven (Conn.)> Yale Universiiy Library, 
Cary Collection, ITA 103. 

BibI : W.L. Schreiber, 103 ; Klein, 52 ; Kaplan, 
117 ; Ktilcr, ITA 103 î Dummeti. 69 (n* 6). 


6 

Cartes « Goldschmidt » 

Italie? Provence?, milieu du -XV' s. 

9 c9.rLËS» enseignes, italiennes (?) 

peinture avec fond d’or éianipé 

parchemin 

140 x: 65 mm 

dûs : carmin foncé 

Ces cartes proviennent de la collection de 
Victor Goldschmidt qui les publia — sans 
indication sur leur provenance — dans son 
livre Farben in Kunst (Heidelberg, 1919 - 
vol. lÜ, pi. 66 a-e, pl. 67 f-i). Depuis lors. 


elles sont une épine dans le pied des spécia¬ 
listes de la carte à jouer. La solution la plus 
facile consistait à les déclarer fausses. Mal¬ 
heureusement, une expertise de l’Institut 
Doerner» faite en 1955» compliqua 
l'affaire. L’analyse spectrale démontra la 
présence « aux côtés de beaucoup d'or et 
d’un peu d’argent, de faibles quantités de 
cuivre, de plomb, de zinc, d’aluminium, de 
manganèse» de magnésium et de silicium ». 
Le rapport concluait « qu’il n’y a aucune 
raison d’admettre qu'elles ne sont pas 
authentiques ». 

Le support, quant à lui, est clairement 
un palimpseste, c’est-à-dire que le parche¬ 
min a été réutilisé comme on peut le voir 
sur la bordure gauche de la carte représen¬ 
tant un évêque. Le fond d’or est étampé et 
les dos sont recouverts d’un rouge carmin 
sombre. Les cartes à jouer sur parchemin 
sont rarissimes ; même les plus anciennes 
— comme le jeu de Stuttgart — sont pein¬ 
tes sur du papier. 

Mais ce n’est pas là la seule bizarrerie : 
une carte, le 5 de Bâtons, se conforme à 
l’iconographie traditionnelle» encore que sa 
composition la rattache plutôt au système 
d'enseignes espagnoles. On peut aussi iden¬ 
tifier le calice, avec un jet et un serpent, 
comme l’as de Coupes, car on retrouve une 
semblable représentation au Victoria à 
Albert Muséum (cat. n“ 4) ou encore à la 
Guildhall Library. Nous suivrons aussi 
Michael Dummett quand il voit dans la 
carte avec épée et tète de mort un as 
d’Epées» qui présente quelques afrmités 
avec une figure semblable de la Guildhall. 
Dummett suggère aussi que le monstre 
marin couronné pourrait être une sorte de 
carte-titre à valeur héraldique : c’est un élé¬ 
ment à prendre en considération. Mais ne 
pourrait-on pas l’identifier avec le « Dia¬ 
ble »? Quand au soleil au-dessus des trois 
collines stylisées, il doit pouvoir se ratta¬ 
cher au tarot (niais peut-être s’agit-j] aussi 
d’armoiriesL 

L’autre carte» celle qui nous montre un 
homme avec un petit chien» une bourse à la 
ceinture et un faucon sur le poing droit» 
peut-elle être interprétée comme le Bate¬ 
leur? Ici encore un blason apparaît sur la 
poitrine du personnage, Il s’agit certaine¬ 
ment — comme l’a proposé Michael Dum- 
meü — d’un fauconnier. Mais pourquoi 
aussi un chien? El la roue dentée qui se 
trouve au-dessus de son épaule droite est- 
elle une enseigne? 

Il reste trois autres cartes avec des per¬ 
sonnages. .Aucune des trois ne peut être 
clairement rattachée à un atout précis du 
tarot. Ce qui est troublant, avec ces reines 
debout ou à genoux» c’est leur position 


39 


■ 


I 


tournée vers rejctérieur, comme si elles 
devaient être alignées en une suite signiHca- 
tive. L'une d'entre elle est peut-être Tlmpé- 
ratrice ; Tévêque subsistant serait alors le 
pape.., 

il est sûr que la richesse et la variété des 
jeux avec cartes était bien plus grandes au 
XV' siècle quelle ii>st aujourd’huîn Ces 
cartes s inscrivent vraisemblablement dans 
un contexte que nous ignorons. Mais le 5 
de Bâtons reste un problème irritant car il 
ne peut que faire référence à la série 
conventionnelle. 

La localisation des cartes ajoute aux dif¬ 
ficultés : Klein (op- cit.) avait suggéré un 
artiste lombard, bien que la forme des 
enseignes et le style austère bien caractéris* 
tique puissent faire penser plutôt à la Pro¬ 
vence. Mais — et cela vaut aussi pour ce 
jeu de cartes cynégétique qui s*est vendu 
chez Sotheby en décembre 83 — notre con¬ 
ception du style nous pousse toujours vers 
la meilleure qualité. Or^ en matière de car¬ 
tes à jouer, nous avons souvent affaire à 
des niveaux artistiques de troisième» voire 
de quatrième ordre.., C"est ce qui rend une 
véritable appréciation stylistique difficile, 

Deilef Hoffmann 

Leinfelden-ETchîerdingen, Deuisches 
Spiclkarten-MusËum, Ë 226 a-i. 

âibL : W.L. Schreiber, tC>Û ; Klein, S2 : Hoff- 
rnann, 1 ? n* 19 : Kaplan» 110-111 ; Dummeu» 
73 (n" 19) et 74-75. 


7 

Tarot de Charles VI 

Italie du Nord, fin du s* 

17 cartes (sur 78?), enseignes italiennes 

dessin à i^cnerc, peint, doré et argenté puis 

étampé 

papier en plusieurs couches avec rabats à 
ritalienne 

ISO-ISS X 90^95 mm 
dos : blancs unis 
marques : 

FAf^TE (jarretière du Valet d’Epées) 
chiffres à t'encre sur certains atouts 
les cartes sont : 

le Fou, t'Empereur (!Î0. le Pape, l'Amoureux 
(yj. la Tempérance (Vf), la Force (Vif), la Jus¬ 
tice fV/fî}, le Chariot (fX), l'Ermite (XJ), le 
Pendu (XUL pour Xlt), la Mort {Xi/f), la 
Maison-Dieu, la Lune fXVff), le Soleil fXVJfî), 
le Monde (XVÏffl), Je Jugement (XX), le Valet 
d'Epées (Fanie). 

NB ; Les chiffres indiqués sont ceux lisibles, par¬ 
tiellement ou non, en haut des cartes — sauf 
pour le Pendu, où le chiffre est inscrit en bas, « à 
l'envers ». Ces chiffres romains sont tracés i 
fencre et paraissent légèrement postérieurs à la 
réalisation des cartes (première moitié du 
xv[< siècle au plus tard). 

40 


Le Tarot « de Charles VI » est» sans 
conteste, la pièce la plus célèbre et la plus 
justement admirée du fonds de cartes à 
jouer du Cabinet des Estampes de la 
Bibliothèque Nationale. C*est à la généro¬ 
sité de Roger de Gaîgnères (1642-1715) que 
l'on doit de l'avoir conservé ici. Il y est 
entré en 1711 avec le reste de la collection 
du grand érudit : les cartes à jouer y 
tenaient une place non négligeable» 
puisqu*cn 1698 un médecin anglais vint les 
admirer â Paris. Il remarqua parmi elles 
des cartes très grandes, « extrêmement bien 
peintes et enluminées avec des bordures 
d"or et un carton épais et rigide ; mais ce 
n’était pas un jeu complet » (Martin Lister, 
A Journey to Paris in fhe Year 1698^ Lon¬ 
dres, 1699 — cité dans W,L, Schreiber, 
lOl). 

C*e5t Constant Leber qui» en I S42, pro¬ 
posa de voir dans ces 17 cartes celles men¬ 
tionnées en 1392 dans un livre de comptes 
de Charles VI au titre d*un règlement dû à 
un certain Jacquemin Gringonneur, qui 
s’en trouva aussitôt crédité de rinvention. 
Cette belle légende n’a pas tenu long¬ 
temps : déjà Romain Merlin {Origine des 
cartes â jouer, Paris» 1869) s’en méfiait. 
D'Allemagne, quant à lui, y voyait de 
« fort beaux tarots vénitiens du commence¬ 
ment du quinziéme siècle >k Mats, si la 
datation et la localisation sont contesta¬ 
bles, le soin et le luxe déployés pour exécu¬ 
ter ces chefs-d’œuvre n’avail pas échappé 
au spécialiste qu’il était. 

On est, à vrai dire, embarrassé pour 
situer ces caries. Leur affinité stylistique 
avec celles de La Collection Rothschild du 
Louvre (cL n^ suivant) ne fait pas de doute 
— même si celîes-cî sont d’unç main plus 
raffinée —, pas plus qu’avec celles conser¬ 
vées au Museo Civico de Catane qui mon¬ 
trent un Monde et un Ermite frappants de 
ressemblance. Une certaine tradition, rap¬ 
portée par Dummett (op. cit,), en ferait des 
productions ferraraises. Mais si l’on peut, 
avec Klein (op. cit.), les situer dans la 
deuxième moitié du xv^ siècle, il est diffi¬ 
cile, dans l'état actuel de nos connaissan¬ 
ces» de leur assigner une origine précise. 
Les résultats de l’examen effectué par le 
Laboratoire de Recherche des Musées de 
France dont on trouvera les conclusions ci- 
après» sont formels : les pigments employés 
ne permettent pas d’aller au-delà d’une 
datation très générale. La présence de 
rabats, que souligne le rapport d’analyse, 
témoigne en faveur d’une fabrication tar¬ 
dive, même si, manifestement» le dessin et 
la peinture ont été posés une fois chaque 
carte montée, comme c'est aussi le cas dans 
les cartes de la Collection Rothschild, 


Michael Dummett s’est penché sur les 
chiffres romains inscrits à Tencre sur le 
haut des cartes (sauf dans le cas du Pendu) 
et parfois partîellemern rognés : on peut 
ainsi reconstituer un ordre des atouts qui 
paraît proche de celui de la tradition bolo¬ 
naise. A dire vrai, la représentation de 
nombreux atouts permet ce rapprochement 
(cf. cat. n* 23, 24 et 26) : l’Empereur tient 
un sceptre à fleur-de-Iis et un globe à peu 
près semblables, sa couronne est pareille¬ 
ment constituée d'un bonnet, le Chariot 
représente un même personnage masculin 
debout sur une sorte de socle, la Force 
s’appuie sur une colonne, mais ici brisée» la 
Mort est â cheval ei tournée vers la gauche, 
la Maison-Dieu a le même aspect de porte 
fortifiée» et» surtout, la Lune avec ses 
astronomes» le Soleil et sa fileuse, et le 
Monde, caractérisé par son personnage 
debout Sur une sphère, tenant un globe et 
un sceptre» accusent des affinités évidentes 
avec les allégories équivalentes des tarots 
de Bologne. Aussi pourrait-on» avec beau¬ 
coup de prudence, évoquer ici une origine 
bolonaise. A moins que les tarots de Bolo¬ 
gne ne se soient inspirés de celui-ci... 

Parts, Ë.N., Estampes, Kh 24 rié, 

BibJr : D’AltÈrtiagnç, 1» 1S1-182 (et nombreuses 
ilt.) ; W.L. Schreiber» lOl ; Klein ; Hoffmann» 
18 et n°17 c ; Kaplan, 111-116 ; Dummett» 69 
(n" 4) et 395. 


Résullats de l'examen effectué par le Labora¬ 
toire de Recherche des Musées de France. 

Le^ dix-sept tarots présentent les mêmes carac¬ 
téristiques^ Ils constituent un ensemble homo¬ 
gène réalisé en plusieurs étapes, selon le même 
processus. 

Le support est fait de deux feuilles de papier 
superposées et encollées. Des bandes de papier 
adhérant au pcuriour renforcent les bords. 
Ceux-ci ont été malheureusement redécoupés à 
une époque indéterminée. Par référence à la 
technique traditionnelle, ces bandes seraient les 
restes de repli delà feuille mférîeure sur la feuille 
supérieure. 

Le dessin préparatoire est ensuite tracé avec 
une encre noire de type sépia. 

Dans les parties destinées à Être dorées ou 
argentées, une épaisse couche d’assicite à base de 
plâtre et de colle de peaux, légèrement colorée à 
Toere rouge, est déposée sur le support. 

Après fixation des feuilles d’Or cl d’argent, 
des décors de rinceaux sont estampés dans 
répaisseur de l’assielte» 

Les couleurs sont ensuite étendues avec une 
tempera à Toeuf. La présence de presque tous les 
pigments disponibles au XV' siècle, celle en parti¬ 
culier de matériaux onéreux comme î’or» le lapis- 
laîuli ou le vermillon, suggère que le commandi¬ 
taire était un riche personnage. 


I 


Certains pigments sont réservé? à la représen¬ 
tation de sujets déterminés. AinsL le vert de la 
végétation est toujours un mélange d'^indigo et 
d’orpiment et le vert des vêtements, de Tataca- 
mite mêlé de jaune au plomb et à l’étain. 

Outre les pigments déjà cités, l’analyse a iden¬ 
tifié le blanc de plomb, fazurîte et une laque 
organique rouge. 

Grâce à la grande qualité des matériaux utili¬ 
sés, les couleurs Ont conservé toute leur 
frakheur. 

Les détails (Heurs, décors), les drapés de vête¬ 
ments et les cernes ocres ou uoîrs sont ajoutés en 
fin d’exécution, li en va de même pour les motifs 
dorés, posés à mixtion sur les couleurs. 

J.P. Rioux 


8 

8 cartes de La collection Rothschild 

Italie du Nord, fin du xv» s, 

8 cartes (sur ?), enseignes italiennes 
xylographie (?) peinte à la main avec â-plais 
dorés et êtampés 

papier en plusieurs couches avec rabais à 
l'italienne 
189 X 90 mm 

dos ; restaurés, avec du papier blanc 
ektachromes 

La Collection Rothschild du Louvre pos¬ 
sède 8 cartes peintes dom la caractéristique 
majeure est de présemer un substrat qui 
paraît xylographie. Les reproductions ici 
présentées sont celles du roi de Deniers (a), 
du valet de Deniers (b), du roi de Bâtons 
(c), de la dame de Bâtons (d), du cavalier 
de Bâtons (e), du valet de Bâtons (f) ^t de la 
dame d’Épées (g). Un seul atout figure, 
TEmpereur (h). 

Les cartes ont, en réalité, été bâties une à 
une, le papier du dûs venant se rabattre lar¬ 
gement sur La face (1 cm et plus ! — rabats 
dits « à ritaliennes »). C*est sur un tel sup¬ 
port que les dessins ont été imprimés puis 
coloriés, avec une peinture dorée et étam- 
pée, recouvrant partiellement les rabats. 
Nous sommes ici à la charnière de deux 
modes de production i l’exécution 
luxueuse et l’impression individuelle ratta¬ 


chent ces cartes au groupe des jeux prin¬ 
ciers^ alors que Tusage de la xylographie, 
qui fait ici une apparition discrète, renvoie 
aux premiers essais d’une production <i de 
masse ». 

On n’a pas manqué de rapprocher ces 
cartes de celles du Tarot de Charles Vi » 
(voir n” précédent), notamment TEmpe- 
reur : il s’agit, dans les deux cas, d’un per¬ 
sonnage barbu, en robe, assis, tenant un 
disque doré et accompagné de deux servi¬ 
teurs. La curieuse couronne qui les coiffe 
est ici très semblable et dépasse pareille- 
meni la bordure. Le sceptre est de même 
type : une tige ornée d’une fteur-de-lis. 
Cette même fleur-de-lis se retrouve sur le 
disque de notre Empereur. On comparera 
aussi les sièges de l’Empereur, de la Justice 
et de la Tempérance du Tarot de Char¬ 
les VI avec ceux des têtes reproduites ici. 
La bordure, enfin, sorte de bande ornée de 
rinceaux, est assez semblable dans les deux 
jeux, mais ici traitée en à-plat. 

Un cavalier de Bâtons du même jeu se 
trouve au Museo Civico de Bassano en Ita¬ 
lie {illustration dans Kaplan, 12i)). 

Paris, Musée du Louvre, Collection E, de Roths¬ 
child, 3773 à 37S0 LR. 

BtbL : W,L, Schreiber, 102 3 Klein, 52; Hoff^ 
mann, 18 et n* 17 a; Louvre 74, n" 58 à 65 ; 
Kaplan. 121-122; Dummett, 69 (n'' 5). 





























De l’œuvre d’art à la production en série 


Il est vraisemblable que les caries de tarot ne servirent pas seulement à la délecta¬ 
tion esthétique de quelques princes : c'est pour jouer qu'elles furent créées. Le jeu 
de tarot n'est, après tout, en Italie, qu'un jeu de cartes parmi d'autres* Mais pour 
assurer sa diffusion et, tout simplement, un emploi sans risque, ÎI fallait des cartes 
fabriquées en séries* C'est ici que la gravure — sur bois d'abord, puis, rapidement 
ensuite sur cuivre — intervient. Le XVI' et le XVII' siècles voient se développer le 
jeu de tarot qui essaime à travers î'Italie et se répand même en France et en Suisse. 
C'est aussi l'époque où se fixe le terme italien tarocchi qui donnera le français 
tarot, l'allemand îarock, etc* C'est à Ferrare encore qu'on en note la première 
occurrence connue (1516), 

Malgré le très petit nombre de cartes imprimées qui nous sont parvenues 
(7 ensembles pour le XVP siècle, 9 pour le XVIP*..), le formidable travail de 
Michael Dummett (op. ch,) a permis récemment de cerner les centres de diffusion 
du jeu : outre Milan et Ferrare, le jeu s'est installé à Bologne, à Florence et à Luc- 
ques, et même à Rome* On sait qu'il s'est transporté, à la fin du XVIP siècle, 
jusqu'en Sicile. La France, vraisemblablement à partir de Lyon, et la Suisse ont 
aussi été (et sont encore !) des foyers actifs. 

Nous ne saurions négliger pour autant les diverses fantaisies que les graveurs 
brodèrent autour du thème des tarots. Au XVP siècle encore, la tradition des car¬ 
tes de luxe ne s'est pas perdue. Mais c'est désormais à la gravure que les artistes, 
grands ou petits, confient leur inspiration* Parce que ces œuvres d'imagination ne 
sont pas sans intérêt pour l'iconographie allégorique, nous avons choisi de les pré¬ 
senter en premier. 

























Les tarots humanistes 


L’iconographie des cartes* et plus particulièrement du 
tarot avec ses 22 atouts, ne pouvait laisser indifférents les 
artistes du XV siècle. Prolongeant en quelque sorte les 
créations des enlumineurs du siècle précédent, c'^est à la 
gravure qu’ils confièrent leurs inventions. Mais, alors que 
les productions populaires s’expriment par la gravure sur 
bois — une technique utilisée jusqu’au XIX'^ siècle, don¬ 
nant aux vieux tarots « italiens » cet aspect « médiéval » 
qui fascinera tant les occultistes —, le genre noble 
s’oriente vers le burin. Bien que les « Tarots de Mante- 
gna » ne soient ni des tarots ni des œuvres de Mantegna, 
leur place dans l’évolution de notre imagerie ne peut être 
négligée r non seulement ils sont un superbe exemple de la 
gravure ferraraise de la deuxieme moitié du XV^ siècle, 
mais leurs thèmes sont si proches des allégories du tarot 


qu’on ne peut « lire » celles-ci sans référence à ces images 
empreintes de philosophie humanistique. 

De Ferrare aussi, les cartes Sola-Busca (catn n* 11) — 
qui sont d’authentiques tarots — offrent le premier essai 
d’une série d’atouts débarrassés des connotations chré¬ 
tiennes et populaires : héros de l’antiquité et divinités 
classiques dénotent la part de l’humanisme littéraire et 
pictural, Un autre jeu (cat. 12) pare d’habits antiques 
les allégories conventionnelles, tandis que Catelin Geo- 
froy, à Lyon, auteur du plus ancien tarot français connu à 
ce jour, marie les atouts de la tradition à des enseignes de 
fantaisie qu’il puise à une source allemande. Enfin, tard 
dans le XVH^ siècle, le graveur Giuseppe MitelU exploite 
l’idée du tarot — bolonais — dans une vision déjà très 
baroque. 


9 

« Ti^rots Mantegna » 

Maître de Ferrare (entourage de Francesco 
CoSsa) 

Ferrare, Italie, vers 1465 

50 « cartes » (complet), sous forme de livre 

burin avec rehauts d’^or 

papier 

1S2 X 102 mm {« cartes s>-) 

Paris, B,N., Estampes, Kh 26 rés. 


10 

Fameio 

Maîire de Ferrare 

Ferrare, Italie, vers 1465 

carte isolée (série « E ?>) 

burin colorié à la main (partie inférieure) 

papier 

240 X 160 mm 

Leinfelden-Echlerdingen, Deutsche? Spiel- 
karten-Museuin, A IBS. 

Bibi t Wilisbire, LJ et 1.2; O'Donoghue, I.l ; 
D'Allemagne, 1, 172-179; W.L. Schreiber, 
103-104; Hindh liE-L 22J-240; Jean Sezncc, La 
survivance des dieux antiques au fdoyen-Age et à 
ia Renaissance, Londres, 1940; A. Chastei et 
R. Klein, L^Europe de ta Renaissance : Rage de 
rHuntanisme^ Brusclles, 1963; Hoffmann, 19, 
67 cl n® 21; Eariy flalian Engravings from (he 
Nûiiùnai Gallery of Art. Catalogue par 
J.A. Levenson, K. Oberhuber et J.L. Sheelan, 
Washington (National Gallery of Art). 1973; 
p. Bl à 157 ; Alberrina 74, 2 ; KapÈan , 37-47 ; 

Dummeit* és ; Keller, (TA IÛ5. 



I 














































Les « Tarots de Mantegna » 

Les « Tarots de Mantegna » forment Tune des plus pré¬ 
cieuses et des plus énigmatiques suites d'estampes des 
débuts de la gravure italienne* Ils ont suscité maintes 
interprétations, et continuent à stimuler T imagination et 
la réflexion. Pourtant ils ne constituent pas un jeu de 
tarot, et ne sont pas une création de Mantegna. De nom¬ 
breuses recherches leur ont été consacrées : relations avec 
le jeu de tarot, origines littéraires, iconographiques et his¬ 
toriques, signification des images, situation parmi les Jeux 
et les suites d'images symboliques très appréciés à 
répoque. 

L'ensemble des « Tarots de Mantegna >> se compose de 
cinquante estampes numérotées en chiffres romains et 
arabes, légendées en dialecte proche de ceux de Venise et 
Ferrare. Il se divise en cinq séries de dix gravures chacune, 
désignées par les lettres E, D, C, B, A, se succédant en 
sens inverse de la numérotation. On y observe des rap¬ 
ports évidents avec le jeu de tarot, le développement d'un 
thème précis dans chaque série et deux parcours possi¬ 
bles : Tun suivant les figures (î à 50), Tautre suivant les 
séries {A à E). 

E {1 à 10)* La Hiérarcfiie de ia société et (a cottditioa humaine. 
l. Misero <le mendiant) — 2. Fameio (le serviteur) — 3. Artixati 
(rartisan) — 4. Merchadante (le marchand) — 5. Zîntüomo (le 
gentilhomme) — 6. Chavalier (le chevalier) — 7. Doxe (le doge) ^ 
8* Re (k roi) ■= 9, Imperator (Pempereur) — lÛ. Papa (le pape). 

D (I ï à 20). Les Muses ei Apollon. 

IL Caliope — 12. Urania — 13. Terpskore — 14* Erato — 15- 
Polimnia — 16. Talia — 17. Melpomene — I S. Euterpe — 19- Clio 
— 20. ApûJlo. 

C (21 à 30). Les Arts libéraux et les Sciences. 

21. Grammatica — 22. Loica — 23. Retorica — 24. Geometria — 
25 Aritmeiricha — 26. Mu^iicha — 27. Poesia — 28. Filosophia — 
29, Astrologia — 30. Teologia. 

B (31 à 40)* Les principes cosmiques et les Sept Vertus. 

31. [liaco (k génie de la lumière) — 32. Chronico (k génie du 
temps) — 33* Cosmico (Le génie du monde) — 34* Temperancia — 
35, Prudencia — 36. Fortezza — 37. Justicia — 38, Charita — 39. 
Speranza — 40. Fede- 

A (41 à 50). Les Sept Pianètes et les Sphères. 

41. Luna — 42. Mercuria — 43. Vénus — 44. Sol — 45. Marte — 
46. Jupiter — 47. Saturno — 48. Ottava Sfera (huitième sphère) — 
49* Primo Mobile (premier mobile) — 50. Prima Causa (cause 
première)* 

Parmi ces figures, vingt-deux évoquent d'une manière 
précise les caries de tarot par rappellation, la ressem¬ 
blance iconographique ou la signification* L'Empereur, ie 
Pape* les trois Vertus cardinales (la Justice, la Force et la 
Tempérance), la Lune, le Soleil correspondent aux atouts 
du même nom, le Roi, le Cavalier, le Valet aux tètes équi¬ 
valentes* Misero, Vénus, Mars, Saturne rappellent la 



représentation du Fou* de FEloile, du Chariot, de 
l'Ermite. Prima Causa et Jupiter rejoignent par une signi¬ 
fication commune le Monde du jeu de tarot. Enfin, la 
quatrième vertu cardinale, la Prudence, et les trois vertus 
théologales, la Foi, F Espérance et la Charité, apparaissent 
dans le Minchioïe de Florence- Ajoutons à toutes ces ana¬ 
logies, une iconographie très proche de certaines figures 
avec celles du jeu de tarot exécuté pour la famille Visconlî 
vers 1450 : le Roi, l'Empereur et le Pape. 

Le titre d’usage s'explique alors plus aisément d’autant 
que le format rectangulaire des estampes, leur bordure 
identique et régulière, la représentation de figures isolées 
se détachant sur un fond uni, correspondent à la figura¬ 
tion d'un jeu de cartes. Cependant, parmi la quinzaine 
d'exemplaires conservés, dont neuf sont complets, aucun 
ne nous est parvenu collé sur papier fort- D’autre part, 
quatre d'entre eux sont reliés et se présentent sous forme 
de livre- Le but poursuivi par le créateur de cet ensemble 
n'était certainement pas la manipulation fréquente des 
images. 

Ce seul « jeu » chiffré du xv^ siècle, se déroule dans un 
ordre hiérarchisé idéal, de Fetre le plus inférieur jusqu'à 
Dieu. Son origine, son sens et sa destination restent à 
découvrir. L’analyse des différentes séries permet certai¬ 
nes déductions qui entraînent une réflexion individuelle et 
engendrent la méditation. Toute la « magie » de Funivers 
culturel italien du xv^ siècle se reflète dans les nombreuses 
combinaisons d'images qui se devinent. 

La hiérarchie de la société et la condiîtor} humaine (série 
E. I à 10). 

Celte série est la plus facile à interpréter* Elle représente 
toutes les situations auxquelles l'Homme peut accéder ou 
qu'il peut connaître, de la plus humble, celle de mendiant, 
à la plus honorée, celle du représentant de Dieu sur terre, 
le Pape- 

Les Muses et Apollon (série D- 11 à 20) 

Les neuf filles de Jupiter et de Mnémosyne (la 
Mémoire) présidaient à tous les arts de l'intelligence. A 
l'origine, les Muses n’avaient pas d'attribution indivi¬ 
duelle bien définie- Au XV*^ siècle, toute culture s'y réfé¬ 
rait. Elles se succèdent ici* en commençant par Calliope, 
la plus puissante d'entre elles* Deux symboles les accom¬ 
pagnent presque toutes : un instrument de musique et une 
sphère. Cette iconographie évoque la conception pythago¬ 
ricienne de la musique cosmique qui associe les Muses aux 
chœurs des anges, et les écrits de Plutarque, qui logent les 
Muses dans les sphères planétaires. Elle était diffusée 
auprès des artistes par deux manuscrits, dont on conserve 
des impressions du XV‘ .siècle : le Blason des couleurs, 
d'un auteur anonyme, et le Mariage de Mercure et de fa 
philologie, de Fauteur nord-africain Mariianus Capella 
(v^ siècle)* Chaque figure s'inspire fidèlement de ces 
textes* 


46 



Les Arts libéraux ei les Sciences (C. 21 à 30) 

A la Renaissance, Tinstruction apparaît comme une 
sorte dMnitiation personnelle à une vie supérieure* Elle 
était structurée suivant les Ans libéraux représentés ici, 
d’après les textes des deux manuscrits cités précédem¬ 
ment. Les Arts Libéraux comprenaient le Trivium (Gram¬ 
maire, Dialectique, Rhétorique) et le Quadriviu/n (Géo¬ 
métrie, Arithmétique, Musique et Astronomie). A Fépo- 
que humaniste, on y ajoute T histoire, la philologie et la 
poésie; celle-ci devînt le langage de la civilisation. 

Dans les « Tarots de Mantegna » la série des Arts Libé¬ 
raux commence par la Grammaire, fondatrice de ces dis¬ 
ciplines. Elle s’enrichit de la Poésie, de la Philosophie et 
de la Théologie* L’astrologie remplace Tastronomie. Elle 
constituait an Moyen Age le fondement de la culture pro¬ 
fane et le principe de toutes les sciences* L'Humanisme va 
lui donner une importance accrue, toute existence dépen¬ 
dant du cosmos* L'astrologie jouait un grand rôle à la 
Renaissance notamment à Ferrare à la Cour des Este où 
Leonello d'Este ( t 1471) portait chaque jour de la 
semaine, comme les anciens mages d’Arabie, des vête¬ 
ments dont les couleurs correspondaient aux planètes. 

La Théologie clôt la série. Elle englobe toutes les scien¬ 
ces par sa qualité divine, Elle a deux profils qui indiquent 
sa nature éternelle : Lun jeune pour observer le ciel, 
Pautre vieux pour observer la terre. La sphère céleste sur 
laquelle elle règne est son attribut traditionnel. 

Cette série reflète tout à fait l'esprit de la Renaissance, 
C'est ainsi que Raphaël, un peu plus tard, dans la Cham¬ 
bre de la Signature (1508-1511) représentera la Théologie, 
la Philosophie, la Poésie et le Droit, comme les points car¬ 
dinaux de la culture. Il leur associera les quatre éléments 
matériels (terre, eau, air, feu) — qui sont représentés dans 
les Tarots également — pour marquer l’analogie de 
l'esprit avec l'univers* 

Les Principes cosmiques et les sept vertus (B. 31 à 40) 

Si l’iconographie des vertus est traditionnelle, celle des 
Génies du Soleil, du Temps et du Monde est nouvelle* 
Chronico lient le symbole du temps, figuré par un dra¬ 
gon ou serpent ailé qui se mord la queue, appelé aussi 
ouroboros. Ce symbole se retrouve à l’extrémité du man¬ 
che de la faux de Saturne (A. 47)* Il est décrit dans le dic¬ 
tionnaire des hiéroglyphes, le HorapoHon datant de l'épo¬ 
que alexandrine. Cette science était très appréciée à la 
Renaissance, et il est probable que bien d’autres symboles 
hiéroglyphiques soient dissimulés dans les « Tarots »* 
Les vertus cardinales qui succèdent aux Génies, ont une 
antique origine. Les vertus théologales, la Charité, TEspé- 
rance et la Foi, concepts chrétiens, sont tirées d'un pas¬ 
sage de la Première Épître aux Corinthiens (1 Co 13 13). 

Les Sept Pianèîes et les Sphères (A. 41 à 50) 
L’iconographie des planètes provient d’un traité latin 
De Deorum imaginibus Hheilus^ attribué au moine anglais 
Albericus, qui vécut sans doute au Xll^ siècle. Cet ouvrage 
contient la description de vingt-trois dieux païens. Il était 



destiné aux artistes comme livre de modèles. Ces dieux 
étaient sûrement imaginaires et ne s'inspiraient d'aucun 
modèle antique réel. Ainsi c'est îe Mars fabriqué par 
Albericus d'après Servius et Stace que Pétrarque 
(1304-1374) décrira. 

La Lune et le Soleil ne correspondent pas aux descrip¬ 
tions d'Albericus et se réfèrent à un modèle antique. 

La dernière estampe. Prima Causa, est une synthèse de 
la série et résume les connaissances encore médiévales de 
l’univers ptolémaïque, seul connu aux XIV' et XV^ siècles. 
Les Sphères sont dessinées autour de la terre qui en consti¬ 
tue le centre. On y trouve le monde élémentaire constitué 
des quatre éléments (terre, eau, air, feu), le monde céleste 
formé de onze ciels : les sept planètes mobiles (la Lune, 


47 























Mercure, Vénus, le Soleil, Mars, Jupiter, Saturne), la 
sphère des étoiles fixes appelée encore ciel du firmament, 
le neuvième cîel ou cristallin, le dixième ciel ou premier 
mobile, cause de tout mouvement, et les trois cercles de la 
Trinité. 

On a aussi interprété ces sphères comme les neuf cieux 
superposés de la Divine Comédie de Dante (1265-1321} 
qui environnent la terre. Les âmes des justes y trouvent 
des récompenses proportionnelles à leur mérite et exercent 
des influences sur les êtres. 

Le survol des différentes séries conduit à une interpré- 
tation possible de Tensemble. Un parcours est proposé, 
parcours ascensionnel basé sur révolution spirituelle de 
THomme, en relation avec le cosmos. Le « Jeu » présente 
le cosmos comme un tout animé et cohérent et Thomme 
comme le microcosme de T univers. Sa compréhension 
nécessite une connaissance approfondie de la culture 
médiévale et humaniste. L^Homme influencé, déterminé 
par les étoiles suivant Saint Thomas d'Aquin, conserve 
cependant son libre arbitre, comme Taffirme Dante* et 
peut, à travers des accomplissements successifs* se trans¬ 
former* Le sens néo-platonicien du jeu s'impose : harmo¬ 
nie du monde, dépendance de chaque partie entre elles et 
avec runivers* recherche pour l'Homme de la spiritualité 
absolue. Indépendamment de celte idée directrice* ce jeu 
initiatique reflète Tidéai de la Renaissance : union de 
l’antiquité païenne et de la religion chrétienne, découverte 
des sciences, importance de Lastrologie, 

L’Humanisme utilisait abondamment les symboles et 
les emblèmes pour diffuser la nouvelle culture. Il souhai¬ 
tait une compréhension immédiate de la connaissance et 
pensait atteindre ce but par un langage visuel. L'art y 
trouvait sa justification en devenant le support des con¬ 
naissances* De nombreux jeux humanistes, éducatifs et 
édifiants, existaient à l’époque : « Les Dieux et leurs attri¬ 
buts » du prince adolescent Filippo Maria Viscomi, duc 
de Milan, « Notre-Seigneur et les Apôtres »* « Les Sept 



Vertus », « Les Triomphes de Pétrarque », « Les Planè¬ 
tes On peut identifier les Tarots de Mantegna » avec 
le jeu du « Gouvernement du Monde ». Celui-ci aurait été 
inventé par le Pape Pie II, et les cardinaux Nicolas de 
Cuse et Jean Bcssarion lorsqu’ils se réunirent à Mantoue 
vers 1459. 

Reste après ces diverses hypothèses, à en suggérer une 
autre concernant l'auteur et la datation du jeu. Le style 
des « Tarots de Mantegna » relève de l'École de Ferrare* 
Il est très proche de celui des fresques de Francesco Cossa 
du Palais Schifanoia. Celles-ci dateraient de 1469-70. Le 
dessinateur et graveur du « jeu » pourrait être un minia¬ 
turiste ou un peintre de cartes de la Cour de Ferrare qui 
aurait illustré la théorie d'un humaniste. 

La diffusion du jeu, preuve de son succès, permet une 
datation approximative. Une copie complète de la suite, 
appelée « série S » — la lettre S remplaçant la lettre E — 
présente quelques variantes. Elle est proche du style de la 
manière fine florentine et a dû être gravée vers 1485. 
Mais, bien plus tôt, un manuscrit Costitüzioni e Priviiegi 
deîlo Studio Bologneset daté de 1467, comprend deux 
miniatures copiées d'après les « Tarots de Mantegna ». 
Un autre manuscrit Fior di Virtu (Codex Vad. 484), con¬ 
servé à la Bibliothèque de Saint-Gall, a quatre « tarots » 
insérés dans son texte. 11 a été terminé le 28 novembre 
1468. Des copies réduites illustrent également deux 
manuscrits de la Bibliothèque Vaticane contenant un 
poème de Ludovico Lazarelli De iniagimbus gefîîiüLtfn 
Deontm (« Images des Dieux païens »). L'un d'eux est 
dédicacé au duc Borso d'Este de Ferrare, duc en 1471, et 
décédé la même année (Codex urbînas lat. 716 et 717). 

Ainsi, ce jeu aux multiples facettes, jeu message, jeu 
édifiant, jeu ésotérique, rejoint par son ambiguïté, pro¬ 
pice à maintes interprétations et orientations, l'univers 
magique du Tarot. 

Gisèle Lambert 


H 

Tarots « Sola^Busca » 

Ecole ferraraise 

Ferrare. Italie. Ï49J (?) ûü 1523 (?) 

4 cartes (sur 7S), enseignes italiennes 

burin 

papier 

142x75 mtn 

Les tarots « Sola-Busca » sont ainsi 
nommés parce qu'un jeu complet et colorié 
se trouve en possession de la famille des 
comtes Sola à Milan (Palazzo Sola). La 
collection Dutuit ne détient que ces quatre 
cartes, non coloriées et non montées. 

Il s'agit en fait du premier tarot à ensei¬ 
gnes Italiennes dont les atouts ne respectent 


pas riconographie traditionnelle : ce sont 
ici des héros de l'Antiquité classique ou 
biblique. Lenpio est Patout lii, Bocho le 
n® XIin et Nefibroto (Nemrod) le n* XX. 
Les têtes, quant à elles, représentent les 
divinités classiques, telle la dame de Cou¬ 
pes {Pûii.seiia). Il est en outre intéressant de 
noter qu’avec l'ensemble conservé à Milan 
nous avons le seul exemplaire complet d'un 
tarot italien ancien. 

Les formes lourdes et les contours tour¬ 
mentés du dessin, les postures excessives et 
maniérées des personnages, tout cela a été 
atrribué par Hlnd (op. cit.) à l’école de Fer¬ 
rare et, en particulier, à rinfluence de 
Cosme Tura, Le style général est d'ailleurs 
à rapprocher de la série m E » des Tarots de 


Mantegna (cat. n'’ 9). Quant aux cartes 
numérales, avec leur ornementation char¬ 
gée et leurs putti grouillants, elles ne sont 
pas sans évoquer les cartes a enseignes ita¬ 
liennes des écoles du Nord du xvp siècle 
(Maître de la Haute Allemagne). Ce même 
genre de décoration se retrouve aussi sur les 
cartes de points du tarot italien (cat. n® 12) 
et même sur le tarot parisien anonyme du 
xvip siècle (cat. n* 33). 

Seul l’exemplaire colorié de la collection 
Sola permet de lire un certain nombre de 
nientions manuscrites, qui font parfois 
référence à Venise. L’atout n“ XlIIl (notre 
Bocho) porte sur son bouclier l’inscription 
« Anno ab xirbe conâita MLXX », qui 
indique ainsi la date à partir de la fonda- 


48 



tion de Venise. Hind^ qui a fourni l’analyse 
la plus détaillée de ces cartes (op. cit.)* a 
choisi de partir de 42] ap. J.-C., datant 
ainsi le jeu de 1491. W.L. Schreiber (ûp. 
ck.), pour sa pari, préfère {a date de 453 et 
propose plutôt 1523^ Certaines caries por¬ 
tent en outre les lettres « M.S. » qui parais¬ 
sent être une signature. Celle-ci n’a pu être 
identifiée à ce jour. D’autres cartes « Sola- 
Busca » sont conservées à l’Albertina de 
Vienne (23), à la Kunsthalle de Hambourg 
(4) et au British Muséum de Londres (4 
aussi), Hind qualirie les 4 cartes de la col¬ 
lection Dutuk de « good early impres¬ 
sions » (p. 242). 

Paris, Musée du Petit Palais, Collection Dutuii, 
Inv. Crav. Dutuil, 10262 à 10265. 

Bibt. : Willshire, 1.3; W.L. Schreiber, 105; 
Hind, ], 241-247 ; IV, 370-393 ; Hoffmann, 20 él 
n*^ 22 b; Albertina 74, n* 3; Kaplan, 126-127; 
Dummet!, 76. 


12 

« Anciens Tarots Italiens » 

Italie du Nord, xvi^s. 

30 cartes (sur 7S), enseignes italiennes 

gravure sur bois eoEoriée à la main 

papier en plusieurs couches avec rabats à 

riialtenne 

134 X 70 mm 

dos : Diane avec un angelot (Cupîdon), dragon, 

chariot dans les airs (gravure sur bois coloriée 

à la main) 

Les 30 cartes de ce tarot italien sont dans 
le style humaniste et antiquisant qui carac¬ 
térise aussi les Tarots Soia-Busca. Mais ici 
nous avons à faire au^ atouts traditionnels, 
il est vrai, réintcrpréiés sous la forme 
d'allégories classiques, avec légendes en 
latin, On s’accorde à reconnaître PEmpe- 
reur sous Imperaior Assiriorum. L'atout 5, 
PoïHifex Ponîi/icim est clairement le 
Pape, Vicïon'ae Prerntutn, n* 7, est le Cha¬ 
riot, Omnium DofmfJûiriXy n* 10, la Roue 
de Fortune, Rerum EdaXi n® 13, TErmiie 
(le Temps) et le n® 16, fncldufu Sydus, est 
rÉtoile, Les avis divergent sur le n° 14, 
Perdfîotum Raptor, où Detlef Hoffmann 
(Albertina 74) croit reconnaître la Mort, 
alors que Michael Dummett (op. cit.) pré¬ 
fère y voir le Diable, plus fréquent à cette 
place. Selon lut, d’ailleurs, Fordre des 
atouts est ici du type B et témoigne de la 
tradition ferraraise. 

En dehors des 6 atouts, numérotes 
(n°® 5, 7, 10, 31, 14 et 16) et de l’Empereur, 
on reconnaît, sous la légende « Veiim /wn- 
dam dari niifu » {« je veux qu'on me donne 
une fronde »), le Fou, armé jusqu'aux 


n 





49 
































I 


dents et urinant. Des « 8 » ornent curieuse¬ 
ment le nuage qui lui tient lieu de toÜe de 
fond. 

Les autres cartes sont : 

Bâtons : 

Roi {Ninus R ex AssirioruntJ 
Cavalier (Castor A migleusj 
9, 7, 5, 4, 2 et as (Aso de basîom} 
Coupes : 9, 8 et 7 
Épées : 

Roi (Akxander Magnus Rex Mace- 
donicus) 

Dame (Thamiris Regina Mastagêtarum) 
Cavalier /Q. Marçus Curüus Romanus} 
Valet (AchiUes Romanus) 

9, 6 et as (Aso de spade) 

Deniers : 

Roi (Mida Rex Lidorum^ 

Valet (Ex hîs quantum dbet qui îibet 
summiw) 

9 et as (Aso de danri} 

Les caries de points évoquent ici encore 
rornementation animée des Tarots Sola- 
Busca (cat. n° 11) et du tarot parisien 
anonyme (cat. n® 33). 

Rouen, BibltothèQue Municipale. Lcbcr 1351 
XIV. 

BibL : D'Allemagne, 1. 86 et 1, IS5-186: HofL 
mann, 20. 67 ei n® 23 b; Alberlina 74^ n® 4; 
Kaplan, 133; Dummett. 86, J92 tu" 25) et 406, 









50 














































13 

Tarot de Catelin Geofroy 

Caiclin Geofrûy 
Lyon, France, 1557 

38 cartes (sur 7®). enseignes de fantaisie 
gravure sur bois coloriée au pochoir 
papier en plusieurs couches 
123 x^68 mnt 

dos : losanges noirs dans ovales iransversaux 

blancs 
marques : 

CA TEUN / GEOFRO Y / Î5S? (As de Perro¬ 
quets el As de Lions) 

Initiales C, G. sur les points et te Valet de Lions 
Cartes exposés : atouts I. III, VII et XVI, 
Dame et 4 de Perroquets^ Vatet et As de Lions, 9 
de Paons. 

Avec le taroi de Catelin Geofroy nous 
avons affaire à un véritable croisemern 
d’influences : en effet, si ses atouts sont 
classiques, ses cartes numérales sont de 
pure fantaisie. A vrai dire, la fantaisie des 
enseignes (Lions, Perroquets et Paons) 
n'est pas sortie de riniagînation de Cateün 
Geofroy, mais de celle de Virgil Solis, qui 
édita vers 1540 à Nuremberg un jeu de 
52 cartes avec ces mêmes enseignes (la 
4' couleur y est « Singes »)* Le fabricant 
lyonnais s^est contenté de copier les cartes 
de son homologue allemand* C"est ce qui a 
fait dire que ce jeu pourrait avoir été fait 
pour le marché allemand où ce type 
d’enseignes de fantaisie n'était pas rare. 

Mais cet emprunt clairement germanique 
est placé dans un cadre tout à fait italiani¬ 
sant : chaque carte est ornée d’une bordure 
hachurée, imitant le rabat à l'italienne, et 
tes numéros s’inscrivent dans des cartou¬ 
ches, comme cela se voit dans les produc¬ 
tions italiennes. Nous avons souligné aussi 
l’orthodoxie des 12 atouts qui, quoique 
non légendes, semblent respecter scrupu¬ 
leusement l’ordre du Tarot de Marseille* 
Toutefois leur traitement graphique reste 
tout à fait original. 

On sait peu de choses de Catelin Geofroy 
sinon qu'il exerçait à Lyon et que la renom¬ 
mée de ses fabrications était grande {à 
Nancy, par exemple : voir D’Allemagne) 
entre 1582 et 1603, Mais peut-être 
s’agissait-il d’un fils**. Cet unique et pre¬ 
mier survivant d'une production française 
que les sources du x\'i‘ siècle nous décrivent 
comme abondante n'a pas fini de nous 
intriguer. 


Francfort, Muséum fur Kunsthandwerk, L.K,I, 

Sibi. : D'Allemagne, II, 2l2: Hoffmann, 17 ci 
66, ri*15b et 16 a; Albertina 74, ii''39; 
Kaplan, 132; Dummeii, 203-204 et 226; PC, 
XII, n" 4. 123-124. 





13 



51 























































































14 

^ Gioco dî carte dt taracchini » de Mitedi 

Giuseppe Maria Mitelli 

Rome, Italie^ deuxième tnoîlié du xvij< siècle 

62 canes {complet). enseignes italiennes 

gravure sur cuivre 

papier 

119 56 mm 

marques t 

CiOSEPPE MARiA /MîTELLî (N K / DIS. 

E. [NT. (sur As de Deniers) 

Cesl le tarot bolonais^ à 62 cartes, qui a 
servi ici de modèle au graveur Giuseppe 
Maria Mitelli (1634-1718). Publié sous 
forme de livre (GiuùCù di carte, con mtova 
forma di tarocchiai, inîagUo in Roma di 
Giuseppe Maria Miîeiii, Rome, s.d.), les 
planches étaient destinée à être découpées, 
montées sur carton, voire coloriées. Les 
cartes de la Bibliothèque Nationale ont été 
simplement découpées, maïs PexempJaire 
de la Collection Cary de Yale (Keller, ITA 
15) est monté sur carton, avec dos historié 
et rabat « à l'italienne » et la collection de 
rUSPCC, à Cincinnàti, possède même une 
version coloriée (cf. Hargrave); 

Créé pour la famille Bentivoglio — c’est, 
du moins, ce que prétend le titre du livre 
ainsi que les armoiries visibles sur Pas de 
Coupes —, ce jeu est représentatif du baro¬ 
que italien où toute référence à la culture 
médiévale a disparu. Tout ce que nos tarots 
humanistes véhiculaient encore d’allusions 
au gothique finissant a, ici, laissé la place à 
une vision érudite et théâtrale qui évacue 


complètement le lourd symbolisme des 
atouts traditionnels. Le Bateleur est devenu 
un danseur de rue. Le Pendu, évocation du 
châtiment des traîtres, n’était plus « par¬ 
lant » : Mitelli en a gardé l’image d’une 
exécution, mais plus dramatique, celle d’un 
jeune homme qu’on abat avec une masse. 
L’Étoile s’est transformée en une sorte de 
chemineau réaliste. Il n’est pas jusqu’à la 
pose quasi-chorégraphique de Thomme 
frappé par la foudre (la Maison-Dieu). 

Ce type de relecture théâtrale, qui se 
manifeste aussi dans les cartes de points, 
visait une clientèle aristocratique où le jeu 
de cartes se mêlait vraisemblablement à une 
sorte de passe-temps littéraire, divertisse¬ 
ment de société, à l’image de cet autre jeu, 
// giuoco dei Passo-Tempo, que Mitelli 
grava en 1690. 

On notera que les quatre « papi » du 
tarot bolonais traditionnel — les deux 
« Papes », ainsi que l’Impératrice et 
l’Empereur — sont encore présents : leur 
remplacement par des sujets moins mar¬ 
qués religieusement n’interviendra, en 
effet, qu’à la fin du xvip siècle. 

Réédition en fac-similé : Grafica Guten¬ 
berg, 1983 {en couleurs). 

Paris, B.N., Estampes, Kh 381 rès. 74. 

BibL: O’Donoghue, 1.28 1 Wilisture, L7; 
D’Allemagne, J J 90; Hargrave, 231-232; 
Kaplan, 53-54; Keller, ITA 15 et 16, ITA sheci 
285; Dummett, S7 ei 315. 



52 


















En Italie 


L'Italie est, au XVE siècle, un foyer bouillonnant où la 
« maison » Tarot se ramifie en de multiples « filiales ». 
Après Milan, après Ferrare, les deux patries du tarot, le 
jeu se fixe à Bologne et, de là, à Florence, à Lucques* à 
Rome, 

L'usage s'est désormais répandu de numéroter les 
atouts* Aussi Michael Dummett (op, dt.) a-t-il pu recen¬ 
ser trois arrangements distincts, où les mêmes allégories se 
retrouvent, mais à des places différentes, notamment les 
trois dernières, le Monde, la Justice, le Jugement : Tordre 
milanais semble à Torigine de nos tarots français à ensei¬ 


gnes italiennes (le « Tarot de Marseille »), Tordre de Fer- 
rare, attesté par un manuscrit déjà dté (cf. cat, 5) et 
deux ou trois autres documents iTa pas survécu au-delà 
du XVP siècle, Tordre bolonais, enfin, est resté immuable 
dans sa ville d'origine où le jeu est toujours assidûment 
pratiqué, mais a connu de multiples variantes dont celle 
de Florence, appelée mmehiafe^ n'est pas la moindre. 
Lucques et Rome semblent avoir développé une tradition 
propre dont témoignent quelques cartes* 

Nous nous sommes efforcés ici de présenter au moins 
un exemple de chacune de ces traditions. 


Milan 


rs 

Feuille Car)' 

Milan {?). Italie^ fin du xv^ ou début du xve-^ s. 
20 cartes (sur î8 ?)> enseignes italiennes 
xylographie 
papier 

97x55 mm (cartes), 300x215 mm (feuille) 
reproduction photographique 

La planche dont nous exposons ici une 
reproduction a été publiée pour la première 
fois en 1980 par Michael Duinmen. Son 
intérêt majeur provient de la ressemblance 
de certaines cartes avec celles du Tarot de 
Marseille. C’est ainsi qu’on a pu identifier, 
de gauche à droite et de haut en bas : 

- le Pendu (?), la Roue de Fortune, le Cha¬ 
riot, l’Amoureux, ? 

- la Force, le Pape, rEmpereur, l’Impéra¬ 
trice, la Papesse (?) 

- le Soleil, la Lune, l’Étoile, le Bateleur, le 
Fou (?) 

- la Maison-Dieu, le Diable, ta Tempé¬ 
rance, 7 de Bâtons, 8 ou 9 de Bâtons 

Non seulement les deux cartes de points 
visibles correspondent de façon évidente à 
celles du Tarot « de Marseille » (cf* cat, 35 
et 38 à 43, entre autres), mais de nombreux 
atouts offrent une ressemblance certaine : 
on retrouve, en effet, les allégories caracté¬ 
ristiques de TÉtoile (une femme à la rivière) 
et de la Lune (l’étang avec Técrevisse), ainsi 
que les petits personnages du Soleil. Ce 
qu’on voit de la Roue de Fortune et du 
Chariot (bas des cartes) est en tous points 
semblable à leurs pendants dans le Tarot de 
Marseille. Sans être identiques, TEmpereur 

































































































et r[mpératrke ne sont pas éloignés du 
modèle « marseillais ». La Force est mon¬ 
trée aussi terrassant un lion. 

On ne sait d’ou vient cette feuille, mais 
Dummett (op. cit.) démontre de façon con¬ 
vaincante que Tordre des atouts du Tarot 
de Marseille étant lié à Milan, cette plan¬ 
che, dont le style est proche, a toutes les 
chances d^'y avoir été imprimée. Les cartes, 
hélas très abîmées, trouvées au Castello 
Sforzesco de Milan (voir n® suivant), per¬ 
mettent de confirmer cette hypothèse, 

New Haven (Conn.), Yale Universily Library, 
Cary Collection., JTA stje€i 3S. 

BitL : Dummelt, 76 (n° 24}, 407-408 et pL M; 
Kdler, JTA sheet 3S. 


16 

6 cartes d'^un tarot milanais 

Milan, Italie, XV]* ou xvîh s. 

6 cartes (sur 78?), enseignes italiennes 
gravure sur bois avec traces de polychromie 
papier en plusieurs couches 
141 X 69 mm 

dos : (6-E, 7-E, 6-D) : Mars e[ Vénus, survolés 

par Cupidon 

nomenclature IPCS ; IT-LO 

Ces six cartes — 6, 7 et 9 d’Épées, S de 
Bâtons, 6 de Deniers et atout XXI (le 
Monde) — ont été trouvées, avec d’autres, 
au début de ce siècle dans un puits du Cas- 
tello Sforzesco, à Milan, lors de travaux de 
restauration, Ce qui fait leur intérêt c’est 
T exacte ressemblance qu'elles offrent avec 
le modèle dit « Tarot de Marseille » (voir 
cat. 38 à 43) : tant les cartes de points 
que Tunique atout conservé présentent, en 
effet, une conformité totale avec leurs 
équivalents français plus tardifs. 

On remarquera cependant le caractère 
plus fin et mieux gravé de T allégorie du 
Monde. Cette carte d^atout porte le 
n® XXI, inscrit dans le haut de la bordure, 
mais, contrairement au Tarot de Marseille, 
aucune légende n’apparaît. 

Les trois dos conservés présentent, à la 
manière italienne (cf. par exemple, cat, 
n'^ 12), une composition élaborée d’une 
grande finesse d’exécution et d’un style 
plus « travaillé » que l’allégorie du Monde. 
Cette scène, qui montre indubitablement 
Mars et Vénus, survolés par Cupidon, est 
une représentation classique dont on 
trouve de nombreux exemples dans la pein¬ 
ture mythologique des xvi* et xvii* siècles. 
Il n’est pas jusqu’au cheval que Ton distin¬ 
gue dans le fond et que Ton retrouve sur un 
tableau de Véronèse. 

La provenance de ces cartes ne faisant 
pas de doute, pas plus que leur ancienneté, 



elles viennent confirmer Torigine milanaise 
de notre classique Tarot « de Marseille », 
dont elles sont Tunique témoignage italien 
antérieur au xviii' siècle. 

Milan, CastelEo Sforzesco, Civica Raccoltà delld 
Stampe Achille Bcnarelli. 

Bibt. : PC, IX, El® 2, p, 45-48; Dnmmetl, 393 
(n® 29). 



Ferrare 


17 

Trois feuilles de (aroi imprimé 

Venise Ou Ferrare (?), Italie, fin du XV« s, 
enseignes italiennes 
xylographie coloriée au pochoir 
papier 

Les trois feuilles du Metropolitan Muséum 
forment certainement Tensembk le plus 
conséquent et, peut-être, te plus ancien 
d’un tarot imprimé et colorié. Deux de ces 
planches se recouvrent (26,101,4 et 
3L54.159) et les services photographiques 
du Musée ont réalisé un habile photomon¬ 
tage (cf. illustration). 

On reconnaît, de gauche à droite et de 
haut en bas, les cartes suivantes : 

planche I (31.54.159) i 

- Valet de Coupes, Cavalier d’Épées* Cava¬ 
lier de Coupes, Cavalier de Deniers, 
Cavalier de Bâtons 

- Chariot, Maîson-Dieu (XV), Roue de 
Fortune (X), Mort (XIII), Diable (Xüll) 

- ? (IIII), Impératrice, Pape (?), Papesse 
(lll), Fou (?) ou Valet (?) 

planche U (26 J 01,4) : 

- Roi de Coupes (?), Roi de Deniers, Roi de 
Bâtons, Valet d’Epées 

- Cavalier d’Épées, Cavalier de Coupes, 
Cavalier de Deniers, Cavalier de Bâtons 

- Maison-Dieu (XV), Roue de Fortune (X), 
Mon (XIll), Diable (XIIH) 

- Pape (?), Papesse (111), Fou (?) ou 
Valet (?) 

planche ÎII (26.101.5) : 

- Force, Bateleur, Dame de Coupes (?) 

- Dame de Deniers, Dame de Bâtons, 
Dame d’Épées, Ermite (XI), Pendu (XII) 

-Soleil (XVlïl), Jugement (XVlIIl), Jus¬ 
tice (XX), Monde, Lune (XV!?) 

- —, —, Amoureux (Vttl), Tempérance 
(VI), Étoile (??) 

Une autre des caractéristiques de ces 
planches est la numérotation des atouts : 
on reconstitue ainsi une séquence à peu 
près cohérente qui permet d’attribuer leur 
ordre à celui que Michael Dummett quali¬ 
fie de « ferrarais ». C’est celui du manus¬ 
crit anonyme cité dans notre notice du 
5, ainsi que du livre de Garzoni, La 
Piazza uni\/ersaîe (cat. n“ 22). Stylîstique- 
ment, certains spécialistes y voient cepen¬ 
dant une fabrication vénitienne. Pourtant 
on ne peut qu’être frappé par les affinités 
que ces cartes possèdent avec celles de Luc- 
ques (cat, n^® 29-31) : mêmes voûtes au- 
dessus des roiSt qui sont assis, eux aussi. 


54 






























sur des trônes carrés et même Mort à chc- 
val Le Diable porte un [rident semblable. 
Maïs il est clair que l^ordrc des atouts n’est 
pas le même. 

Nc^v York, MetropoJiian Vluseuni of Art^ Harris 
Brisbane Dtck Fund. 1926 (26.101.4 e( 
26.101.5): Ücquest of James C. McGuire, 1931 
(31.54.159). 

Bii>L : Kaplan, 125; Duinmeu, x, 75 (ri®2i), 
395 et 4Û4-4Û6. 


18 

Deux cartes de tarol 

Venise ou Forrarç (?), lialiCp fin du xv^ s. 

2 cartes (sur 73?), enseignes icaÈiennes 
xylographie cotoriée au pochoir 
papier 
97 X 55 mm 

On reconnaîtra dans ces deux cartes iso¬ 
lées le Jugement {n* XVII11) et la Dame de 
Bâtons du jeu précédent. 

New York, collection Théodore B. Donson. 
BibL : Arts Déco 31, 44. 


19 

Feuille de têtes d'un jeu italien 

Venise OU Ferrarc (?), Italie, fin du xv^ s, 

5 cartes, enseignes iEalicnnes 
xylographie coloriée au pochoir 
papier 

94x47 mm (cartes), 24Ûx94 (planche) 

Stylistiquemcnt proches des numéros 
précédents, ces cartes ne font pas obligatoi¬ 
rement partie d’un jeu de tarot. On recon¬ 
naît ici, de gauche à droite, le Cavalier de 
Coupes, curieusement monté sur un 
oiseau, le Roi d’Épccs, le Roi de Bâtons, le 
Roi de Deniers et la Dame de Coupes. 
Acquises en 1980 par Monsieur Donson, 
ces cartes ont été présentées en 1981 à 
Fexposilion du Musée des Arts Décoratifs 
« Un rêve de collectionneur ». Le catalo¬ 
gue de celle ci (op, cit.) les rapproche à 
juste titre d’une feuille du Musée Fournier, 
de Viioria (Fournier 82, 111 et 113, n® 3), 
où Ton retrouve les mêmes voûtes brisées 
au-dessus des figures, Dummett discute des 
cartes semblables à celles exposées ici, avec 
le même cavalier de Coupes, et les relie à 
deux feuilles de points de la Collection 
Cary (Keller, ITA sheet IS et sheeï 2S). Il 
paraît possible de dater ces cartes de la fin 
du xv^ siècle. Leur style permet de leur 
attribuer, comme aux précédentes, une ori¬ 
gine vénitienne ou ferraraise. 

New York, collection Théodore B. Donson. 
BibU ■ Dummett, 4Û4-405 ; Arts Déco 31, 42-43. 


20 

Demi (Francesco) 

— Capitolo dei giocu délia primiera / col com- 
mentu di Messér Pietrûpaulo da San Chirica 
IFrancesco Bernil. — IVcniseJ ; [Bemardino de 
BindonisL M D XXX IIll [1534]. - [40 ff non 
chiffrés!: 8®. 

Première édition çn 1526 La dédicace est datée 
de Rome, 27 août 1526 et signée L. Gelasing de 
Fiesolî. 

Traditionneikment attribué à Francesco 
Berni (v. 1497-1535), poète italien spécia¬ 
liste de la parodie brillante, ce plaisant petit 
livre se présente comme une fantaisie sur 
un jeu de cartes très répandu au xvp siècle, 
la Primiera (en France, la Prime)^ ancêtre 
du E^oker, Au hasard de ses commentaires 
persifleurs, Benii se moque du tarot : 

Un aîiro (...) hs trovaro che Tarocchi 
sono nn bef gioco^ Æ pargfi essere in regno 
suo quafido ha in mena un numéro di 
dugenio carie che a pena io puo fenere, et 
per non essere apposîato le mescola cosi it 
megiio che puo sotto ia tavoh.*. (C, 11, 
v'^). 



55 






























































































I 


(« un autre... a trouvé que le tarot est un 
beau jeu ; il ue croit chez iui quand il a en 
mains presque 200 cartes qu’il a peine à 
tenir, et pour ne pas être vu, il les mélange 
le mieux qu’il peut sous la table... î>). 

Quelques lignes plus loin, Bernî signale 
le smmehiate, première {?) occurrence du 
nom du jeu Horentin (voir plus loin). 

Paris, B.N., Imprimés, Rés. :327Û. 

Bibt : Kaplan, 2S-29 ; Dumniett, 99, 3S7. 


21 

Lollio (Flavio Alberto) 

— Ifivetü'vs di Flavio Aiherti Lûilio Ferraresê 
contra ;7 giuoco dei tarocco. — In Viuetia : 
appressû Gabriel Gioliio di Fcrrarii, M D L 
[15S0Î. — (t4 p, non chiffrées); S", 

Paru en 1550 à Venise, le petit ouvrage 
de Flavio Alberto Lollio a ceci d’intéres* 
sant qu^'il est le premier récit d'une partie 
de tarot — malheureuse, d'où 
1 « invective »... 

A vrai dire, rînterprétatiûn du poème de 
notre auteur ferraraîs pose plus de problè¬ 
mes qu'elle n'en résout. Michael Dummett 
(ûp. cit.), qui s^y est risqué, avoue parfois 
ses doutes. Rappelons-le, il ne s'agit pas 
d’une règle imprimée, mais d'un récit... 
poétique. 

Il ressort de la plainte amère et grandilo¬ 
quente de Lollio que la donne offre la pos¬ 
sibilité de miser sur la « qualité » des cartes 
attribuées et, éventuellement, de renoncer à 
jouer. Cette curieuse pratique, typique¬ 
ment italienne, est connue dans d'autres 
jeux de cartes. Il y a trois joueurs et chacun 
a en main 20 cartes au début, qu’il range 
par couleurs. Pestant contre la difficulté à 
tenir un nombre si important de cartes, 
furieux d’avoir à suivre si attentivement la 
partie et de devoir compter les atouts, 
l’auteur exprime des tourments bien con¬ 
nus des joueurs modernes, mais il nous 
laisse sur notre faim quant au reste. C’est à 
peine s’il cite quelques atouts et c’est alors 
pour se gausser de leur « bizarrerie » et 
s’étonner de l’étrangeté du terme farof : 

E quel nome fantastico e bizarro 

Di Tarocco, senz’ ethimologla,,. 

De ce point de vue, on n'a guère pro¬ 
gressé : l’origine du mot résiste à toutes les 
analyses. 

Paris, B.N., Imprimés, Yd 671 S. 

BibL : Kaplan. 29-30; Dummett, 423-426 et 
432-4Î4. 


22 

Garzuni (Tomaso) 

— f fl piatta mtiversaie di iutfe le professiom del 
mondo, nuovametite riktümpùUi JE in îuce 
/ da Thomaso Oarzoni da Bagaacavallo... — In 
Venctia : appresso G.B. Sûiuaüco, — 957 p, 
M D LXXXVII [1587); 4*^. 

La première édition de Lü piazza univer- 
sak de Tomaso Garzoni (1549-1589) parut 
à Venise en Î5S5. Cette espèce de catalogue 
des activités humaines eut un grand suc¬ 
cès : souvent réédité en Italie^ l’ouvrage fut 
traduit aussi en espagnol et même en 
allemand. 

Le chapitre « De giocatori in universale, 
et in particolare » (<c des Joueurs en générai 
et en particulier ») nous donne une liste des 
atouts du tarot selon un ordre qui est celui 
de Ferrare (voir : Repères 3) : 

Tarocchi di nuova mventione, 
seconde il Voherrano : ove si vedono, 
danarî, coppe, spude^ bnsîom, diedt nove, 
oifo^ setîe, sei, cinçue^ guaffro^ tre, due, 
î'Asso, H Re, ia Reiria, Ü Cavafio, U Fanîe, 
U Mondo, la Ghtstiiia, FAngeio, U Sole, h 
Luna, ia Stella, ii Fuoco, ii Diavolo, la 
Morte, Fîmpicc&to, il Vecchio, la R uota, ia 
Fortezza, i A more, il Carro, la Temperan- 
zia, U Papù, la Papessa, Pimperaiore, 
Fimperatrtee, il Bagaieila, U Matto... 
<p. 564) 

«... les tarots qui, selon Volterrano sont 
d’invention récente, où l’on peut voir des 
deniers, des coupes, des épées et des 
bâtons, le 10, le 9, le 8, le 7, le 6, le 5, le 4, 
le 3, le 2 et l’as, le roi, la dame, le cavalier 
et le valet, le Monde, la Justice, l'Ange (le 
Jugement), le Soleil, la Lune, l’Étoile, le 
V Feu » (la Maison-Dieu), le Diable, la 
Mort, le Pendu, le Vieillard (l’Hermite), le 
Roue [de FortuneJ, la Force* l’Amour, k 
Chariot, la Tempérance, le Pape, la 
Papesse, l'Empereur, l'Impératrice, le 
Bateleur, le Fou... » 

Paris, B.N,, Imprimés, Z 2757. 

Bibl. : Kaplan, 30; Dummeit, 3S9, 400, 406. 


Bologne 


23 

Feuillie de tarots bolonais 

Bologne (?), Italie, début du xviej. 

6 canes (sur 78?) 

xylographie 

papier 

25Û?< 163 mm (planche), 110x55 mm (cartes) 

Cette feuille — qui n’est que la suite 
d’une planche de la Collection Rothschild 
(voir n® suivant) — est longtemps passée 
inape^^^ue. La comparaison de ces 6 atouts 
— le SoldL k Monde, le Pendu^ la Roue de 
Fortune, le Jugement et l'Hermite (le 
Temps) — avec ceux du tarot bolonais 
moderne (exemplaire de 1953, cat, n® 89) 
laisse éclater l'évidence : le jeu moderne est 
à double-tête et c’est là la seule différence 
majeure. Aussi peut-on sans risque attri¬ 
buer à cette planche d'atouts une origine 
bolonaise. Le haut de la feuille montre une 
cûllure qui prouve que le papier a été 
rabouté avant impression. 

Paris, Bibliothèque de rËcole Nationale Supé¬ 
rieure des Beaux-Arts, collection Masson (sans 
n® d'inventaire). 

BibL : Louvre 74, a® 66; Kaplan, 128; Dum- 
meti, 76 (n* 23), 315-316 et 403. 


24 

Feuille de tarots bolonais 

Bologne (?), Italie, début du xvp s. 

6 cartes (sur 787) 

xylographie 

papier 

220R 165 mm (planche), 110x55 mm (cartes) 
reproduction photographique 

La planche originale de ces atouts se 
trouve dans la Collection Rothschild du 
Musée du Louvre. Non seulement les sujets 
et le style sont ceux du précédent, mais 
les dimensions des cartes* l'aspect du 
papier et jusqu’à la collure supérieure 
avant impression attestent qu’il s'agit de la 
même feuille. 

Comme dans la planche des Beaux-Arts* 
on retrouve les mêmes figures que dans le 
tarocchino bolonais moderne, à quelques 
détails près. Ici* ce sont la Maison-Dieu, 
l’Étoile, la Lune, le Diable* le Chariot et la 
Mort. Le seul atout vraiment différent est 
le Diable, ici figuré sous les traits d'un 
monstre à pattes d'oiseau, tête cornue et 
ventre orné d’un visage, 13 est doté d’ailes 
et d’une sorte de fourrure et tient dans sa 
gueule un ou deux personnages humains. 


56 



C^est un dessin semblable yue Ton trouve 
chex Agnolo Hebreo (cf. n* suivant) et, au- 
delà, dans ces curieux tarots faits à Rouen 
et à Bruxelles au xviti^ siècle (cf. cat. n*^®55 
et 57), ainsi Que dans le jeu de Vièville {cat. 

34). A une date indéterminée, au XVh 
ou au xviT* siècle* la représentation du Dia¬ 
ble dans le tarot bolonais a été modifiée au 
profit d’une image un peu moins 
effrayante, déjà fixée dans le jeu n'’ 26 et 
encore en vigueur de nos jours {voir cat. 
Ê8 et 89). 

Paris, Musée du Louvre, Collection E, de Roth¬ 
schild, 3804 LR, 

Bibi : W.L. Schreibcr, 104; Hoffmann* i7 et 
n^ 14 b ; Louvre 74. n“ 66; Kaplan. 128-129; 
Dummett. 76 (n” 23), 315-316 et 403. 


25 

DiabU d^Aj-nolo Hebreo 

M, Agnolo Hebreo 
Bologne (?), Italie* xvt* s. 
carte isolée 

xylographie coloriée au pochoir 
papier en plusieurs couches 
134 X 65 aim 

dos : homme barbu, les mains sur les fesses, avec 
phylactère : CH A PERSE SE GRA TA EL 
Ci^LLO (« qui a perdu se gratte le cul ») 
marque* en bas du dos ; 

M. AGNOLO HEBREO 

L’unique carte du Diable que possède le 
Britîsh Muséum est de toute évidence à rat¬ 
tacher à la tradition bolonaise tant cette 
représentation est proche de celle des plan¬ 
ches précédentes (cat. n* 24). Toutefois le 
style est un peu plus grossier et les ailes du 
diable semblcni avoir disparu. On rappro- 


23 






; ■ 

'"■■f 


chera cette allégorie de celle des tarots de 
Rouen/Bruxelles {cat. n"* 55 et 57) ou de 
celle du jeu de Vièville (cat. n* 34). 

On ne connaît pas M. Agnolo Hebreo, 
fabricant de cette carte au dos scatologi- 
que. Garzoni* dans sa Piazza universale...^ 
édition de 1593 (voir cat. n® 22), signale un 
certain Abramo Colorni Hebreo, manipu¬ 
lateur de cartes à Ferrare. La forme du 
nom laisse croire qu’il s^agît d*un. juif. 

On notera que la marge du dos — ici, 
démonté —, semée de points noirs, se 
rabattait sur le devant de la carte (rabat << à 
ritalienne »). 

Londres, British Muséum, Dcparimeni of Fri ms 
and Drawings* Willshirc. I. S, n" 1870-10-3-204] 
(a ei b). 

Bibi. : Haffmaitn, 16-17 et n“ 14 a; Dumnictt* 
316. 393 (n* 27) et 403. 


24 



57 












































1 HaSHSQ 


v: 






25 



26 

Tàrul bolunsiis du xvir^ siècle 

carîîer « Alla Torre » 

Bologne, Italie, xvu'^ s. 

56 cartes (sur 62), enseigne!) italiennes 
gravure sur bois coloriée au pochoir 
papier en plusieurs couches 
105 X 43 mm 

dos : vignette gravée avec deux angelots 
marque : CARTE FîNE DALLA TORRE iN 

BOLOÙNA (10 dd Deniers) 
nomenclature fPCS : lT-2 

L"inépuisable D’Allemagne avait déjà 
repéré ce jeu mais n^en avait vu que 35 car¬ 
tes qu^il datait du xvi= siècle. C^est le plus 
ancien tarot bolonais connu à ce jour . Il y a 
pourtant, peu de différences entre celui-ci 
et ses successeurs modernes (cat. n® 88 et 
S9), Certes notre exemplaire est en pied, 
alors que depuis la fin du xviin siècle ces 
cartes sont à double-figure. En outre les 
valets de Coupes et de Deniers, ici claire¬ 
ment féminins, om pris avec le temps une 
allure plus virile. 

Mais la principale différence entre ce jeu 
et les versions plus tardives réside dans les 
papi (« papes »), c’est-à-dire la Papesse, 
l’impératrice, T Empereur et le Pape, con¬ 
fondus dans un même rang par les joueurs 
bolonais : ici, les figures traditionnelles 
sont présentes, alors que les exemplaires 
modernes montrent 4 i< maures », tou¬ 
jours appelées pspi. Bologne, faut-il le rap¬ 
peler, était liée par statut politique au 
Saint-Siège : il est vraisemblable que les 
autorités pontificales ont obtenu, vers la 
fin du XVII* siècle, le remplacement de ces 
cartes sacrilèges. En effet, quand, en 1725, 
le chanoine Montieri publia sa Geograji^a 
mtrecciüta Cfwoco ife Tarocchi^ un 
tarot géographique et héraldique, qui pro¬ 
voqua la fureur du légat pontifical, les 
atouts considérés étaient déjà des 
« mori » ; il est vrai que ce jeu avait reçu 
Vimprîmàîur... 

En revanche, les Tarocchim de Mitelli, 
que l’on peut dater des années 1660 (cat. 
n® 14), présentent encore les authentiques 
« papes w et non les « maures » réglemen¬ 
taires : le changement a dû se produire vers 
1700. C’est d’ailleurs le seul repère qui 
nous fait dater le jeu exposé du xvir* siècle. 
On notera, à rebours, l’identité de ces figu¬ 
res avec les planches d’atouts n® 23 et 24, 
assurant ainsi une continuité étonnante du 
modèle bolonais depuis le xvp siècle 
Jusqu'à nos jours. Les caries ont été 
rognées. 

Paris, B.N., Estampes, (Ch 34 rés. l. I- 

Bibt. : D’Allemagne, I, 186; Dummett, 315-316, 
318-319, 403 et pL lS-19. 













Florence 


27 

Trois feuilks b collection Rosenwald 

Florence (7), Iialie, début du xvi» s, 

xylographie 

papier 

Les trois feuilles de la Collection Rosen- 
wald onl te mérite de nous offrir une 
séquence complète d'atouts, exception 
faute du Fou, qui manque. Ceux-ci se pré¬ 
sentent en outre dans un ordre à peu près 


consécutif. En effet, les 10 premiers atouts 
se suivent ainsi ; le Bateleur (1), la Papesse 
(II), rimpératrice (IH), TEmpereur (UH), 
le Pape (V), l'Amoureux {V[), la Tempé¬ 
rance (VU), la Justice (Vllt), la Force 
(VIII, certainement pour VIIH.,.) et le 
Chariot (X), Le n® XII de PErmite (ici, en 
fait, le Temps avec ses béquilles) peut être 
aussi une erreur de numérotation. Ce serait 
donc le XI, mais le graveur a pu rejeter son 
n® XI — qui serait alors la Roue de For-^ 
tune, très endommagée — à l’extrémité du 
moule. 

Les autres atouts ne sont pas numérotés, 
[| s'agit du Pendu, de la Mort, du Diable, 
de la Maison-Dieu, de PEtoile, de la Lune, 




du Soleil, du Monde et du Jugemeni, tous 
aisément reconnaissables. A cette série 
s'ajoutent la quasi totalité des figures et 
diverses cartes de points. On notera 
(^aspect de centaures des cavaliers. 

Michael Dummett (op. dt.) n'a pas eu de 
mal à rapprocher le style de ces feuilles de 
celui du minchime florentin : les cavaliers- 
centaures sont partagés par ces derniers, du 
moins pour les Épées et les Bâtons, les 
valets féminins sont aussi un trait caracté¬ 
ristique, l'Ermite (n® « XH ») et le Pendu 
sont comparables. Mais surtout l’ordre 
ainsi visible est celui que le minchiate révèh 
quand on ôte les atouts additionnels. Aussi 
est-on à même de penser qu'il s’agit ici 


59 





























d’unç sorte de « pTOto k 78 

cartes. Dans ce cas ces planches pourraient 
être originaires de Florencen 

Washington National Gallery of An, 

Roserwald Ca]lecliori+ B 19821, 19R22 et 19823'. 

BibL : Kaplan, 130-131 ; DumEneiï. 75 (n^ 22), 
395 cl 403. 


28 

Feuille de Minchiate 

Florence (?), ttalie, s. 

I S cartes (Sur 97), enseignes italienties 

gravure sur bois 

papier 

toi x6l mm (cartes), 425x293 mm (planche) 
nomenclature IPCS : IPT-1 

Cette planche du Deutsches Spielkarten- 
Museum paraît bien être l’exemplaire le 
plus ancien d’un minçhiate. On y recon¬ 
naît, en effet, deux atouts caractéristiques, 
le Bateleur (l) et Flmpératrice (11)* Ces car¬ 
tes coTTéspondeiit parfaitement au t< por¬ 
trait » qui s^est fixé alors et a duré jusqu'au 
début de notre siècle. Datée vraisemblable¬ 
ment du XVIK siècle, cette feuille témoigne 
de l'absolue fidelité des cartiers plus tardifs 
à ce modèle ancien. 

Certainement fait à Florence, ce docu¬ 
ment était resté inédit à ce jour, 

Leinfelden-Echierdifïgen, Deutse hes 
Spâelkarten-Muséum, B 1023. 



Lucques 


29 

Tarol i< Orfeo » 

carîiçr à l'eni^cigne « Orfeo « 

Lucques (?), Italie, xvn» s, 

66 cartes (sur 78?), enseignes italiennes 

gravure sur bois coloriée au pochoir 

papier en plusieurs couches avec rabats à 

l’italienne 

98 X 57 mm 

dos : figure d’Orphéç, jouant de la viole, lion et 
légende ORFEO 

Recensées dans plusieurs grandes collec¬ 
tions publiques (British Muséum, Yale 
Unîversity, Musée Fournier) ou privées 
(voir n^ suivant), ces cartes présentent un 
certain nombre de problèmes. Elles sont 
toutes marquées au dos ORFEO avec une 
représentation d’Orphée jouant de la viole 
et charmant un lion. L'ensemble serait 
presque complet, mais il y manque certains 
atouts. L'allure générale des cartes les a 
longtemps fait prendre pour un minchiate. 


30 



Or, aucun des exemplaires conservés ne 
présente les atouts additionnels caractéris¬ 
tiques du jeu florentin. S’agirait-il d'un 
tarot à 78 cartes ? Certaines figures ne cor¬ 
respondent pas tout à fait à celles du min- 
chiaîe, mais la majorité d'entre elles lui 
sont fidèles tant par le style que par la 
numérotation. Les derniers atouts sont 
colorés en rouge, comme les « rossi » du 
fnincithte. 

Il y a peu, on a découvert des cartes iden¬ 
tiques où le Valet d'Épées porte un écusson 
aux armes de Lucques (Lucca). Les dos 
sont ornés précisément d’un personnage 
féminin avec la mention « di Lucca » (voir 
cat. n"' 31). Aussi admet-on maintenant 
que ce type de tarol est originaire de Lac¬ 
ques et que le cartier qui signait OrfeQ tra¬ 
vaillait dans la cité toscane. 

Londres, lirilish Muséum, Department of Prints 
and Drawings, Schreiber L59. 

Bibi O’Donoghue, L59 et 1.60 ; Dummett, 37S 
et 394 (n^ 31); Keller, ITA 63 et 64; Fournier 
82, 112-113 (n^ 10). 


60 










































































































30 

26 cartes « Orfeti » 

carner à l'ensetgne « Orfeo » 

Lucqueî (?), Italie, xvii* s. 

26 cartes (sur 7S?), enseignes italiennes 

gravure sur bois coloriée au pochoir 

papier en plusieurs couches avec rabats à 

rilahennc 

(00x55 mm 

dos : figure d'Orphée, jouant de la viole, lion et 
légende ORFEO^ 

Birmingham, colicciion Temperiey, 



31 

Caries « di Lucca >> et « alla Fama » 

carliers « di Lucca » ei « alla Fama >> 

Lucques, Jlahe, xvik s. 

6 cartes « di Lucca » (a) et 3 cartes <■< alla 

Fama » (bï, enseignes italiennes 

gravure sur bois coloriée au pochoir 

papier en plusieurs couches avec rabats à 

htalienne 

100 X 57 mm 

dos : 

personnage féminin, légende D'L VCCA 
guerrier avec pique^ légende ALLA FAMA 

Birmingham* collection Temperiey (cartes « di 
Lucca (a). 

Rye, collection Syivia Mann (cartes « alla 
Fama ij) (b). 



Ces cartes ont en commun avec les précé¬ 
dentes d*obéir au même modèle : on peut 
penser d^ailleurs qu’un même bols a servi à 
ces différentes productions. La découverte 
récente de dos marqués a di Lucca » et des 
armes de la ville de Lucques aux pieds du 
Valet d’Épées (cat, 31a) a permis de 
lever un coin du voile : enfin ce faux 
rnirtcftiaîe »* que l’on croyait florentin, 
paraissait provenir de ia ville de Lucques* 
qui n’est d’ailleurs pas très cloEgnée de Flo¬ 
rence, Un troisième type de dos, avec 
légende « atia Fama », a été recensé (cat. 
n* 31 b), sans qu’on sache vraiment si c’est 
là la marque d'un nouveau cartier ou une 
variante d'un même fabricant. 

Les cartes Orfeo de la collection Temper- 
ley (cat* n® 30) nous dorment à voir le Fou 
et quelques atouts non numérotés qui se 
trouvent généralement en fin de série. 

Bibi. : O’Donoghuc, L59 ci 1.60 ; Dummctl, 378 
et 394 (n'" 31}; Keller* ITA 63 et 64; Fournier 
82* 112-113 (f)'’ 10), 



29 

31 




61 






















Rome 


n 

Tarot « alla CQlonna. » 

Cartier ce alla Colonna » 

Rome (?), llaüe, début du xvEt' s. 

12 cartes (sur 78?), enseignes halieniies 
gravure sur bois 
papier 
marque : 

ALLA COLONA / INPIAZZA //NÎCOSIA 

il d'Épées) 

C'est au British Muséum que se trouvent 
ces deux fragments de feuilles de moulage, 
Rome en est le Heu de production le plus 
probable car on y trouve une « Pia 2 :za 
Nicosia ». De ce même cartler, le British 
Muséum conserve deux autres feuilles d’un 
jeu normal portant la date de 1613. 

On a peu de traces de la production 
romaine, mais ces deux feuilles sont certai¬ 
nement un témoignage, rare* d’un type de 
tarot qui pourrait bien être propre à la Ville 
Éternelle. Les quatre atouts entiers mon¬ 



trent une iconographie assez classique, sauf 
l'atout 5 (un Sultan?). Seuls les n® 20et 21 
sont visibles sur les deux autres cartes. 
Michael Dummett, qui assigne l’ordre des 
atouts au type A (traditions bolonaise et 
florentine), croit y voir le Monde (20) et le 
Jugement (21)... 

Plus déroutantes sont les cartes de 
Pautre fragment : leur aspect est plus direc¬ 
tement,,, portugais et annonce clairement ' 
le tarot sicilien. On y reconnaît le valet , 
(féminin) d’Épées {F.S pour « fûnte di 
spùde »}f le valet (féminin) de Bâtons 
(F. B : « fanie di bastoni le cavalier de 
Bâtons {CM}t le 2 d'Épées et un frag¬ 
ment du 3 d'Épées, La dernière carte doit 
Être le cavalier de Deniers. On ne manquera , 
pas de rapprocher le mode d'indexation de 
ces cartes — au moyen de chiffres arabes ' 
ou de lettres — de celui pratiqué sur le tarot 
parisien anonyme, cat, n® 33, 


Londres, British Muséum, Department of Prints 
and Drawjïigs, Schreiber, sheet i.2, 
1896-5-1-1090(1 + 2). 

Bibi. : Kaplan, 134; Dummett, 393-394(n^ 30). 



S * 2 . 

AILACOLOMA* t 


I 

r 

îfj 

. 


En France 


Arrivé en France au début du xvi= siècle, vraisemblable¬ 
ment à la faveur des guerres d*Italie, le jeu de tarot y a 
connu une large diffusion qu’attestent nombre d’auteurs, 
pour la plupart mineurs, La plus ancienne mention con¬ 
nue reste le Gargantua de Rabelais (1534) qui cite le tarau 
dans la longue liste des jeux de son héros. Après lui, les 
récits et les allusions se multiplient, nous offrant un 
témoignage précieux sur la pratique du jeu dans notre 
pays. 

La seule production qui subsiste du xvi' siècle est le 
tarot de Catelin Geofroy (cat. n* 13) que ses enseignes de 
fantaisie nous ont fait placer parmi les jeux d’inspiration 
humaniste. 

Avec le xvtp siècle, les attestations littéraires se raré¬ 
fient et, si un auteur peut affirmer, en 1622, que le tarot 
est plus populaire en France que les échecs, les grands 


écrivains français classiques ont tous ignoré le jeu r ni 
Mme de Sévigné, pourtant attentive à ce qui se passait 
autour d’elle, ni Molière, ni Scarron n'en soufflent mot. 
Signe des temps : le tarot cessa certainement d'eire joué à 
Paris à la fin du xvti' siècle. 

Pourtant les hasards de la conservation veulent que des 
quatre graDd .5 jeux complets ou presque qui nous soient 
restés de ce siècle, trois sont*,, parisiens ! Mais, nos sour¬ 
ces documentaires Faffirment, il se fabriquait des tarots à 
Rouen, à Lyon, à Dijon, à Nancy, en Dauphiné et certai¬ 
nement ailleurs. 

Parmi les témoignages que nous avons de la pratique du 
jeu en France figurent deux règles imprimées que nous 
exposons ici (cat. 36 et 37). Si Fune est déjà bien 
connue, l’autre était à ce jour inédite’°. 


62 




















33 

Tarât anonyme 

Paris, premièriç moitié du xvci» s. 

cartes (complet)^ en&eigrtes iialicnncs 
gravure sur bois coloriée au pochoir 
papier en plusieurs couches 
128 X 70 tnm 

dos : hexagones avec « croix de Malle » 
marques : 

FA/CT A PARIS PAR... {2 de Deniers, 2 et 3 

de Coupes) 

A PARIS [inversé^ PAR... (4 de Deniers) 

Ce rare jeu complet s’inscrit dans la 
lignée des tarots « de fantaisie » dom le 
XV|< siècle a été si friand : jeu italien de la 
Collection Leber (cal. 13), tarot de 
Catelin Geofroy (cai. n® 14) ou même — 
pour les points — les cartes Sola-Busca 
(cat. n“ 12). L'ordre des atouts est celui — 
adopté également par Catelin Geofroy — 
du « Tarot de Marseille avec toutefois 
des légendes éclairant le sens des cartes* 
Alrempance est ici une Forme archaisante 
de « Tempérance », caractéristique du 
moyen Français* 

Les têtes bénéficient pour leur part à la 
fois de légendes en français et de cartou¬ 
ches portant leurs iniiiaLes... en italien : .S 
pour Épées (il, Spade), F pour valet (il, 
Fanié)^ par exemple. Le traitement des 
atouts et des figures, les bordures en 
damiers imitant le rabat des cartes italien¬ 
nes, remploi de cartouches indiquant — en 
italien — la valeur des points et des figures, 
tout cela confirme le caractère très italiani¬ 
sant de cette productiO'n parisienne* 

En revanche, les as sont ornés d’animaux 
fantastiques inconnus de jeux italiens, mais 
assez fréquents dans les cartes.,* ibériques, 
Ibérique aussi la forme des enseignes, 
notamment des Épées, que Ton retrouve 
presque identiques sur des jeux classiques 
du xv« siècle, tel celui du Maître de la 
Haute Allemagne (Oberdeutscher Stecher) 
dont rinspiration est nettement espagnole. 
La dame et le cavalier d'Épées offrent une 
telle ressemblance avec les cartes équivalen¬ 
tes du jeu allemand (ill. dans Albertina 74. 
n* 30) qu'on leur soupçonne une origine 
commune, vraisemblablement espagnole. 
Les étendards et les animaux fabuleux des 
as sont aussi très proches des « bannières » 
(dix) du jeu du Maître de la Haute Allema¬ 
gne. On noiera que tes Coupes sont toutes 
différentes : ici, la relation se fera plutôt 
avec le jeu italien de la Collection Leber 
(cai. n® 13)* 

Ce chassé-croisé d'influences, où 
s’affrontent traits italiens évidents et 
emprunts espagnols, n’est pas sans faire 
problème. Le nom de notre cartier a, hélas, 
été effacé du moule. Les Deniers montrent 




des blasons que Michel Popoff a identifiés* 
On lira ci-après le résultat de son étude. 

Paris, B*N,, Estampes. Kh 34 rés. lome I. 

Bibi. : D'Allemagne, I, ISfi. 194; BN 63. 
n* J5S ; Hoffmann, 17. 66 et n'^ 15a; Albertina 
74, n'’ 5 ; Kaplan, 134-135; Dummett, 207-208; 
PC, XIL p. 124^125. 



63 










































DESCRIPTION HÉRALDIQUE DES DENIERS 


D 2 : l : Gonzague, ducs dç Manioue 
: 2 ; StrOiii 

D 3 : 1 : Écosse 
; 2 : Portugal 

: 3 : Évreux"Navarre (les quartiers sont 
inversés) 

D 4 ; 1 : Dauphin de Viennois (armoiries por¬ 
tées pour la première fois par le futur 
Charles suite au traité de Romans 
du 30 mars 1349) 

; 2 ; Milan-Visconti (armoiries apparais¬ 
sant sous Louis XII) 

: 3 : Bretagne 

] 4 : Artois ? (les besanrs du lambel doi- 
veru être une mauvaise inlerprélalion 
des châteaux de CasiillÉ) 

D 5 : (tous les écus sont contournés) 

: I ■ Paris 

: 2 : Vendôme-La Marche 
; 3 : Lyon 
i 4 : Normandie 
: 5 ; Toulouse 

D 6 : Pairs ecclésiastiques du royaume : 

] I : Reims 
: 2 : Langres 

^ 3 1 Laon (la croix est omise) 

: 4 I Chiions 
: 5 : N-oyon 
: 6 : Beauvais 

D 7 : Cette série tente de représenter les pairs 
laïques du royaume (les écus sont 
contournés) 

: I : Aquitaine 


34 

Taroi Viéville 

Jacques Viéville (connu de 1643 à 1664) 

Paris, milieu du Kvih s. 

7S cartes (complet), enseignes Italiennes 
gravure sur bois coloriée au pochoir 
papier en plusieurs couches 
125x 70 mm 

dos : motifs hexagonaux avec « croîs de Malte » 
marque : 

ÎAQVES VIEVIL. A PARIS (2 de Deniers) 

Ce tarot est un des très rares jeux eoiti- 
plets du XVII' siècle. Il est l’œuvre d-un car- 
tîer parisien dont le notn^ abrégé en VIE- 
VÏL.t apparaît sur la banderole du 2 de 
Deniers, selon un usage déjà attesté à 
Milan en 1499. H,R, d^Allemagne signale 
son existence — sous la forme Viéviîfe... — 
en décembre 1643, mars 1648, avril et août 
1664 (ou il est cité en même temps que Jean 
Noblet). Un acte notarié du 10 février 1648 
se trouve aux A.N. (X, 97). 

Aucune légende ne figure sur les atouts, 
pas plus que sur les tètes. Les points ne sont 


; 2 ; Bourgogne 
î 3 î Champagne 
: 4 : Bourbon 
: 5 : Flandre 
: 6 : Alençon 
: 7 ; France (ancien) 

D S ; (les armoiries de cette carte sont 
contournées) 

: l : France (ou Anjou?) 

: 2 : Évreux (branche de Lérin?) 

: 3 : Orléans 
: 4 t Bourbon 
; 5 : France 
: 6 : Foi X- Béarn 

: 7 : noR-identifié (des armoiries de ce 
genre se rencontrent en Italie) 

: 8 : Brabant 

D 9 : 1 : chiffre de Diane de Poitiers 
: 2 ; Lithuanie 

: 3 : Savoie? (armoiries à la croix diffici¬ 
lement identifiables) 

; 4 t croix ancrée (meuble trop fréquent 
pour pouvoir pcrmctire une 
attribution) 

: 5 : mauvaise représentation (contour¬ 
née) du pariî Autriche-Coucy ? 

: 6 ; deux lions affrontés (de nombreuses 
familles dans toute (^Europe portent 
de telles armoiries) 

: 7 : trois merletles ou canettes (même 
remarque) 

: 8 ; trois bandes (même remarque) 
t 9 : six besanis ou tourteaux (même 
remarque) 


pas numérotés ; les noms de 18 des atouts 
nous sont fournis par une curieuse inscrip¬ 
tion partagée entre le 2 de Coupes et Tas de 
Deniers : 

PERE SA/NCT FAIT / MO V YUSTICE 
DE CE / VIELART MA ET BAGA / 
AMOUREUX DE / GESTE DAME Q VY 
/ SOIT CRYE A SON DE / TROMPE 
PAR TOVT /V.E MONDE / LE 

PAPE LA papesse f L’ANPEREVR 
L^INPERATR / YCE LE SOLEIL (as de 
Deniers), / LA LVNE LES ETOlLLES / 
LA FOVDRE PRiNS / A FORCE QVY 
SOIT / PENDVE TR ANNA Y / AV DIA¬ 
BLE (2 de Coupes). 

Si les cartes de points et quelques atouts 
évoquent le Tarot de Marseille, les figures 
et les autres atouts s’en éloignent, Michael 
Dummett a eu raison de souligner la forte 
parenté qui unit ce jeu aux tarots faits à 
Rouen et à Bruxelles au xviii* siècle (cal, 
n* 55 et 57). 

On dirait que Viéville et les cartîers de 
Rouen et de Bruxelles ont mélangé la tradi- 


DIO ; l 3 chiffre d’Henri II 

î 2 î Pressigny (petite famille du Poitou 
dont les armes sont données dans 
tous les traités d’héraldiques, du 
Moyen Age à nos jours, à cause de la 
complexité du blasonnemenl. Leur 
présence nous autorise 4 affirmer que 
les armoiries représentées sur toutes 
les cartes ont été copiées dans un 
traité dl’héraldique par un graveur 
ayant, par ailleurs, peu de connais¬ 
sances dans ce domaine) 

: 3 : Champagne? 

3 4 : René 11 d’Anjou-Lorraine (les alé- 
fions du dernier quartier sont omis) 
i S : croix fleuronnée, certainement copiée 
sur une monnaie 

: 6 : frelté (armoiries trop fréquentes pour 
pouvoir être attribuées) 

: 7 3 Vermandois ou Dreux 
î S î Anille? (même remarque que pour le 
5) 

: 9 : Jérusalem 
î 10 ï Bourgogne 

La consultation des traités d^héraldique des xvu 
et xvip siècles ne permet pas, vu les exemples 
retenus, d’identifier les sources du graveur. Il 
convient tout de même de souligner la forte pro¬ 
portion d’armoiries des branches de la famille 
royale et la présence d’armoiries italiennes. 


Michel Popûff 


tiop milanaise du Tarot « de Marseille » 
(exemple : Noblet, cat. n® 35) et la tradi¬ 
tion bolonaise : les atouts 1 à XIII corres¬ 
pondent, à quelques détails d'emplace¬ 
ments près (interversions Chariot / Justice 
et Force / Hermiïe) au style et au dessin du 
tarot de Marseille^ tandis que les atouts 
XIV à XXI se rattachent à une autre ori¬ 
gine graphique. On a déjà souligné les affi¬ 
nités que présente le Diable du tarot de 
Bologne ancien (cf, cat. n* 25 et 26) avec 
celui de Viéville, U esi presque certain que 
la « Foudre » (Maison-Dieu — n® XVl) 
était à Forigine une allégorie de TÉtoile ; 
quant à FÉtoile et à la Lune (n^^XVII et 
XVl 11), c’est à la Lune et au Soleil bolonais 
qu’elles font penser, comme s’il y avait eu 
un décalage. Le Soleil (XIX) pourrait avoir 
été puisé ailleurs (la « Mort » du tarot 
bolonais?) et le Jugement reste dans un 
style voisin. Seul le Monde marque un 
retour au Tarot de Marseille. Mais les ver¬ 
sions rouennaise et bruxelloise sont restées 
fidèles au globe surmonté d’un personnage 


64 




I 


qui caractérise le tarot bolonais (et le tnin- 
cirisîe, qui en dérive)» 

Nous pensons, avec Michael Dummett^ 
que le tarot de Jacques Viéville ainsi que 
ceux d’Adam de Hautot et des cartiers 
bruxellois au xvt[i= siècle représente une 
tradition distincte du Tarot de Marseille» 
héritée plus ou moins directement de Bolo¬ 
gne, via le Piémont et la Savoie (cf. cat. 
n^ 118). 

Fac-similé : éditions Boéchat-Héron» 19S4, 

Paris» B.N., Estampes, Kh 34 rés. l. 1. 

Bibt. : D’Allemagne, I, J88-I90» 302, 30?» 309: 
II, 9^: BN 63, 359; Dummeit, 205-20?: PC, 

XII» n* 4, p, 125. 


35 

Tarot Noblel 

Jean Noblet 

Paris» inilieu du xvn» s. 

?3 cartes (sur 78)» enseignes italiennes 
gravure sur bois coloriée au pochoir 
papier en plusieurs couches 
92 X 55 mm 

dos : motifs hexagonaux avec « crois de Malte » 
marques : 

/. NOBLErA V FAV / BOVR ST GER¬ 
MAIN (2 de Coupes) 

lEAN NOBLET DM^ / AV FA VBO VR ST 

GERMAIN (2 de Deniers) 

I.N. (écusson du Chariot) 
nomenclature IPCS ; IT-1 

La petite taille inhabituelle de ce tarot 
n"est pas pour rien dans son charme» même 
s’il lui manque 5 cartes (du 6 au 10 
d’Épées). Son fabricant est clairement dési¬ 
gné sur la banderole du 2 de Deniers et sur 
le cartouche du 2 de Coupes : il s’agit de 
Jean Noblet, demeurant au Faubourg 
Saint-Germain, à Paris. Or, un Jean 
Noblet» maître-cartier» vivant à « Saint- 
Germain-des-Prés, rue Sainte Marguerite» 
paroisse Saint-Sulpice »» est cité en Î659 
dans deux actes notariés (A.N.» Y 197» 
n®s 3161 et 3162). Déjà D’Allemagne signa¬ 
lait un Jean Noblet dans une liste de car- 
tiers parisiens de 1664 (D’Allemagne» 1» 
309)» 11 est curieux que ce grand érudit ait 
tenu à dater ces cartes du xviiK siècle» alors 
qu’on ne retrouve aucune trace d’un Jean 
Noblet en ce siècle. 

Nous n’hésitons donc pas à dater ce jeu 
du milieu du xvip siècle» ce qui en fait un 
contemporain de celui de Jacques Viéville 
(voir n* précédent). L'intérêt d’une telle 
datation est que nous sommes en présence 
d’un jeu en tous points conforme au 
modèle dit « Tarot de Marseille » : c’en est 
ici le tout premier exemple connu. 



34 




65 
























On notera que la Mort est nommée. 
L'écusson du Chariot {atout VII) porte les 
initiales /.TV., probablement celles de Jean 
N obi et. Le dos des cartes est rigoureuse¬ 
ment le même que celui employé par Vie- 
ville. On le retrouve aussi dans le tarot 
parisien anonyme (cat. n* 33). 



36 

Règle du jeu des tarais. — sd.n.d. 
[Paris?!, 11655 ?]. — S p. ; e^ 

La Règle du jeu des iarûis est, à ce jour, 
la plus ancienne règle imprimée du. tarot 
que nous ayons conservée. Elle présente, de 
ce fait, un intérêt exceptionnel, d'autant 
plus qu’elle apporte à la connaissance du 
jeu ancien des éléments étonnemment clairs 
et précis, comme on n'ose en espérer à une 
époque où les exposés de règles de jeux ne 
sont pais des modèles de clarté*.* 

Bien des points présentés font encore 
partie de i’arsenaJ du joueur moderne : 
donne trois à trois, présence d'un écart — 
qui est ici effectué directement par le don¬ 
neur —, fonction du Mut (« Excuse »), 
paiement des « poignées », décompte des 
points par association d’une carte de valeur 
avec des petites cartes et même « petit au 
bout » ! 

En revanche, comme on peut s'y atten¬ 
dre pour une telle époque, les cartes utili¬ 
sées sont à enseignes italiennes et les points 
sont inversés à Coupes et à Deniers (voir : 
Repères 4), Certains détails nous surpren¬ 
nent plus : l'auteur suggère de réduire k 
jeu à 66 cartes et les combinaisons y sont 
très nombreuses (les brizigoîes}. On notera 
aussi les italianismes évidents qui émaillent 
le vocabulaire : « math » <it* 

« fou »), bagat (it. bagatto, « bateleur »), 
« faon » pour « valet » (it, /onie***), brizi- 
gok pour « combinaison » (it* verzîgoie? 
— cf. règles du « minquiatte », cat. n® 64)* 

Cette même règle survivait encore en 
1781 car Court de Gébelîn (cat* n® 128) en 
donne une version presque identique dans 
son Mande Primitif (vol. 8). 

Ce document a été découvert il y a deux 
ans dans un volume de pièce.? manuscrites 
recueillies et rassemblées en 1655 par Jac¬ 
ques Dupuy, bibliothécaire du roi* C’est un 
opuscule imprimé non rogné de 4 feuillets 
(ff. 94 à 97) auxquels est joint un feuillet 
manuscrit (f® 98) qui répète, en les résu¬ 
mant, les principaux points de la règle, ïl 
est possible que ce manuscrit ne soit que la 
copie, faite par Jacques Dupuy lui-même, 
d'un original disparu et incomplet : en 
effet, le début de la règle ne s'y retrouve 
pas. Recueillies à Paris, ces pages y ont 
peut-être été imprimées. 

Le texte intégral de cette règle est repro¬ 
duit dans le livret qui accompagne la réédi¬ 
tion en fac-similé du Tarot de Jacques Vié- 
ville (Editions Boéchai-Héron, 1984). 

Paris» B.N., Manuscrits, Dupuy 777, ff. 94-97 et 
98. 

Bibi. ; PC* X!I, 4, p. 126. 



66 


Paris. B,N,. Estampes» Kh 34 rés.» l, L 

BibL : D^Aikinagitc» 1[, 78 et 619; BN 63, 
n® 360; Dummett, 211. 


































37 

maison académique contenant îes jeux 
du piquetf du hoc (.. .>* divers jeux de cartes 
qui se jouent en différentes façons (...) 
autres jeux facétieux & divertissons. A 
Paris : chez Estienn^ Loison, M DC LJX 
[1659]. — (2) — 3Î8 p. — (îable); 12^ 

En 1654 paraissait à Paris* chez Robert 
de Nain et Marin Léché* la première édi¬ 
tion de Lu maison académique sous la 
signature du sieur de la Marinière (Jean 
Pinson de la Maninière?). Compilation de 
règles à la mode et déjà publiées dans les 
années précédentes* ce recueil* le premier 
du genre en Europe* ne contenait que deu?î 
jeux de cartes* le piquet et le hoc. Cinq ans 
plus tard* Etienne Loison en reprenait le 
contenu, épuré de quelques jeux de pure 
fantaisie et augmenté d^une dizaine de jeux 
de cartes. C^est dans cette édition, présen¬ 


tée ici, que nous trouvons* aux pages 174 à 
ISO, le « jeu de cartes des taros 
En fait, E'ouvrage expose cinq variantes 
assez confuses, d'où il ressort que le jeu 
utilise 7S cartes* qu'on y joue par levées* 
que des valeurs de points sont allouées à 
certaines cartes et que « le fou sert 
d^excuse w, La cinquième et dernière règle, 
qui est un peu plus précise, est présentée 
comme un « autre jeu que les Suisses 
Jouent ordinairement ». Ici* la partie a Pair 
de se dérouler selon des modalités con¬ 
nues : nombre des joueurs (trois), écart, 
valeur des cartes* marche du jeu* rôle du 
Fou sont décrits avec peu de détails mais de 
façon exacte. On peut tout de même se 
demander si Fauteur de ces lignes avait 
vraiment joué... Nous sommes loin de la 
lumineuse et élégante clarté de la régie de 
1655 (voir précédent)* 


La maison académique eut néanmoins 
un succès certain : des éditions se succèdent 
en 1665 et 1668, puis, à Lyon, en 1674 et 
1697* à la Haye enfin, en 1702. Mais 
quand, en 1714, paraît L ^académie ou mai¬ 
son des Jeux^ qui reprend textuellement les 
règles des seuls jeux de cartes* celles du 
tarot ont disparu* La série de VAcadémie 
universeîie des Jeux (à partir de 1718) 
n'évoque pas non plus le Jeu, D'ailleurs* les 
grands dictionnaires de la fin du XVjf« siècle 
(Richelet* Furetière, Académie Française) 
ont Fair de savoir à peine ce que sont les 
tarots : signe révélateur d’une désaffection 
incontestable dans La capitale, 

Paris* B,N., Imprimés, V 43593. 

Bibi. : Dummcit, 213-216; PC, Xll, n° 4* 
p. 125-126. 


67 


■a 








































Le tarot en Europe : 
l’expansion du XVIIL siècle 


Le xvïir^ siècle paraît être la période « conquérante » du tarot. Mais peut-être 
l’abondance des matériaux conservés fausse-t-elle la perspective. Il est vrai, toute¬ 
fois, que le jeu se répand alors dans toute T Italie sous la forme du Mirîchia^e^ Il 
refait son apparition en Piémont et en Lombardie où on Pavait quelque peu 
délaissé. On le suit jusqu’en Sicile d’un côté, jusqu’en Belgique de Pautre. En 
France, malgré le silence quasi absolu de nos sources documentaires — elles 
étaient plus loquaces aux siècles précédents —, les preuves de son existence abon¬ 
dent et si nombreux sont les tarots du même modèle dus à des cariiers marseillais 
que l’on parle à leur propos du « Tarot de Marseille ». 

Il n’est pas jusqu’aux pays germaniques qui se virent contaminés à leur tour 
par le noble jeu. Venu de France, de Suisse, ou directement dTtalie, le tarot fut 
adopté outre-Rhin dès le milieu du xviH'^ siècle, et peut-être même un peu plus 
tôt; il y subit quelques pudiques modifications, la Papesse et le Pape devenant 
Junon et Jupiter \ Ce tarot, dît « de Besançon », consacre d’une certaine manière 
la prééminence, hors d’Italie, du modèle « marseillais » dont il n’est qu’une 
variante. En Italie même, ce portrait fut introduit — ou, plutôt, réintroduit vers 
1730 . 













































Le tarot de Marseille et ses avatars 


Le Tarot de Marseille 


L'expression « Tarot de Marseille désigne un modèle 
bien particulier de tarot français à enseignes italiennes 
dont la diffusion, sous une forme stéréotypée, semble 
avoir été très grande. Aujourd'hui réservé aux cartoman¬ 
ciennes, ce type de cartes a été d’un emploi courant parmi 
les joueurs français jusqu'au début de ce siècle. On le qua¬ 
lifiait alors de « tarot italien » (voir catalogue Griniaud, 
cat. n° 124). 

Pourquoi Marseille? Il est vrai que nombreux sont les 
témoignages de la production des cartiers marseillais — et 
provençaux* notamment avignonnais —, au point qu’on a 
pu croire un temps qu'ils exerçaient un véritable mono¬ 
pole de fabrication pendant la deuxième moitié du 
XVIJI' siècle. De même que l'existence de nombreux jeux 
faits à Chambéry, Dijon* Lyon, Grenoble ou Genève con¬ 
tredit cette vision, de même les rares cartes milanaises 
anciennes {cat. n° 16) montrent que le Tarot de Marseille 
puise ses origines à Milan. Les cartiers marseillais n'en 
sont vraisemblablement pas les introducteurs en France : 
ce même modèle était déjà connu à Paris au xviL siècle 
(cat. n^ 35). 


Toutefois* s'il faut créditer les cartiers français de quel¬ 
que chose* c'est d’une part* d'avoir introduit des légendes 
sur les atouts (sauf la Mort î) et sur les figures* et* d'antre 
part d'avoir « inondé » l'Europe de leurs productions* au 
point que la fortune de ce modèle fut extraordinaire. 
Exporté (cat, n* 39) vers Tltalie (un comble!)* il y fut 
copié et y survit encore sous la forme du « farocco pie- 
montese à double-figure. 

Parti à l'assaut des pays germanophones (Alsace et 
Allemagne), il s'y adapta au prix d'une petite concession 
aux autorités religieuses et y fleurit sous la forme d'une 
variante dite « Tarot de Besançon », avant de laisser la 
place aux jeux a enseignes françaises. 

Utilisé en France et en Suisse par les joueurs jusqu'au 
début de ce siècle, le Tarot de Marseille est, par ailleurs* à 
la base du grand mouvement d’exégèse occultiste parti de 
Court de Gebelin (1781) et amplifié au xix^ siècle (voir 
supra). 


38 

Tarot de Marseille de J.-P. Payen 

Jesin^ Pierre Payen 

Avignon. France, 1713 

78 cartes (complet), enseignes italiennes 

gravure sur bois coloriée au pochoir 

papier en plusieurs couches 

I2l X62 mm 

dos ; croix de Malte et points alternés 
marques : 

fEAN.PŒRRE.PAYEN... — Ano. f7B (2 
de Deniers) 

J.P.//IER/RE.P//A YEN (2 de Coupes) 

P. V. (écusson du 4 de Deniers) 
nomenclature IPCS : IT-I 

Si Ton excepte le jeu de Jean Noblei (cat. 
n* 35}* fait au xvii* siècle à Paris, ce tarot 
avignonnais est* à ce jour, le plus ancien 
exemple d’un tarot de Marseille daté 
(1713). Né à Marseille en 1683, Jean-Pierre 
Payen s’est établi en Avignon en 1710. Il y 
est mort en 1757. C'est dans ces annéesdà 
que le privilège d'exonération fiscale dont 
jouissaient les cartiers avignonnais cessa. 


Ceux-ci, en effet, dépendaient du pape, à 
qui appartenait encore le Comtat Venais- 
sin, mais les fabricants marseillais obtin¬ 
rent en 1754 que cet avantage déloyal » 
disparaisse. C’est alors que Marseille 
devint le gros centre de production que Ton 
sait, aux dépens d’Avignon. 

On sait que ce n'était pas là les seules vil¬ 
les productrices : Lyon faisait du « Tarot 
de Marseille » au début du xvuh siècle 
(voir n* suivant) ainsi que Dijon : le British 
Muséum conserve 56 cartes à enseignes ita¬ 
liennes, sans les atouts, signées Pierre 
Madenié à Dijon et datées de 1709 
(0*Donogbue. F,4). 

Le jeu de Jean-Pierre Payen ne diffère en 
rien des productions marseillaises (cf. cat. 
n° 40 et 41). si ce n'est le pagne et la cape 
de rallégorie du Monde et le ventre orné 
d'un faciès humain qu^exhibe le Diable. 

Clohars-Carnoét, colkction Alan Borvo. 

Bibi. : D'Allemagne, l, 194; Kelier, FRA 166; 
Arts Dêcü SI* 38-39; PC. XJI, n* 4. p. 123. 



7 ] 





[y ■ P, 1 . K 1" irw c f " I 


39 

Tarot Dodal 

Jean Dçdal (connu 1701-1715)1 
Lyon^ France^ début du xv'in* s. 

7â cartes {coïnplet)f enseigner italiennes 
gravure sur bois coloriée au pochoir 
papier en plusieurs couches 
123 X 66 mm 

dos : petits motifs triangulaires 
marques : 

fEAN / DODAL {2 de Coupes) 

PLN / F P E {2 dû Coupes) 

FAÏCTA LYON PAR iEAN DODAL [2 de 
Deniers) 

F\F. LE FRANCE {Force, Monde, %alet et 
cavalier de Bâtons, cavaliers d‘Épées, de Cou¬ 
pes et de Deniers) 
nomenclature IPCS : IT-J.l 

Ce tarot lyonnais du début du xviip siè* 
ck ne cache pas scs intentions : il est claire¬ 


ment destiné à l'exportation comme en 
témoignent les nombreuses mentions F,P. 
LE. TJfiANGE (« fait pour ^étranger ») qui 
sont placées sut certaines figures. Il est vrai 
que les cartiers français commençaient à 
voir SC constituer des débouchés : la Suisse 
connaissait le tarot depuis le xvi* siècle et, 
d’ailleurs, en produisait (cf, cat, n'' 43), 
l'Allemagne s"y mettait à peine, mais le 
marché le plus prometteur était certaine- 
ment.,. T Italie. 

J] semblerait, en effet, que les cartiers du 
Piémont ei de la Lombardie aient peu à peu 
abandonné la production de tarots à 
78 caries à la fin du xvii^ siècle, ou, tout au 
moins, quMIs n’aient pu suffire à la 
demande. Il est vraisemblable que Jean 
Dodal exportait vers ritalie. 

Quelques menus détails différencient le 



jeu de Dodal des productions marseillaises 
plus tardives : le Diable porte encore sur k 
ventre une sorte de visage — représentation 
tout à fait tradidonnelle —, et le Mat est 
déjà devenu Le Foi : ces traits suffisent aux 
spécialistes pour voir dans ces cartes 
P archétype des tarots faits en Italie quel¬ 
ques décennies plus tard (voir cat. n^^* 51 à 
54). 

Paris, B.N., Estampes, Kh 381 rés. n" 76. 

Bibl. : O'Donoghuc, F. 5; D"Allemagne, 1, 192 
et Jl, 610; BN 66, n'" 402: Dummett, 1%; PC. 
XII, n“ 4. p, 128. 


40 

Tarot Bourlion 

François Bourlion 
Marseille, France, 1760 
48 canes ($ur 78), enseignes italiennes 
gravure sur bois coloriée au pochoir 
papier en plusieurs couches 
1 15x63 mm 

dos : losanges avec demi-fleurs-de-lis en coins et 
cercle, impression bleue 
marques : 

FRANÇOIS BOVRUON , 1760 (2 de 
Deniers) 

F. fl. avec écusson fleur-dc-!i$é (2 de Coupes) 
y^R^^ (écusson du Chariot) 
nomenclature IPCS “ IT-l. 

Le tarot de François Bourlion — ou plu¬ 
tôt son « moule » — est P exact contem po¬ 
rain de celui de Nicolas Conver (cL n° sui¬ 
vant), lui aussi Cartier à Marseille. Très 
proches l'un de l'autre, ils se distinguent par 
de minuscules détails qui différencient les 
deux bois. Il s’agit là de deux créations qui 
témoignent de la vitalité et de la qualité de 
la production marseillaise dans la deuxième 
moitié du xviip siècle et qui justifient 
Tappellation traditionnelle « Tarot de 
Marseille » pour désigner ce type de jeux. 

Paris, B.N., Estampes, Kh 331 rés. n® 78. 

Bibi. : BN 66, n* 404: Keller, FRA 153. 

41 

Tarot Couver 

Nicolas Conver 

Marseille, France, 1760 

78 cartes {complet), enseignes ilaliennes 

gravure sur bois coloriée au pochoir 

papier en plusieurs couches 

120x64 Eïim 

dos : losanges avec croix 
marques : 

Nas CONVER 1760 (2 de Deniers) 

G M avec écusson aux armes de France (2 de 
Coupes) 

(écusson du Chariot) 

V'" CONVER / FRANCE (valet de Bâtons) 
nomenclature IPCS ; IT-I 


72 





































I 



L’exécution du ïarot de NicoJas Cortver 
reflète une sorte de perfection : non seule¬ 
ment le moule a permis un tirage de qua¬ 
lité, mais on notera la franchise et la beauté 
des couleurs ei notamment ce bleu pâle si 
caractéristique. On comprend que Paul 
Marteau — qui l’avait dans sa collection — 
se soit revendiqué de lui pour éditer son 
« Ancien Tarot de Marseille » en 1930 (cf. 
cat. 114 et 146). Mais^ comme on peut 
aisément s’cn rendre compte, le jeu de Gri- 
maud n’est pas une reproduction du tarot 
de Conver. 

Les bois de celui ci ayant été conserves 
par la maison Camoin, héritière de Conver 
disparue en 1970, il fut procédé de temps 
en temps à des retirages mis en couleurs, 
Une reproduction fac-similé existe, enfin, 
due aux Éditions Dusserre (Paris, 1980). 

Parts, B.N,, Estampe^^ Kh 381 rés. ii'’ 81. 

BibL : O’Dcjnoghue, F. 15 ; BN 66, n“ 409 ; Kel- 
ler, FRA 155. 


42 

Taroi Carrajât 
C. François Carrajat 

Chambéry, France, fin du xviii»/début du s, 
66 cartes (sur 78), enseignes italiennes 
gravure sur bois coloriée au pochoir 
papier en plusieurs coueheü 
115 X 63 mm 

dos : losanges avec carrés 
marques : 

GRAND TER R AU FIN FAIT A CHAs\f- 
BERY Par C.F. CARRAJA T (2 de Deniers) 
GRAND TARR / AU FIN FAIT A / CHAM¬ 
BERY / Par CARRAJA T (2 de Coupes) 
A.C.Z. (écusson du Chariot) 

7.0YA (pied de l’as de Coupes) 
marque circulaire CARRAJAT, CHAMBERY 
avec étoile à 5 branches au centre (sur les as) 
nomenclature IPCS : IT-] 

Marseille n’avait pas le monopole du 
« Tarot de Marseille Dijon, Grenoble, 
Lyon, Avignon et d’autres nous ont laissé 
des traces de leur production au xvni» siè¬ 
cle, sans oublier Paris avec Jean Noblet au 
XVth (cL cat. : 35)* Chambéry produisit 

aussi ce modèle. Rien d’étonnânt à cela : la 
cité savoyarde est depuis longtemps une 
place forte du tarot. 

On ne sait rien, en revanche, du cartier 
Carrajat. D’Allemagne (op. cit.) k signale 
en 1794, Le moule a peut-être été fait à la 
fin du xviip siècle et l’impression, en bleu, 
au début du xix% ce qui justifierait les 
cachets circulaires « CARRAJAT . 
CHAMBÊR y » apposés sur les as. Le tail¬ 
leur de moule a mentionné son nom sur le 
pied de l’as de Coupes : ZOYA. Des initia¬ 



les A.G.Z, apparaissent sur l’écusson du 
Chariot ; on connaît un cartier milanais de 
la fin du xvill* siècle au nom de GENTl- 
LINl e ZOYA. Celui-ci signe parfois d’ini¬ 
tiales (G.Z.E.P.G.}. Zoya, de Milan, 
aurait-il gravé ce bois pour Carrajat ? 

Paris, B.N., Estampes, Kh 381 rés. 80. 

Btb(. : O’Donoghue, F. 3; D’Allemagne, II, 
608: BN 66, n*40S: Keller, FRA 154, Pour 
Geniilini e Zoya à Milan : Milan SO* 4 à 6, 


43 

Tarot « de Marseille » Suisse 

Claude Burdel 

Fribourg, Suisse, 1751 

7S cartes, (complet), enseignes italiennes 

gravure sur bûis coloriéc au pochclr 

papier en plusieurs couches 

116X 62 mm 

dos : étoiles et points alterné.s 
marques : 

CLA UDE.BURDELXARTIER.ET.CRA- 
VEUR- I75Î (2 de Deniers) 

C JB (2 de Coupes) 

C B (éeusson du Chariot) 
nomenclature JPCS r JT-I 
enveloppe papier aux armes de Fribourg avec 
adresse du cartier : Canes fines faiies par 

73 


I 
























Ciaude Burdel / Maître-cûriierpriviiéÿié defeurs 
/ Souveraines Exœilences dê Fri / botJrg, 
demeurant à ta rue des / Hôpitaux devant. 
(impression xylographique) 

Dans un article récent'^ Peter Kûpp a 
montre que le jeu de tarot était connu en 
Suisse depuis le xvi* siècle. La Sfatson aca¬ 
démique des Jeux (voir cat. n® 37) présente, 
en I65&t une régie que « les Suisses joüem 
Ordinairement Pourtant, on ne con¬ 
naît, pour le moment, aucun exemple d’un 
tarot suisse antérieur à ITlfi, La produc¬ 
tion helvétique a dû atteindre son apogée 
au XVIii‘ siècle, si Ton en juge par la quan¬ 
tité et la qualité des jeux conservés. 

Le tarot de Claude Burdel, qui est pré¬ 
senté ici dans une édition particulièrement 
belle, date de 1751. Il est en tous points 
conforme au modèle du Tarot de Marseille, 
mais avec des éléments caractéristiques des 
productions suisses tels que ces Bâtons très 
ornés et la décoration florale très particu¬ 
lière du 2 de Coupes et du 4 de Deniers avec 
armes royales entourées de deux 
« trompettes ». 

Paris, Musée National des Arts et Traditions 
Populaires, 70.141.345. 

Bibt. : O'Donogtiue, F. 13; Zürich 7S, n* 15Û, 


Le Tarot « de Besançon » 


Le Tarot de Besançon n’est qu*une variante du Tarot de 
Marseille où la Papesse (atout II) et le Pape (atout V) ont 
été pudiquement remplacés par Junon et Jupiter, vraisem¬ 
blablement sous la pression d'autorités religieuses. 
Celles-ci avaient déjà obtenu gain de cause à Bologne ou 
les mêmes cartes avaient laissé la place à des « Maures ». 

De même que le Tarot de Marseille, nous Tavons vu, 
n*est pas originaire de Marseille, de même le Tarot de 
Besançon n’est qu'un nom commode pour désigner une 
création vraisemblablement germanique : c'est de l'Est de 
la France (Strasbourg, Belfort, Colmar) ou d'Allemagne 
(Constance, Mannheim) que nous viennent les plus 


anciens exemplaires. Le Musée des Arts et Traditions 
Populaires, à Paris, possède ainsi un jeu de F, Laudier de 
Strasbourg, daté 1746 (cat. n^ 44) et un autre de 
G. Mann, à Colmar^ daté de 1752, 

Déjà « laïcisé » le Tarot de Besançon était tout prêt à 
devenir « révolutionnaire » : c'est ce que firent certains 
cartiers de l'Est comme Louis Carey (cat. n® 47). 

Ce n'est guère qu'au début du XI siècle que la pro¬ 
duction de ce modèle devint en quelque sorte une spécia¬ 
lité de Besançon. Célébrité de courte durée car le modèle 
s'est éteint discrètement dans la deuxième moitié du 
XIX^ siècle. 


44 

Tarot « de Besançon » de Laudier 

Nicolas François Laudier 

graveur : Pierre Isnard 

Strasbourg, France, 1746 

78 cartes {complet), enseignes itahenne» 

gravure sur bois coloriée au pochoir 

papier en plusieurs couches 

121 X 66 mm 

dos : motifs hçjîagonaux avec soleils 


marques t 

TAROS FIN DE / NICOLAS FRANÇOIS / 
LAUDIER. CARTIER / A STRASBOURG 
(2 de Coupes) 

FAICTES A STRASBOURG DE N. FRAN¬ 
ÇOIS LAUDIER (2 de Deniers) 
jfV.F.L, (Nicolas François Laudier) (écusson 
du 4 de Deniers) 

PIERRE / ISNARD / GRAVEUR / 1746 
(écusson du Chariot) 

P.I. (Pierre Isnard) (cavalier d’Épées) 


nomenclature IPCS : IT-1.4 

Le Taroi « de Besançon » est à peine une 
variante, c'est un Tarot de Marseille auquel 
oti a changé 3 cartes : la Papesse (atout il) 
est devenue Junon et le Pape (atout V) 
Jupiter, Tas de Coupes a perdu ses ciselures 
anguleuses pour prendre la forme d'un 
ciboire rond et godronné, encadré par les 
deux pans d*un rideau quelque peu théâ- 


74 

























I 


traL On notera la grande différence de style 
entre les deux nouveaux atouts, traités avec 
plus de soins et de mouvement, très « sta¬ 
tuaire baroque y> (on devrait pouvoir en 
trouver les modèles !), et le reste des figures 
et atouts, pétris dans leur hiératisme 
« médiéval », L^intrusion de ces deux 
« nouvelles têtes » (au sens fort du terme) 
est visible : même la légende occupe un car¬ 
touche plus fin que dans les autres atouts. 

Il est exceptionnel que le graveur — le 
« tailleur de moule » — signe son oeuvre en 
toutes lettres et, surtout, qu'il la date. La 
plupart du temps ce sont des initiales ou 
une toute petite signature perdue dans le 
pied de Tas de Coupes. Peut-être Pierre 
Isnard doit-il ce privilège à ses liens avec 
une famille de cartiers marseillais de même 
nom, signalée au xviihsiccle par 
D'Allemagne. 

Paris, Musée National des Ans et Traditions 
Populaires, 70.141.100, 

BibK : O'Donoghue, F, tO: Keiler. FRA 16:1: 
PC. Xll. n* 4, p. 128, 


45 

Tarol a de Besançon » de J,P, Mayer 

Johann Pdagius Mayer 
Constance, Alkmagne, vers 1750 
55 cartes (sur 78), enseignes iialicnnes 
gravure sur bois coloriée au pochoir 
papier en plusieurs couches 
125 x75 mm 
dos ! marbré rouge 
marques : 

fOANNES / PElÂGfUS / MAYEB / fN 
CONSTANZ (2 de Coupes) 
TAROBFfN.DEJOANNES PELAGIUS 
MA YER fN CONSTANZ (2 de Deniers) 
monogramme Î.P.M. (éeusson du 4 de 
Deniers) 

iPM (écusson du Chariot) 
nomenclature IPCS ; [T-L4 

C,P, Hargrave, qui signale ce tarot dans 
la section « Suisse » de son livre (p. 262), 
le date de 1680, précisant que Johann Pela- 
gius Mayer est un carrier de la fin du 
XVII* siècle. Cette affirmation, non véri¬ 
fiée, a été reprise un peu légèrement pour 
affirmer que le Tarot de Besançon était 
connu au xvij* siècle en Allemagne, 

Même si nous ne sommes pas au bout de 
nos découvertes* le fait est qu'aucune date 
n'apparaît sur ce jeu au style assez grossier, 
plutôt caractéristique de la deuxième moi¬ 
tié du XVIIP siècle, avec ses piersonnages 
poupins. 

Des recherches menées en Allemagne 
montrent que J.P. Mayer a été baptisé en 
1690 à Kempten, où il est né, dans la 



paroisse catholique de Saint Laurent qui 
dépendait de l’Évêché d'Augsbourg 
(Archives de PÉvêché d'Augsbourg* cor¬ 
respondance du 12.10.1983). Un autre 
document précise que Mayer fut admis 
comme bourgeois de la ville de Constance 
en 1720. l! est aussi cité en 1730* puis 
encore en 1737, dans une dispute. 1750 
paraît donc être une date ultime pour son 
activité : s’il n’esi pas morl, il a 60 ans et 
doit être en fm de carrière. Le tarot qui est 
présenté ici, même s'il est une producion 
tardive de notre canier* reste un des tout 
premiers témoignages du portrait « de 
Besançon » en Allemagne. 

Astoria (N,Y.), collection Albert Field. 

Btbi. : Kargrave, 259, 260 , 262; Kaplan. 136; 
Dummett, 231 : PC. XII, n* 4. p, |28. 


46 

Tarot Blanck et Tschann 

J.H, Blanck et Tschann 

Colmar, France* vers 1780 

57 tartes (sur 78), enseignes italiennes 

gravure sur bois coloriée au pochoir 

papier en plusieurs couches 

114 X 64 mm 

dos ; crachis bleu 



75 


I 


















marques : 

FAIT PAR /://: / BLANCK Æ TSCH- / 
ANNé COMP, DE /LA NOUVELLES (sic) 
FABRIQUE DES / CARTES A / ,COL~ 
AfAR. (2 de Coupes) 

..FAIT A COLMAR .. (2 de Deniers) 
médaillon avec perle pîriforme ei meniion A 
LA PERLE ORIENTALE (4 de Deniers) 
nomenclature tPCS ; JT-L4 var. 

Cette curieuse version du Tarot de 
Besançon offre la particularité de rempla¬ 
cer Junon et Jupiter (c’est-à-dire la Papesse 
et le Pape) par... fê Prinierfîps (atout II) et 
PHyver (atout V)* L^un et l’autre sont 
représentés par des « bergères w en robes 
Louis XVI, avec des attributs correspon¬ 
dant aux saisons qu*elles illustrent. L'allé¬ 
gorie du Monde est pudiquement vêtue 
d'une robe et porte — comme par compen¬ 
sation — un collier. L'as de Coupes a la 
forme ronde caractéristique des tarots « de 
Besançon j> dont nos deux cartiers colma- 
riens se sont inspirés. 

Ce jeu a servi à la divination : en effet* 
chaque carte est pourvue d'un chiffre au 
crayon^ parfois répété. Ces nombres cor¬ 
respondent à la numérotation d’Etteilla 
(cf. cat. il* 131). Coïncidence? Etteilla lui- 
même avait eu ce jeu entre les maîns : « ... 
je viens de voir un jeu de cartes fabriqué à 
Colmar, en Alsace* où le cartier supplée 
encore à ces trois faux hiéroglyphes [Jupi¬ 
ter, le Pape ou le ‘‘Spadassin*’, tous numé¬ 
rotés V] par une figure représentant 
THiver, le huitième [dans Tordre 
d'Etteilla...] offrant le Printemps ». 
{Manière de se recréer,2* cahier* 1785, 
P* 20). 

Paris, B.N., Estampes* Kh 3SI rés. 82. 

BihL ; EN 66* n" 417. 


47 

Tarni révaluitonnaire 

Louis Carcy 

Strasbourg* France, entre 1793 et 1800 
78 cartes (complet)* enseignes italiennes 
gravure sur bois coloriée au pochoir 
papier en plusieurs couches 
I22x 66 mm 

dos ^ croix et points bleus alternés 
marques : 

TAROS FIN DE / L. ÇAREY / A,STR AS- 
BOURG (2 de Coupes) 

F,L {1 de Coupes et éeusson du Chariot) 
F’.F.(?) (roi dé Deniers), F,C,{?) (as de 
Deniers) 

nomenclature IPCS î IT-1.4 var. 

Par son décret de P An 11* la Convention 
Nationale ordonnait de supprimer les aitrî- 


buis royaux des têtes des cartes à jouer. Ce 
fut k départ d'une vague de « correction » 
des moules de jeux ordinaires. On a con¬ 
servé de très nombreux exemples de nos 
portraits régionaux, sans couronnes ni glo¬ 
bes. Puis vint la « régénération j> et la mul¬ 
tiplication de dessins originaux qui propo¬ 
saient Voltaire, Caton ou Gracchus à la 
place des rois* des w fiberiés » (de la 
Presse* du Commerce, des Cultes, etc.) à la 
place des dames et des n égaillés » en guise 
de valets. 

Ce mouvement devait toucher le tarot, 
mais les exemples manquent. Celui de L, 
Carey* alors le plus important cartier stras¬ 
bourgeois, est bien connu : la B.N. en pos¬ 
sède trois exemplaires et on en trouve dans 
nombre d'autres collections* publiques ou 
privées. 11 faut lui ajouter celui* plus rare* 
de J. Benoist qui, apparemment* a utilisé le 
même moule, se contentant de changer le 
nom (B.N., Est.* Kh 34 rés.), et celui de 
Pierret à Épînal (coll. Cary : Keller* FRA 
168). 

Suivant l’exemple de ses confrères* Louis 
Carey a conservé les atouts « laïcisés » de 
Junon et Jupiter. Il a fait de l’Impératrice 
(atout III) el de TEmpereur (atout lïll)* 
respectivement La Grande Mère et Le 
Crand-Pèret et l'Hermite (n" Vil II) est 
devenu... Le Peauvre. Les légendes des 
têtes sont restées les mêmes, Carey a sim¬ 
plement buriné leurs titres pour les rempla¬ 
cer par les nouvelles appellations révolu¬ 
tionnaires en vigueur ; les rois sont devenus 
des génies, les dames des iiberiés et les 
valets des égalités. Tout de qui pouvait évo¬ 
quer la monarchie a été soigneusement 
gommé : couronnes, globes* sceptres, 
fieurs-de-lis, aigles impériales ont disparu. 
Le Jugement (n® XX) porte ici le nom de 
La Trompeté (sic). 

Paris* B.N., Esiampes* Kh 383 n* 267. 

BibL : O'Donoghue, F. 8; D'AUemagne* I* 195 
et Jl, 228 e BN 66* n* 416; Kaplan, 155; Ans 
Déco SI, 24-25. 


48 

Tarol de Jerger 

J, Jerger 

Besançon, France, premières années du xix»s. 
78 cartes (complet), enseignes itahennes 
gravure sur bois coloriée au pochoir 
papier en plusieurs couches 
121 x60 mm 
dos : marbré rose 


76 













I 



47 

marques : 

7V1/ÎC>7:S FINS FAITes / PAR J. JFRCER / 
FABRIQUANT CARTs / A BESANCON (2 
de Coupes) 

FRANCE J. JERGER (figures et atouts) 
monogramme /./ (moniant du trône du roi de 
Deniers) 

J.I. / A.D. (Écusson du Chariot) 
nomenclature [PCS : IT-L4 

[| faut attendre le début du xix« siècle 
ix>ur trouver d^authemiques tarots faits à 
Besançon^ désormais seul centre produc¬ 
teur de ce type de jeux> [3 semblerait même 
qu^un seul fabricant ait assuré celte pro¬ 
duction : J. Jerger (ou Joerger), qui venait 
peut-être d'Alsace, signe en effet un tarot 
en tous points conformes au modèle établi 
avant lui, à Tcxception toutefois de THer- 
mite, qui devient ici ie Capucitt et des 
mentions FRANCE. J. JERGER apposées 
en marge des figures et atouts. 

En fait, cette fabrication quasi-exclusive 
(on ne connaît pas d ^autres cartes de Jer¬ 
ger) devint une véritable « spécialité régio¬ 
nale w, dont la a recette » (i.e. le moule en 
bois et les outils) se transmit de génération 
en génération, garantissant ainsi Tappella- 
îion w Taroi de Jerger w dont tous les suc¬ 
cesseurs font état. 

Renault semble avoir été le premier 
d^entre eux. On retrouve les initiales J.J. 
(pour J. Jerger) qui signent le bois auquel il 



n'a rien changé si ce n’est son nom^ A 
Renault devait succéder Kirchner (un autre 
alsacien ?), puis Blanche qui dut être le der¬ 
nier de la lignée, à la fin du siècle; le 
moule était alors très « fatigué »... En fait, 
le Taroî de Jerger n’eut qu’un concurrent 
sur place : celui que l'Imagerie PelLerin 
d'Épinal fit paraître vers 1860 (voir n* 
suivant). 

Paris, B.N., Estampes, Kh 34 +. 

Bibl. : BN 63. 361. 


49 

Tarot é* tp\aa\ 

Fabrique Pellerin et Cic 
ÉpinaU France, avant IS76 
74 cartes (sur 78), enseignes lialiennes 
gravure sur bois coloriée au pochoir 
papier en plusieurs Cûuehes 
114 X 64 m rn 

dos : moiif labyrinihique veri 
marque ; 

FABRIQUE /DE / PELLERIN ET de / A 
EPINA L (VosgesI {2 de Coupes) 
nomenclature IPCS ; IT-L4 var. 

On ignore trop souvent que la célèbre 
Imagerie Pellerin d’Épînal a fait des cartes 
à jouer jusqu'en 1876. C^était même là sa 


vocation première et la fabrication ne cessa 
que lorsque Charles Pellerin, jugeant 
l’impôt et les frais excessifs renonça à cette 
industrie et céda tout son matériel à 
Grimaud. 

Un jeu émerge de cette production ' c’est 
le Tarot d’Épînal, en fait, un tarot « de 
Besançon », dont les bois avaient échappé 
à la vente de 1876. Manifestement inspiré 
du <i Tarot de Jerger » (voir n^ précédent), 
— mais avec une tendance à Pésoté- 
risme —, marqué du sceau inimitable de 
ITmagerie d^Épinai, ce tarot aurait été 
gravé vers 1830 par François Georgin, le 
grand imagier de l’épopée napoléonienne. 
Toutefois, le style paraît assez éloigné des 
grandes fresques naïves et militantes qui 
mettent en scène le Petit Caporal. Au con¬ 
traire, Tallure néo-gothique des figures et 
des atouts n^est pas sans évoquer le style 
des images pieuses : l’As de Coupes est 
tout à fait semblable à un ciboire que le 
rideau entrouvert du tabernacle laisse ici 
apparaître, la Dame de Coupes a les traits 
d’une Vierge de pèlerinage, tandis que la 
Justice semble protéger un Décalogue qui 
pourrait bien être, pourtant, républicain. 
Si Jupiter, JunOn et le Caoucin ont con 



I 





























































servé leurs noms* il n*en va pas de même du 
Bateleur, qui est devenu Escamoteur. 
L^esthétique très fleurie des cartes de 
points rappelle les tarots suisses^ A la 
manière de Jerger, T inscript ion FRANCE 
— PELLERIN apparaît parfois sur les 
atouts et les figures. L’impératrice et 
l'Empereur ne sont pas toujours 
numérotés* 

En outre, la mention « Pellerin et Cie », 
signe indiscutable du statut juridique de la 
société en nom collectif de type moderne, 
ne peut avoir été apposé qu’au Second 
Empire. S*agît-il d'une édition nouvelle 
d^un bois plus ancien (mais on ne connaît 
pas d’exemplaire de ce tarot sans cette 
adresse), ou bien le Tarot d’Épinal a^t-il été 
créé, comme nous le pensons, vers 1855 ? 

Fac-similé r Arts et Lettres / Pellerin / 
Grimaud, 1976. 

Paris. B.N., Esiami>es. Kh 3S3 n° 270. 

Bibl. : René Perroui, Les imQges d'Épinal. Nou- 
veile édition, Paris, s,d,, p. 153-154; BN 66, 
n* 423; Kaplan, 245; Ketler. FRA (67. 


50 

Tarut Millier à enseignes italiennes 
A.O. Mülkr 

Keuhausen am RhcinfaEl, Suisse, 19S4 
78 cartes (complet), enseignes itaEiennes 
offset en couleurs 
papier en plusieurs couches 
11 î x61 mm 

dos : tamtâge écossais noir et bleu sur fond brun 
marques ; 

Fabrique de Cartes / J, Müiler & Cie (2 de 
Coupes) 

fABRfQUE DE CARTES A SC/iAFF- 
NOeSE. (2 de Deniers) 

Fabrique / de Carres / J. Mu/fer / d Cie 
(Empereur, n* ILï)i 
/Ad (écusson du 4 de Deniers) 
nomenclature IPCS : lT-1.41 

Contrairement â ce que Ton pourrait 
penser la Suisse n’a pas préféré le Tarot de 
Besançon à celui de Marseille : la plupart 
de ses productions suivent le modèle 
« marseillais ». Mais les cartiers suisses 
n*ont pas négligé pour autant le type « de 
Besançon », fabriquant Fun ou 1 'autre, tel 


François Heri ou Bernhard Schaer. Au 
siècle, Johannes Müller, fondateur de 
la société qui porte encore son nom, pro¬ 
duisit, à Diessenhofen, un jeu d’allure tout 
à fait romantique qui servait, par substitu¬ 
tion des cartes II et V, à fabriquer soit un 
Tarot de Besançon (exemple dans Ziirich 
78, n* 154), soit... un Tarot de Marseille 
(exemple dans la coll. LetelUer), 

La firme Müller est restée fidèle à ce 
modèle dont on connaît de nombreux 
exemplaires fait à Schaffouse et offrant 
indifféremment le couple Papesse/Pape ou 
Junon/Jupiter* C’est, semble-t-il, ce der¬ 
nier portrait que le fabricant suisse conti¬ 
nue de produire, essentieUement pour Le 
marché américain de la cartomancie. 

Paris, B.N., Estampes, don Millier. 

BibL : Kaplan, 270; Fournier 82, 240 {n“ S7). 


Les rejetons italiens 


L*appantion, en Italie, au début du xviiP siècle, de tarots 
de type français n'a cessé d'intriguer les chercheurs. Pour¬ 
quoi les cartiers milanais, turinoïs, mais aussi bolonais, se 
sont-ils mis, à partir de 1730-1740, à produire des jeux de 
78 cartes en tous points fidèles au Tarot « de Marseille », 
allant jusqu'à reproduire ses légendes en français ? 

L'examen de la production italienne antérieure ou con¬ 
temporaine est d'un faible secours : on ne sait rien ou 
presque de ce qui s'est fait en Italie, e: plus précisément en 
Piémont et en Lombardie, refuges certains du tarot à 
78 cartes ; on a vu, en effet, que le xvii^ siècle est, en Ita¬ 
lie, le siècle du minchtaîe. Bologne, seule, résiste, avec son 
îarocchino (« petit tarot ») à 62 cartes. 

Il semble que la pratique allait déclinant en Italie du 
Nord. Aussi les cartiers italiens passèrent-ils la main aux 
français au cours du xvti= siècle. Jean Dodai, au tout 
début du xviip siècle, exportait ses tarots {cat. n* 39), 
vraisemblablement vers la Savoie et le Piémont voisins* 
Envahis de cartes françaises, les joueurs italiens y prirent 
goût et, quand les fabricants locaux se réveillèrent, ils 
n'eurent d'autre choix que de copier les jeux en usage* 
Petit à petit notre Tarot de Marseille s'italianisa : le fran¬ 


çais laissa la place à l'italien dans les légendes, le style fut 
modifié, un portrait romantique fit même son apparition* 

Mais au-delà des apparences et des appellations 
(i< tarocco piemontese »A gardons-nous de confondre 
Piémont et Lombardie. A Milan, en effet, l'apparition 
des cartes françaises ne fit, vraisemblablement, que subs¬ 
tituer une fabrication à une autre, toute deux établies sur 
le même modèle. Aux légendes près, le Tarot de Marseille 
aurait pu s'appeler milanais (cat. n® 16). 

Le Piémont, en revanche, semble avoir eu d'autres tra¬ 
ditions. Il est frappant de constater que les joueurs actuels 
s'obstinent à prendre l'atout n® XX pour la carte la plus 
haute, aux dépens du n“ XXL Cette façon de faire témoi¬ 
gne d'un autre arrangement des atouts où certains voient 
une influence bolonaise... D'ailleurs, les règles piémontai- 
ses, connues aussi en Savoie, confirment ce soupçon 
(cf. cat. n® 118). 

En tout cas, de ce curieux retour des choses les italiens 
ont tiré parti : l'ultime avatar du Tarot de Marseille, avec 
ses 78 cartes, vit en Italie de nos jours, sous le nom, trom¬ 
peur, de Tarocco Piemontese. Mais là-bas, il ne sert 
qu’aux joueurs.** 


78 




51 

Taroi Ligure-Piémoniais » de Lando 

Giuseppe Lando 

Turin^, liaiie» vers 1760 

78 cartes (complet)^ efiseigncs italiennes 

gravure sur bois coloriée au pochoir 

papier en plusieurs couches 

110x64 mm 

dos : losanges bleus 

marques : 

LANDO/TORl^O (As de Coupes) 

LANDO (2 de Coupes) 
nomenclature IPCS : JT-C2 

Témoignage d'une production italienne 
attachée à reproduire T aspect même du 
Tarot de Marseille, le jeu de Lando est un 
des premiers exemples de cette fabrication* 
Ce modèle — qui est très proche du pro¬ 
totype <f marseillais » (ou plutôt lyon¬ 
nais...) — a été produit dès le début du 
xviEt^ siècle en Piémont : un jeu de Giu¬ 
seppe Ottone, de Seravatle, est daté de 
1736. Ici les légendes sont, naturellement, 
en français avec un certain nombre de 
modifications caractéristiques d'un usage 
linguistique local : le Chariot est devenu La 
Cûriot (it. /tf Cûrrùzza}^ T Ermite est ortho¬ 
graphié Erémiie (it. eremUa}. En outre le 
Jugement est ici appelé Laftge (atout XX), 
ce qui paraît être plutôt une traduction de 
l'italien qu’une transposition d’un terme 
français. La Maison-Dieu n’est plus que la 
Maison. Tout cela atteste une forte tradi¬ 
tion locale quant aux noms des atouts. 

Lissücie, collection Vito ArientL 
8ibf. Kaplan, 150. 


52 

Tarot Vergnano 

Vcrgoana 

Turin, Italie, première moitié du xix^ s. 

54 cartes (sur 78), enseignes iialicnnes 
gravure sur bois coloriée au pochoir 
papier en plusieurs couches 
120x65 mm 

dos : rosaces avec accolades 
marques : 

CONTRA DA DI DORA / GROSSA IN 
FACCIAALLA / CHIESSA DEL LA TRI- 
NITA / Pid N^ 9 IN TORINO (2 de 
Coupes) 

VERGNANO (2 de Deniers) 

VERGNANO (cartouche supérieur des 
atouts et des têtes) 

timbre gras aux armes de Savoie sur toutes les 
cartes 

nomenclature IPCS : 1.2 

De même modèle « piémontais » que le 
jeu de Lando (voir n® précédent), le tarot 
de Vergnano est exemplaire de la tradition 
« marseillaise » en terre italienne. Il est 
néanmoins un peu plus tardif. Les atouts 
sont kl dotés d'aune double numérotation, 
en haut et en bas, permettant de les lire 
dans les deux sens : nous ne sommes pas 
loin des cartes à double-figure, dont on sait 
qu'elles sont nées en Italie, Les légendes 
sont encore en français et les têtes de 
Deniers portent L’initiale de leurs valeurs : 
R pour D pour dama^ C pour cavaîîo et 
F pour /ante (« valet »). Un timbre gras 
aux armes de Savoie est apposé sur chaque 
carte. 

Bien que ce jeu ait eu certainement 
78 cartes à Forigine, les 54 conservées ne 
sont pas n'importe lesquelles : il ne man¬ 
que, en effet, que les points l à 6 dans les 
Bâtons et les Épées et 5 à 10 dans les Cou¬ 
pes et les Deniers. Ce type de réduction est 
devenu classique (et permanent !) dans les 
tarots germaniques, notamment autri¬ 
chiens. 

Paris, B.N., Estampes, Kh 24 rés. t, L 
BïbL : O’Dûnaghue, 1.22 et 23. 


53 

Tarot {< Lombard » de Gumppenberg 

Ferdinando Gumppenberg 

Milan, Italie, vers 1330 

38 cartes (sur 78}, enseignes italiennes 

gravure sur bois coloriée au pochoir 

papier en plusieurs couches avec rabats à 

l’italienne 

106 X 55 mm 

dos : quatre Beurs aquatiques superposées rou¬ 
ges. Légende ; F. Df MILANO 



marques : 

F. GUMPFENBERG MIL* (roi de Bâtons) 
TAROCCO FINO (Impératrice) 
timbre gras E.L / C,70 / LOMBARDÎA (roi de 
BStonsI 

nomenclature IPCS : IT-I.l 

Les cartiers italiens tirèrent du Tarot de 
Marseille un autre modèle, caractéristique 
par la taille plus petite de ses cartes. Appa¬ 
rue dès le XVI (i< siècle, cette fabrication 
s’éteîgnk avec la fin du xix^ L’exemple 
présenté, avec ses légendes en italien, est 
due au célèbre cartier milanais F. Gump¬ 
penberg (actif 1814-1846). Le timbre gras 
du royaume de Lombardie-Vénétie, mar¬ 
qué de la somme de 70 centimes, paraît 
indiquer une date proche des années 1830. 

Paris, B.N., Estampes, Kh 383 n* 257. 

Bibl. : O’Donoghue, 1.7 î Kaplan, 154; 
Milan 80, p. 20 et n" 23 ; Dummetl, 258 ; 
Fournier 82, 116 (n'^ 32), 


54 

Tarot « Delta Rocca » 

Italie du Nord, deuxième moitié du xix‘ s. 

76 eâjtes (iur 78), enseignes italiennes 
gravure sur cuivre coloriée à ta main 
papier en plusieuri couches 
lOS X 54 mm 

dos ; cercles en pointillés 
nomenclature IPCS : IT-1.3 

Ainsi nommée parce que les dessins sont 
dus au graveur italien Carlo Délia Rocca, 
cette interprétation très romantique du 
Tarot de Marseille a été assez populaire 

79 


I 





























dans la seconde moitié du xix^ siècle. 
Publié à l’origine vers 1840 par le Cartier 
milanais Gumppenberg, rexemplaire qui 
est présenté ici en est une copie qu^on ne 
peut identifier en raison de fabsence de 
marque ou de signature. On sait que Lam- 
partî» Bordûni, Avûndo et d*autres ont 
produit de tels jeux* Ici les légendes sont en 
italien. 

Les originaux des esquisses de Délia 
Rocca sont conservés au Britisb Muséum 
{Department of Prînts and Drawings, 
18964-29-1). Une édition en fac-similé en a 
été faite par les Éditions du Solleone (Lis- 
sone, 1981). 

Paris^ collection Letellier. 

BibL : Hoffmann, n* i6c. 


54 


Le Tarot de Rouen/Bruxelles 


On se perd en conjectures sur les tenants et aboutissants 
de ce que, faute de mieux, on appelle « tarot belge 
On a longtemps cru, en effet* que le seul modèle du 
Tarot de Marseille {et ses variantes) régnait dans f Europe 
non italienne* L*émergence de ces curieux jeux fabriqués 
à Bruxelles dans la deuxième moitié du xviiP siècle et 
présentant des caractéristiques uniques vint bouleverser ce 
monopole. Nous sommes loin du standard « marseîL 
lais en effet : la Papesse y est remplacée par le Capi¬ 
taine Fracasse et le Pape par.„ Baccus^ le Diable, la 
Maison-Dieu — nommée ici La Foudre —, la Lune et le 
Monde évoquent clairement d'autres sources, notamment 
bolonaises. Le style graphique y est très particulier et 
quoique ces cartes soient dénommées par nos fabricants 


belges « cartes de Suisse » on pensait que c'était là une 
création bruxelloise sans lien avec la Suisse ni.** la France 
(si ce n'est pour Tordre des atouts qui est celui du Tarot 
de Marseille). 

L'acquisition, il y a quelques années, par un collection¬ 
neur anglais, d'un jeu identique mais fait à*.. Rouen au 
début du XVI i P siècle a permis de poser à nouveau la 
question de Torigine de ces cartes. Il semble certain que 
les cariîers bruxellois ont eu un modèle français, peut-être 
rouennais. Mais d'où vient ce dernier dont les affinités 
avec certain tarot parisien (cat. n* 34) ainsi qu'avec le 
« portrait » bolonais sont troublantes ? Nul ne le sait 
encore et les hypothèses vont bon train.** 


55 

Tarot de Hautol 

Adam C. de Haütot (connu de 1723 à 1743) 
Rouen, France, deuxième quan du xviii* s. 

71 cartes (sur 78), enseîirtâs italiennes 
gravure sur bois coloriée au pochoir 
papier en plusieurs couches 
113 X 67 mm 

dos : hexagones avec soleils 
marques : 

CARTES DE TAROTS / TRES FINES FAI¬ 
TES / PAR ADAM C DE / HAÜTOT // 
DEM^ R VE DV GROS / ORLOCE A 
ROUEN / AV CŒUR ROYAL (as de 
Deniers) 


CARTES DE ADAM DE / HAUTOT AV 
CŒUR ROY (2 de Deniers) 
nomenclature IPCS : [T-3 
éiui ; carton recouvert de cuir repoussé 

Acquis récemment par un collectiûnueur 
anglais, ce jeu a été publié pour la première 
fois en 1980 par Dummett qui le date, un 
peu vite, de la fin du xvji* siècle. Des nom¬ 
breux membres de la famille de Hautot 
(active à Rouen aux xvip et xviii' s.), il 
îi'esi pas facile de déterminer lequel des 
trois Adam a fait ce jeu. Le plus probable 
semble être celui dont la marque « au cœur 
royal » est conservée dans uit recueil des 


Archives Départementales de la Seine- 
Marîtime {CADJM - J.365, 28), avec les 
dates 1723-1728 (Adam C de Hautot}. 

Le grand intérêt de ce jeu, auquel il ne 
manque que 7 cartes de points est sa res¬ 
semblance totale avec les tarots bruxellois à 
enseignes italiennes de la deuxième moitié 
du xviïp siècle, au point que Dummett 
suppose Texistence d'un « portrait rouen- 
naîs », ancêtre du type belge, 

A Texception des atouts II (Le.spagnoi / 
Capitano Fracase) et V (Bücus}^ l’ensemble 
évoque le même mélange de traditions 
milanaise (« Tarot de Marseille ») et bolo- 


30 
























I 



naisc que dans le jeu de Jacques Vie ville 
{cat. n“ 34) dont ce tarût esl très proche. 
Toutefois, un certain nombre de détails 
caractéristiques Ten éloignent : les bordu¬ 
res en damiers, le Fou numéroté XXH, 
raspect très bolonais du Monde, avec ses 
deux cartouches supérieurs ornés d'un ani¬ 
mal, à rinstar de la même carte du tarot 
parisien anonyme (car. n“ 33), tout cela est 
propre au jeu d'Adam de Hautot et à ceux 
de ses imitateurs bruxellois* La même ins¬ 
cription figure sur le 2 de Coupes de ces 
derniers jeux : Pour conoisïre que / !a piux 
basse de demers / et de coupe enporte / (es 
plus haute (sic) quand /pour iefa'a du Jeu. 
C'est là rénoncé d'une des règles fonda¬ 
mentales du jeu de tarot, celle de finver- 
sion des points à Coupes et à Deniers (voir 
Repères 4 et cat. n® 36). 

« L*Espasnol », quant à lui (n“ II), est 
emprunté à une gravure de Michel Lasne 
du début du XVI[* siècle (cT n® suivant), 

Birmingham, colLecdon Tcmperley. 

BibL : Dummetu 208-209; PC, XII, n® 4. 
p. 12S. 


56 

Espagnol faisant le Rodontond 

Michel Lasine, vers 1639 
burin sur papier 
272 X 198 mm 
signatures : 

MLasne invtn / et fecit (en bas, à gauche) 

Manëite excud / ciun Privite^iù (en bas, à 

droite) 

Deux pièces furent gravées par Michel 
Lasne, représentant l'une « un Français 
reprochant à un Espagnol Ses rodomonta¬ 
des », et Pautre « cet Espagnol faisant le 
Rodomond ». Elles furent « faites dans le 
temps de la plus grande chaleur de la guerre 
entre la France et l'Espagne ». C’^est ainsi 
que les présente Pierre-Jean Mariette — 
que l'on se gardera de confondre avec le 
responsable de \''excudit — dans son Abe- 
cedario piîtorico (Bologne, 1719). On 
notera que la gravure exposée ne porte pas 
de titre mais seulement quelques vers qui 
confirment rattribution de Mariette. Que 
Faiout H du tarot d'Adam de Hautot (cf* 
11 ® précédent) s'intitule L*Espagnol n’a pas 
de quoi surprendre : l'oeuvre de Lasne en 
est clairement le modèle. 


L’association avec le Capitaine Fracasse, 
SJ elle n'est pas affirmée par la gravure, 
semble logique : bien que moins populaire, 
ce personnage de la Commedia dell’Arte 
est connu en France depuis le xvi* siècle, 
parfois sous des noms différents. Il incarne 
le fanfaron, beau parleur et lâche à la fois. 
Avec le XVII* siècle, il devient une satire de 
la soldatesque espagnole. Les représenta¬ 
tions qu'en ont donné Jacques Callot ou 
Abraham Bosse sont toutefois plus 
outrées. En tout cas, la précision s'impo¬ 
sait sur la figure de l'atout N : aussi est-elle 
soulignée de jaune, 

Michel Lasne est un graveur français qui 
nous a laissé de très nombreuses gravures. 
Né avant 1590, il est mort en 1667, Il a tra¬ 
vaillé à Anvers, pour Planlin et Moretus, 
entre 1617 et 1620, avant de s’installer à 
Paris* 

Paris, B.N,, Estampes, Tf 17 fclio. 

Bib( : KnvefUmre du Fonds Français : graveurs 
du XVfP siècle, tome VI ï. Paris* 1976, 
n“ 152-153, p. 79. 


81 
























■ 



57 

Tarot bruxellois à enseignes Lialtennes 

Jean Galler (actif 1738-1760) 

Bruxelles, Pays-Bas méridionaux, vers 1755 
72 cartes (sur 78), enseignes italiennes 
gravure sur bois coloriée au pochoir 
papier en plusieurs couches 
119x70 mm 

dos ; hexagones avec soleils 
marques : 

CARTES DE / TARA VT FAITES / FAR 
lËAN GALLER // DANS LA R VE / DE 
HOP f TA LE / A BRVSSELLES (as de 
Deniers) 

lEAN GALLER (2 de Deniers) 

LG. <4 de Deniers) 
nomenclature IPCS : ïT-3 

On reconnaîtra sans peine dans ce tarot 
fait à Bruxelles vers le milieu du xviip siè- 
cléj une copie du modèle d’Adam de Hau- 
tot à Rouen. Les détails qui les distinguerm 
sont infimes : au damier des bordures on a 
substitué une rangée de pointes, le nom du 
capitaine Fracasse est estropié en « Era- 
casse »* l'orthographe de Tinscription du 2 


de Coupes (Pour cûnoistre que (a plus 
basse de denîez et de coupes enporte les 
plus hautes quand au fait du jeu) n'est pas 
absolument la même... 

D’autres cartiers belges ont produit le 
mêine type de jeu : Nicolas Bodet 
(1743-1751), Sarton (1756-1767), Martin 
Dupont (1766) et F.I. Vandenborre 
(1762-1803), tous à Bruxelles, Jean Gisaine 
(vers 1750) à Dinant. Certains, comme 
Vandenborre, intituîaient ces cartes Cartes 
de Suisses, sans qu'on sache précisément 
pourquoi : il ne semble pas qu'on ait 
jamais importé de tels jeux en Suisse. 

Ce type de tarot ne survécut pas au 
XVIII* siècle, victime de la désaffection de 
certaines régions (Paris et l'Ouest de la 
France) ou de la concurrence des jeux à 
enseignes françaises et atouts animaliers. 
Fac-similé par Carta Mundi, 1975. 

Asiaria (N.Y.), collection Albert Field. 

BibL : Willshire, F. 37; O^Donoghue, Fl. 4; 
Hoffmann, 17 et n® 16a; Kaplan, 152; Keilcr, 
BEL 31 ; Durnmeit, ZOS-21Û et pL 30. 


Le Minchiate 


Le jeu de minchiate est une spécialité florentine à 97 car¬ 
tes qui remonte, selon toute probabilité* au début du 
XVb siècle. Il est déjà mentionné en 1543 dans Le Carie 
Parianti de FArétin sous le terme germini (la forme min¬ 
chiate n^a été adoptée qu'au siècle suivant). 

Loin de décliner comme son cousin classique à 78 car¬ 
ies* il prit au xviï' et, surtout, au XViiL siècle un essor 
prodigieux, s'étendant dans l'Italie entière, jusqu'en Sicile 
— où il ne dura pas* Même les cartiers bolonais s'illustrè¬ 
rent dans sa production (cf, cat* n® 60) et les témoignages 
sont nombreux qui attestent sa vogue, tel celui du Prési¬ 
dent de Brosses en 1755 à Rome’L 
Un tel engouement ne devait manquer de passer les 
frontières : il s'imprima à Nuremberg* en 1769* et à 
Dresde, en 1798* des régies du jeu* traduites ou adaptées 
de l'italien, destinées aux joueurs allemands* On ne sait* à 
vrai dire, si elles eurent quelque succès. En France aussi 
une tentative fut faite : la Règle du jeu des Mînquiaîtes^ 
qui doit dater de la même époque, en fait foi (cat. n* 64)* 
Le minchiate est le fruit d'une augmentation : aux 78 
cartes traditionnelles on a ajouté* en bloc* 20 atouts sup¬ 
plémentaires (la vertu cardinale manquante* la Prudence* 
les trois vertus théologales* ainsi que les quatre éléments et 
les 12 signes du Zodiaque). Le Pape ayant disparu dans 
l'opération, on arrive à un total de 97 cartes.** Papesse, 
Empereur et Impératrice sont devenus respectivement le 
« Grand Duc »* i'« Empereur d'Occident » et l'« Empe¬ 


reur d'Orient », tous imperturbablement nommés papi 
(« papes ») par les joueurs. 

A ces particularités le minchiate tn ajoute d'autres qui 
intriguent les spécialistes : les Épées apparaissent ici 
comme des glaives droits, les cavaliers sont tantôt des cen¬ 
taures (Épées et Bâtons), tantôt des monstres mi- 
humains* et les valets de (loupes et de Deniers sont des 
personnages féminins (« fanîine »/ 

Au-delà de l'étrangeté de nombre des atouts, si l'on 
retire les 20 cartes additionnelles, on retrouve la série tra¬ 
ditionnelle qui dut être à l'origine du minchiate. Par bien 
des égards (ordre des atouts, repères stylistiques) les 77 
cartes restantes sont inspirées de celles du Tarot Bolonais. 
Il y a tout lieu de penser que ce dernier s'installa à Flo¬ 
rence à la fin du xv^ siècle ou au début du XVI', puis qu'il 
donna naissance genninî/minchiate* Issu d'une tradi¬ 

tion graphique représentée ici par les feuilles « Rosen- 
wald » (cat, n® 27), ainsi que par les cartes iucquoises à la 
marque « Orfeo » (cat. n“ 29 à 31)* le minchiate s'inscrit 
clairement dans la mouvance de la tradition bolonaise. 

Les monstres Ont toujours une fin et le minchiate n'y 
échappa pas r il dut disparaître de Rome au début du 
XIX' siècle et s'éteignit lentement mais inexorablement à 
Florence dans la deuxième moitié du XIX'. Le minchiate 
appartient désormais au passé et aux rêves des 
collectionneurs. 


82 


Les Atouts du Minchiate 


I 

II 

ni 

IV 

V 
VI 

VII 

VIII 

ÏX 

X 

XI 

XII 

XIII 

XIV 

XV 

XVI 
XVII 
XVIII 

XIX 

XX 

XXI 

XXII 

XXIII 

XXIV 
XXV 
XXVI 

XXVII 

XXVIH 

XXIX 

XXX 

XXXI 

XXXII 
XXXIII 
XXXIV 

XXXV 

(36) 

(37) 
(3S) 
(39) 
f40) 


Fou (Mano) 

Bateleur (Papa uno) 

«Grand Duc» (Papa due) 

Empereur d'Occident (Papa ire) 

Empereur d’Orient (Papa quauro) 

Amoureux (Papa cinque) 

Tempérance 

Force 

Justice 

Roue de Fortune 
Chariot 

Hermiie {Gobbo ou Tempo) 

Pendu (Impkcaîo) 

Mort 


Diable {Diavolo ou Demonw) 

Maison-Dieu (Casa det Diavoîo) 

Espérance 

Prudence 

Foi 


Charité 


Feu 

Eau 

Terre 

Air 

Balance 

Vierge 

Scorpion 

Bélier 


Capricorne 

Sagittaire 

Cancer 

Poisson 

Verseau 

Lion 

Taureau 

Gémeaux 

Étoile 

Lune (Lunù) 

Soleil (Sole) 

Monde (Mondo) 
Jugement (Trombe) 


> «a rie» 


/ 


> «rossi>i 




> « Papi » 


atouts 
^ ajoutés 
à la série 
tradiiionnelie 











58 

Minchiate florentin « Fortuna » 




58 


Florence» Iialîe, xvin' s. 

93 canes (sur 97)» enseigner italiennes 
gravure sur bois coloriées au pochoir 
papier en plusieurs couches avec rabais à 
rUaiienne 
99x 58 mm 

dos : armes de Toscane avec légende FORTUNA 
marque : 

monogramme C.f. sur ratoul XXVlIIi 
(Sagittaire) 

nomendature IPCS : iPT-1 

On retrouve dans ces cartes Je modèle 
représenté par la planche n'^ 2S. On voit 
bien ici comment s*est constitué cet énorme 
jeu par addition d’atouts supplémentaires. 
Ceux-ci sont d’ailleurs clairement recon¬ 
naissables au cartouche entouré de deux 
motifs qui porte leur numéro, D’aune exécu¬ 
tion assez popuiaire ce tarot est difficile à 
situer dans le temps. Le monogramme C.F. 
qui apparaît sur Tatout XXVllIl n^est pas 
obligatoirement une marque de cartier, 
mais serait plutôt celle du propriétaire du 
jeu. 

Lei n felden-Echterdi ngen» Dcutschcs 
Spielkarten-Museum^ B 8S5. 



59 

Minchiate gravé sur soie 

Florence, Italie, début du xvui* s, 

68 cartes (sur 97), enseignes italiennes 
eau-forte sur soie coloriée à la main 
papier avec rabats à 1 italienne et soie 
J 00 X 58 mm 
dos : armes des Médicis 
nomenclature IPCS : IPT-I.I 

Ce jeu exceptionnel a pour particularité 
d'être imprimé sur un support de soie, les 
dos et Jes rabats restant de papier- Il repré¬ 
sente un portrait » de/n/nf'/ï/tïrÉ'différent 
du précédent et dont nous avons ici un des 
tout premiers exemplaires. Ce type de Jeu 
eut cours — dans des exécutions sur papier, 
moins luxueuses — jusqu’à la ftn du 
XIX* siècle. 

Certaines des cartes (le Fou» le Temps, la 
Force) ne sont pas sans évoquer les rarpe- 
chini de Mitelli (cf. cat, n^' 14). Ce travail 
d’une grande finesse peut être daté du 
début du XVIII* siècJe. En effet, les trots 
exemplaires connus» celui-ci, celui du Bri- 
tîsh Muséum (Schreiber [. 47) et celui du 
Musée Fournier (Fournier 82, 115, n® 31), 
portent tous un timbre gras sur i'atout 
n® XXX accompagné d'une mention 
manuscrite inscrite sur le côté de la carte, 
QU Fon lit Anton, f?) Molineîh. Le timbre 
gras n'est pas identifiable mais se retrouve 


84 


















avec la même inscription sur le I^fncfu'are 
Istoriche (cf. n* 61) qui est» lui, daté de 
1725. 

Les armes des Médicis qui figurent sur 
les dos indiquent que ce jeu a été fait à 
Florence. 

Paris, B,N., Estampes, Kh lé? rés, I44g, 

BibL : D^Allemàgne* l, 194-195; O^Dono^hue,. 
1.47; Hoffmann, 74 et n* éS b ; Kaplan, 52; 
Kcllerr ITA 55; Fournier 82, 115, n* îl, 

60 

Minchiaie Gaetano 

Caetano (AlFAquila} 

Bologne, Italie, 1763 

97 cartes (complet), enseignes italiennes 

gravure sur bois coloriée au pochoir 

papier en plusieurs couches avec rabais à 

ricalienne 

104 X 58 mm 

dos i décor d'architecture avec personnage sur 
un socle, légende ALL AQUîî-A 
marques : 

GAETANO / DALLA CASA / ALL^ 
AQUÏLA / /N ViA / ClAf^ATURE / JN 
BOLOGNA {2 de Deniers} 

CARTE/ FfNE /ALL * / AQUILA / 1763 <4 
de Deniers} 

CARTE FINE O de Coupes) 
timbre gras ; CARTE DA C^VOCO — G.F.-B 
/ 25.. CE//. (Roi de Bâtons) 
rtomcndature IPCS : IPT-1 

Bologne fut un centre très important de 
la production cartière italienne, notam¬ 
ment au XVIIP siècle. Non seulement les 
fabricants de celte ville éditèrent seuls le 
tarocchlno cher aux joueurs bolonais» mais 
ils ont à leur actif aussi de nombreux exem¬ 
ples de tarots « lombards » ou « pîémon- 
tais » à 7B cartes ainsi que de mîntfüaie 
dont on a souligné la popularité au 
xviip siècle partout en Italie, C’est donc à 
un modèle florentin produit à Bologne que 
nous avons affaire ici. 

Il est rare qu’un jeu italien anterieur à 
I8(X) soit daté : celui-ci porte néanmoins la 
date de 1763, mais la présence d’un timbre 
gras sur le roi de Bâtons, avec indication du 
montant de l’impôt f2S cenij laisse penser 
que IMmpression est plus tardive. 

Paris, B.N,, Estampes, Kh 381 rés. n* 75, 

61 

Minchiate istoriche 


% 



60 


Rare exemple d’un tarot éducatif, ce 
minchiate très spécial nous est mieux connu 
grâce à sa carte-titre que seule la Collection 
Mann, à Rye, possède. C’est ainsi qu’on 
connaît son nom, son graveur (A.M.R.) et 
sa date ; 1725. 

A vrai dire, le caractère ludique de ces 
cartes est passablement atténué par 
l’absence de représentation des enseignes et 
des allégories traditionnelles. Seuls de 
vagues symboles en haut des cartes de 
points, les cartouches numérotés des atouts 
et Pimpressîûn sanguine des n® XXXIH à 
XXXX (les « ï>) rappellent qu’il s’agit 

d’un mifichiafe. 

Chaque carte montre une scène histori¬ 
que qui est commentée en quelques lignes : 
Tatout XXXIH évoque ainsi rcnlévcment 
des Sabin.es» l'atout XXV Xantippe» la 
femme de Socrate, et le n* X Babylone. 
Les Coupes représentent la Perse, les 
Deniers l’Assyrie, les Épées la Grèce et les 
Bâtons Rome. C’est une histoire largement 
teintée de mythologie qui nous est présen¬ 
tée ici. 

Un curieux cachet où apparaît un mono¬ 
gramme (APM?) est apposé sur Tatoui 
XXXII avec une mention manuscrite sur le 
côté qu'on peut lire : Anton. Pius MoimeUi 
(?). On comparera cette inscription avec 
celle, presque identique» du n® 59. Ici, les 


él 




- 

I T |i|i jfiriArAp Ij 





11 j |i il , , 


r^i y?!~ ii ' i H* ! i i rT ii ^rfl j ' 

I j ." 




A.M.R, 

Florence» Italie, 1725 

92 cartes (sur 97), enseignes italiennes 

gravure sur cuivre 

papier 

l(X)>i6ü mm 
dos ; blancs unis 





























































dos sont blancs mais ceux d’un autre exem- 
plairCt încomplét (Kh 167 rés. n® 27-28) 
sont ornés des ‘armes des Médicis. 

Paris^ Estampes, Kh 167 rés. n" 21-22. 
BibL : D’Allemagne, J, 195 : Hoffmann, n*69b. 


62 

Mirtcfiiate de fanlâise de Poilly 

François ( ?) de Poüly 
Paris, début du xvtii^ s. 

57 cartes (sur 97 ou 9S), enseignes françaises 
gravure sur cuivre coloriée à la main 
papier en plusieurs couches 
94X59 mm 

dos : tarotage avec flcLirs stylisées 
marque : 

Poiîfyt. nte Sf JûCQues^ a Si BenQîsf (cavalier 

de Carreau) 

Le >eu qui est présenté ici constitue à 
bien des égards une rareté. Il est daîr qu"il 
s’agit d’un minchiate, dont seuls ont été 
conservés les 41 atouts et les 16 têtes. Mais 
ce mirichiate est français et, qui plus est, ... 
à enseignes françaises! Le graveur en est 
vraisemblablement François de Poilly, le 
jeune (1665?-'1741), qui tenait commerce 
d^estampes rue St Jacques, <ï a St 
Benoist », et qui a visité i’ Italie dans sa jeu¬ 
nesse, notamment Rome, où il a travaillé, 

C"est donc là le seul exemple d’un mifr- 
chiare français à enseignes françaises. On 
sait par ailleurs qu*une tentative fut faite 
d’introduire le jeu en France (voir cat. 
n* 64), mais il ne semble pas que cela ait 
dépassé le cadre de la « curiosité » pour 
amateur. 

Les atouts respectent grosso-modo 
l’arrangement du modèle florentin, mais 
les allégories traditionnelles ont parfois 
subi une transposition curieuse. Moffjus^ 
divinité grecque de la plaisanterie, rem¬ 
place ici avantageusement le Fou et Mer¬ 
cure (ti* 1) fait un « bateleur » tout à fait 
crédible. De même, tes séries des 4 Élé¬ 
ments, des 12 signes du Zodiaque et des 5 
derniers atouts — les urie des joueurs flo¬ 
rentins — trouvent ici leur place habituelle. 
En revanche, ks 4 papi n’ont pas de corres¬ 
pondants : l^Amour (n® 2) n’est pas à la 
place où on l'attendrait <n^ 5 dans le nün- 
chiaté). Et on voit mal ce que V^nus nais¬ 
sante et Bacchus ont à voir avec leurs pen¬ 
dants traditionnels,,. Plus intéressant 
encore est le sort infligé aux Vertus : non 
seulement l’emplacement et l’ordre de 
celles-ci sont bouleversés, mais en plus il en 
manque une, la Foi ! Cette absence nous 
paraît témoigner d"un parti-pris d'évacua¬ 



6J 


63 



tion délibérée de toute référence à la reli¬ 
gion, d’une « laicité » bien digne du Siècle 
des Lumières, Aussi ne retrouvons-nous 
plus aucune allusion au Diable, à la Mort 
ou à la Maison-Dieu qui laissent la place ici 
aux 4 « âges » de la vie humaine (n® Il à 
14) et aux 5 sens (n* 15 à 19). 

L’application des couleurs n’est pas 
indifférente et les fonds rouges des atouts 
33 (Mars) à 40 (La tf Renommé ») sont 
conformes aux régies du minchiate où les 
joueurs florentins les connaissent sous le 
nom de rossi (« rouges »). 

L’association des quatre couleurs aux 
quatre continents (Cœurs : Europe, Car¬ 
reaux : Asie, Piques : Afrique, Trèfles : 
Amériques) est classique, notamment au 
xix*^ siècle. 

Romain Merlin {Origine des cartes à 
jouer, Paris, 1869) avait vu et décrit ces 
cartes étonnantes (p. 130-131). 

Paris, B.N., Estampes, Kh 176 rés. 


63 

Mmchiate de fantaisie de Pùilly (variante) 

François (?) de Poilly 
Paris, débu! du xviii* s. 

98 carres (complet), enseignes françaises 
gravure sur cuivre^ non coloriée 
papier en plusieurs couches 
93 X 60 mm 

dos : tarotage avec soleils 
marque ‘ 

Poüly, rite Sf Jacques, a Sf Benoist (Cavalier 

de Carreau) 

Issu du même cuivre du même Poilly, ce 
jeu, qui a le mérite d'être complet et de 
mieux laisser admirer la délicatesse de la 
gravure car il n’est pas colorié, n’est cepen¬ 
dant pas tout à fait identique au précé¬ 
dent : les représentations des atouts n’y ont 
pas les mêmes numéros ! L’impression que 
Ton a est qu’il s'agit d'un retirage où l’on a 
tenu à « corriger » l’illogisme apparent de 
la première version. Ignorant du modèle 
florentin, l’imprimeur a renuméroté les 
atouts dans une suite cohérente qui part du 
Chaos <n® 1), carte qui n’existe pas — ou 
n'a pas été conservée — dans l’exemplaire 
précédent. A sa suite, on trouve les planè¬ 
tes 2 à 5), ks 4 Éléments, les 4 Ages, 
les 5 Sens, les Vertus », ici regroupées 
(n“ 17 à 24), les divinités antiques et les 
12 signes du Zodiaque, enfin placés dans 
l’ordre des mois de l'année (ce qui n'est pas 
le cas dans le mmchiate original). Et tant 
pis si on a 42 atouts au lieu de 41... 

Lfn autre exemplaire de cette version 





































*: corrigée » et non coloriée se trouve au 
Bowes Muséum de Durham» en Angleterre» 
où il est conservé dans une boîte en forme 
de livre recouverte de cuir et frappée aux 
armes des Bourbon d’Espagne (collier de la 
Toison d’Or avec fleurs de lis surmonté 
d^une couronne royale). Des illustrations 
en sont données dans le livre de Roger Til- 
ley» A History of Pi&ymg Cards^ New 
York, 1973 ip. 67 à 71). 

En outre, on connaît une troisième ver¬ 
sion du jeu de de Poilly, mais réduite à 
?8(?) cartes. La Collection Hennin con¬ 
serve, en effet» les 16 têtes — identiques — 
d’un jeu du même cuivré, colorié» où les 
atouts ont été à nouveau renumérotés» ks 
Étoiles devenant le n® 17, ia Lunen"^ 18, ie 
Saieii n*’ Î9, ta Renommé (le « Juge¬ 
ment ») n'^ 20 et ie Monde n® 2L L'atout 
16 manque et Momus tient lieu de Fou» Le 
nom du graveur a été rogné sur le cavalier 
de Carreau. Le catalogue de la Collection 
avance la date du 2S décembre 1765» ce qui 
paraît probable pour ce retirage tardif (BN, 
Estampes, Hennin, tome 106, n* 9242). 

Paris, collection Guiard. 

BîtL ; Arts Déco 81, 34-3S. 


64 

— Règles du jeu des minquiaites, — 
s.l.n»d. [Italie ?,troisièmetiersduxviïi«s. ?J. 

— 15 P»; S®» 

Reliure veau avec décor doré, d'origine ita¬ 
lienne. L'ouvrage est passé par ie Dépôt des Cor¬ 
deliers (an V — 1797) où furent regroupées les 
bibliothèques des grandes familles émigrées dont 
les biens avaient été confisqués en 1792. 

Unique et rarissime exemplaire d’une 
règle en français du jeu de mînchhîe, ce 
petit ouvrage pourrait bien avoir été fait... 
en Italie. Sa reliure, en effet, est îtalienne. 
Mais son intention est claire : faire connaî¬ 
tre au lecteur francopho-ne le jeu florentin. 

Bien qu'on y décrive un type de cartes à 
enseignes italiennes, il est intéressant de 
constater que l’atout le plus fort» le Juge¬ 
ment (it. le Trombe^ les « trompettes »), 
est ici baptisé la Renommée comme dans le 
jeu de de Poilly (cat. n® 62). Le fait est 
assez peu courant pour mériter d'être 
souligné. 

La règle de ce jeu est compliquée par le 
maniement de quelques 41 atouts, offrant 
la possibilité de multiples combinaisons 
payantes appelées verstcolefs} ou verzigolef 
terme qu’on rapprochera de la bnzigoie 


citée en 1655 (cf. cat. n= J6). Au demeu¬ 
rant te jeu de la carte est assez classique : 
4 joueurs se voient distribuer 21 canes à 
chacun» le donneur en recevant 13 de plus 
pour son écart. Le Fou a îa même fonction 
qu'aujourd'hui dans la règle française. On 
joue par équipes de deux et il faut faire 
60 points pour gagner. Outre les 3 atouts 
maîtres (n® 1, Fou et <i Renommée m)» cer¬ 
taines cartes ont des valeurs spéciales : les 
Papes (n*^^ 2 à 5) valent 3 points, les 1, 
10, 13, 20» 28» 30, 31, 32» 33, 34, 35 comp¬ 
tent 5 points et les 5 derniers atouts 
{rÉtoile, la Lune, le Soleil, le Monde et la 
« Renommée »)» 10 points. En outre» les 
rois valent 5 points. 

« Tout le jeu consiste ensuite à gagner 
une carte qui fait une Versicole, & qui est 
entre les mains des adversaires, ou à faire 
passer sûrement celles qui font une versi¬ 
cole» & que l'on tient» » Ici aussi l’ordre 
des points est inversé dans les couleurs 
Cout>es et Deniers. 

Deux autres règles accompagnent celle 
des « Minquiattes » : la Prime (p» 10 à 13) 
et le Trois-Sept {tressetie, p. 13 et 14). 
Paris» B, N,, Imprimés, V 51047. 
flfô/, ; PC» XII. 4, p. 129. 


Le Tarot Silicien 


Jusqu^à ces dernières années nul ne soupçonnait Texis- 
tence d’une forme sicilienne du tarot. C’est le mérite de 
quelques collectionneurs intrépides et de l’érudition de 
Michael Dummett (op» cit.) que d’avoir fait sortir de 
Tombre un jeu toujours vivant dans l’île, mais qu’aucune 
règle imprimée ne venait conforter. 

Aujourd’hui nous sommes mieux renseignés sur le taroî 
sicilien. Quoiqu’aucun exemplaire ancien n’ait survécu» 
les témoignages littéraires affirment que le jeu à 78 cartes 
et ie minchiate furent introduits simultanément dans l’île 
à la fin du XVIP siècle. Le dernier ne survécut pas, mais le 
Jeu classique prit pied, non sans subir de profondes modi¬ 
fications. U semble que quelques atouts aient meme été 
changés avant d’arriver en Sicile (à Rome?) : le Monde et 
le Jugement ont laissé la place à Atlas et à Jupiter» la 
Papesse a donné naissance à la Constance fCQstanztt), 
tandis que le Pape, devenu mystérieusement Miseriaf émi¬ 
grait en tête de la série. Un peu plus tard» en Sicile, le Dia¬ 
ble devint le Navire (il Vascello) et la Maïson-Dieu une 
simple tour. Puis, vers 1760, on réduisît le nombre de car¬ 


tes à 63» par suppression des 1» 2 et 3 de Deniers et des car¬ 
tes 1 à 4 dans les autres couleurs. Meme le Fou est allé 
jusqu’à changer son nom en « i7 Fuggitivo ». 

Deux « portraits » semblent s’étre succédé, tous deux 
illustrés ici : un premier type» nettement influencé par le 
minchiate est représenté par quelques bois de moulage 
ainsi que par les cartes de la Collection Mann-Dummett 
ici exposées (cat. n*^ 65). Le deuxième type, apparu au 
début du XIX* siècle (cat. n'* 66)» est celui toujours en 
vigueur aujourd’hui» Ce qui caractérise aussi le tarot sici¬ 
lien c’est l’aspect « espagnol » — ou plutôt « portugais » 
— de ses cartes de points, avec leurs bâtons en forme de 
massues et leurs épées droites et entrelacées. 

Malgré une affinité certaine avec le minchiate et» sur¬ 
tout» avec les cartes lucquoises « Orfeo w, notamment 
pour ce qui est de l’ordre des atouts» le tarot sicilien reste 
une énigme. Peut-être est-il Tunique survivant d’un type 
de jeu (à 78 cartes?) courant en Italie au xvip siècle, maïs 
dont aucun exemplaire n’aurait subsisté. 


87 


Les Atouts du Tarot Sicilien 

la Miseria ou la Fovenà 

1. / Ba^oîti ou i Picdoui 

2. Impératrice 

3. Empereur 

4. îa Cosîanza 

5. Tempérance 

6. Force 

7. Justice 

S. Amoureux 
9. Chariot 

10* Roue de Fortune 
11. Pendu 
12 * Ermite 
13. Mort 

14* i7 VasceUo {le navire) 

15. la Torre 

16. la Stella 

17. h Lana 
IS. nSoîe 

19. ia Palla (le globe) 
ou VAtlante 
20* C/ovf (Jupiter) 

// Fu^itîvù (= le Fou) 


65 

Taroi Sicilien de TuzïDlino 

Tuïzülino 

Palerme(?), Sicile, vers 1730^1740 

3J cartes (sur 63)^ enseignes italiennes 

gravure sur bois coloriée au pochoir 

papier en plusieurs couches avec rabats à 

l'italienne 

84 X 50 mm 

dos : losange à Tintérieiir d'une guirlande ovale 
marque : 

TUZZOLINO {10 de Deniers) 
nomenclature IPCS : IPT-2 

Ces cartes sont les plus anciennes con¬ 
nues à ce jour d'un larot sicilien. En effet, 
bien que les sources littéraires attestent la 
présence du jeu en Sicile depuis la fin du 
xvii-^ siècle, on n’a conservé aucun témoin 
de cette période* Le type ainsi représenté 
forme un premier « portrait », antérieur 


au type actuel qui semble s'être fixé vers 
1810 (cf. n* suivant). 

On notera La forte parenté de ces cartes 
avec celles des mmehiaie populaires du 
xviih siècle. Ici* les numéros des atouts 
sont encore en chiffres romains et la carte 
aujourd'hui dénommée Miseria s'appelle 
La Povertà* Le mendiant qui l’illustre tient 
une boîte sur laquelle on lit !NL En outre, 
un certain nombre de détails diffèrent des 
jeux plus modernes, notamment sur Tatout 
XX « Giûve » (Jupiter) ; mais ce sont sur¬ 
tout les cartes ordinaires qui montrent une 
affinité indiscutable avec les jeux... portu¬ 
gais : ici les dames d’Épées et de Bâtons 
sont attaquées par des bêtes* Des initiales et 
des chiffres arabes permettent d’identifier 
têtes et points. 

On connaît de ce même modèle des car¬ 
tes dues à Felîce Cîmîno de Païenne^ datées 
1802 et 1805, ainsi que des bois et des 
épreuves conservés dans les musées sici¬ 
liens. Ce type de cartes n'a pas dû survivre 
au-delà des année.s 1820, 

Rye, collection Sylvia Mann / Oxford, colketion 
Michael DüinmctL. 

BibL : DunimeU, 375. 

66 

Tarol sicüien « Forluna » 

canîér « Forîuna » 

Palerme, halif (Sicile), vers 1820 

63 cartes (complet), enseignes italiennes 

gravure sur bois coloriée au pochoir 

papier en plusieurs couches avec rabats â 

l’italienne 

80x48 mm 

dos : figure de femme sur une roue avec légende 
FORTUNA 

nomenclature IPCS i IPT-2*I 

C'est là le premier exemple d'un modèle 
encore en vigueur en Sicile* La comparai¬ 
son faite avec les jeux plus récents de Con- 
cetta Camplone (cat* n° 93) et de Modiano 
(eat* n® ^) fait apparaître de menues 
variations : l'atout connu sous le nom de 
La Povertà est ici appelé Miseria. Certaines 
cartes (n“^ 3, 4, 6, 7, 10 et 11) sont à 
l’envers par rapport aux représentations 
modernes. Et, bien sûr, la technique de 
fabrication est ici typique des productions 
italiennes anciennes avec leurs rabats 
caractéristiques. 

Li$sori$, collection Vito Arieniî* 

Bibt. : Dummett, 373-374; Arts Déco SI, 14-15. 



65 



88 







Une cassure originale : 

Les tarots à enseignes françaises 


On ne sait ce qui a poussé les cartiers allemands qui fabriquaient des jeux de tarot 
vers le milieu du siècle à abandonner le « portrait » italien. Toujours est-il 
qu'après une phase de transition qui semble avoir duré jusque vers 1800, les 
joueurs de tarot de langue allemande n'eurent plus entre les mains que des cartes à 
enseignes françaises et des atouts lotaletnent profanes* 

Ce qui s'était passé on peut l'imaginer* Les enseignes italiennes et, plus encore, 
les allégories du tarot traditionnel devaient paraître bien étranges aux allemands 
du Siècle des Lumières : cela « sentait » le Moyen Age. Car ce sont les atouts qui 
semblent avoir été visés : ne fabriquait-on pas, encore vers 1800, des tarots à 
enseignes italiennes, mais avec des atouts... animaliers (cat. 69 et n*^ 70)? 

Les couleurs italiennes n^étaient pas totalement inconnues en Allemagne, mais 
les joueurs n'étaient pas tous familiarisés avec leurs bizarreries* Aussi leur 
préférèrent-ils les enseignes françaises, plus lisibles et — ce qui comptait pour les 
cartiers — plus faciles à fabriquer d'un coup de pochoir... 

La mode* Voilà peut-être le secret de rexpansion des tarots à couleurs françai¬ 
ses dans les pays de langue allemande au xviîp siècle. Or, à l'époque, la mode est 
française et l'idéologie laïque : d'où ces séries de scènes diverses, et plus spéciale¬ 
ment d'animaux et de chasse que les cartiers allemands répandirent avec une 
grande liberté de création. 

Nous aurions tort de négliger cette évolution germanique : notre « Tarot Nou¬ 
veau » français en est issu. Après les animaux ce furent les costumes folkloriques, 
les vues de grandes villes, les scènes de genre et d'autres encore. Petit à petit se 
dégagèrent deux modèles standards : un pour l'Autriche, encore tout imprégné de 
« lurqueries » et toujours utilisé sous différentes variantes, un autre pour l'Alle¬ 
magne dont le succès fut plus grand encore en Suisse et en France* C'est notre 
tarot de jeu moderne* 

Dans cette profusion de styles et d'images — si opposée aux standards italiens — 
les cartiers germaniques restèrent toutefois fidèles à quelques repères r le Fou est 
resté..* un fou, même si nous sommes loin de l'imagerie très médiévale du mûîîo 
italien* Sur le 1 d'atout (notre « petii », qu'en allemand on appelle encore Pagaf, 
de l’italien bagaîîo), La représentation d'un Arlequin et d'une Colombine continue 
d'évoquer, même vaguement, le Bateleur d'autrefois* 

Cette mutation du Tarot, qui — précisons-le — n'affecta en rien les règles du 
jeu, lui ouvrit les portes de l'Europe du Nord : la Belgique, déjà sensibilisée avec 
ces étranges tarots à enseignes italiennes, mais aussi les Pays-Bas et jusqu’au 
Danemark où le Jeu se pratiquait encore dans les années 30. De l'autre côté, 
l'Empire Austro-hongrois accueillait à son tour le tarot. Non seulement l'Autri¬ 
che, mais la Tchécoslovaquie et la Hongrie actuelles lui sont restées fidèles. 




































67 

Tarot de la Noee Bavaroise 

Andréas Bcaedictus Gobi 
Munkht Allemâgne, vers J765 
7S cartes (complet)* enseignes fraitc^ises 
gravure sur cuivre eotüriée au pochoir avec 
rehauts â la main 

papier en plusieurs couches doré sur tranche 
1 lOx 57 mm 

dos ; losanges avec étoiles 
marques : 

Andraas Benedicïus Gobi (Valet de Trèfle) 

A. (lame de hallebarde du Valet de Pique) 

B. (lame de hallebarde du Valet de Carreau) 

G. (lame de hallebarde du Valet de Cœur) 

A/GjVCWfjV (bas du volant de la robe du Roi 

de Carreau) 

étui T voir n" suivant. 

Le jeu de la Noce Bavaroise est tradition- 
nellement considéré comme le plus ancien 
tarot à enseignes françaises. Si Ton sc fie 
aux dates d’activité de son fabricatiii 
Andréas Benedictus Gobi (1765-1792)* il ne 
peut guère avoir été fait avant 1765* Or un 
des premiers traités allemands consacré au 
tarot, Die Kurjsty die W'e/f eriaubi miîzu- 
ire^Timcifî in den verschiedenen Arten der 
Spide, paru à Vienne et à Nuremberg en 
1756, fait expressément mention d’ensei¬ 
gnes françaises (p. 346 sqq). Mais nous ne 
possédons aucun jeu daté de cette période. 

Quoiqu’il en soit* le jeu de Gobi a tou¬ 
jours attiré Fattention des historiens de la 
carte à jouer, vraisemblablement en raison 
de son caractère luxueux. En effet, les car¬ 
tes sont particulièrement épaisses, la gra¬ 
vure est délicate et la mise en couleurs 
extrêmement soignée et même rehaussée à 
la main, De fait, tous les exemplaires con¬ 
servés sont généralement complets et dans 
un excellent état de fraîcheur. Mais seul un 
collectionneur parisien en détient Fétui. 
Nous verrons que celui-ci a une grande 
importance. 

Luxueux, ce tarot Fest aussi par son 
sujet : celui d’une fête aristocratique. Les 
princes de Bavière se livraîeni, en effet, 
tous ies ans, à une étrange mascarade bien 
dans le goût du temps : déguisés en bergers 
et en paysans, ils organisaient des n noces 
de villages ». La cour de Munich, qui régle¬ 
mentait minutieusement ces festivités, fai¬ 
sait paraître annuellement une liste des par¬ 
ticipants et de leurs rôles. On possède 
encore une série de ces listes pour les 
années 1719 à 1765. 

C’est précisément ce que les cartes con¬ 
firment* Les atouts font alterner régulière¬ 
ment deux sujets : un cavalier, sorte de 
héraut de la fête, et un carrosse orné tiré 
par deux chevaux, où l’on remarque diffé¬ 
rents participants â la noce tels le pasteur et 
sa femme (atout VT) ou des musiciens 



4n iia-Eiriv vm if J 


^ [+lrHTirMrlt IMT B,' Ùl -I 


Cfcil 


rinri rbmjj'Ti rir 

[j J iL' r,-| 








t a ■ t L ntf lu urwi Ijtri A f 


iiftiviir ^puï 




rrtiif hinJf fiÿT 


(atout XViil), tous en tenue de mariage. 

On ne peut donc ignorer que le jeu repré¬ 
sente une noce* Les légendes mêmes le 
disent (voir atouts 11, XVI et XIX, par 
exemple). Le caractère bavarois est lui 
aussi fortement affirmé : Je personnage de 
Faiout XI s’exclame : « àdyrischi. bayrisch 
mus es fsjeiri/stmet die md mîr ein » 
(« Bavarois, il faut que ce soit bavarois. 
Tout le monde est d’accord avec moi »)* 
Quant au côté princier, il est vertement 
rappelé : at/iieh sein und ààyriscfi schei- 
nert / heisf die sache rediieh memen » 
(<c Être noble et se montrer bavarois. C’est 
ce que Faffaire doit clairement dire ») et, 
afin que nul ne doute qu’il s’agit bien d’une 
mascarade, certains vers nous le rappel¬ 
lent : ^ Eîfi baur bin ich nach den givmd / 
iedanoch gros von adisiand » (« Paysan 
par le costume / Mais grand par la nais¬ 
sance ») (atout 111) ou encore « obshon 
das kîeide baürich sprichl / vérrafh mich 
doch das mgesichr » (« J’ai F habit d’un 
paysan / Maïs suis trahi par mon visage ») 
(atout Vil). 

Mais les têtes du jeu ne sont pas moins 
intéressantes : elles manifestent clairement 
leur parenté avec le portrait de Paris, 
qu’une décision de 1764 prenait pour 
modèle. Celui-ci est traité dans un style 


orné, caractéristique du rococo allemand 
avec son roi de Carreau n oriental ». Les 
armes de Bavière parsèment les figures : 
Lion de Bavière et écusson rond à losanges 
bleus et blancs alternés, qui sont les armoi¬ 
ries du pays* ainsi que la poupée brandie 
par le valet de Trèfle, qui n’est autre que le 
Münchner Kind% mascotte de la ville de 
Munich. 

Ce sont ces mêmes figures que le Cartier 
A.B. Gobi, dont la production est vaste et 
diversifiée, emploie dans ses autres tarots à 
enseignes françaises, notamment avec 
atouts animaliers (cf. cat. n® 71), A sa 
suite* de nombreux fabricants imitéreni ces 
têtes* largement au-delà de la Bavière (cf. 
cat. n<îs 72 et 73), On les retrouve aussi, en 
permutant les couleurs, sur d’autres jeux 
comme le tarot à sujets chinois de Lcfer 
(cat, n® 81). 

Le département des Estampes possède 
un autre exemplaire, complet, du jeu de 
Gobi (B.N., Est., Kh 34 b). 

(Traduction des versets : Claude 
Guiard.) 

Paris, B.N. Estampes, Kh 167 rès. il* JJ2-I35. 

Bibf. : WjlEshire* G. 116; D’Alleniagnc* 1, 
196-197 ; Margrave, [32 ; Bickfeld 67, 
n“ 45-66 ; Albertina 74, n* 146 ; Kaplan, 297 ; 
Keilcr, GER 619; Lcinfdden 54, n* 27. 


91 








■ 


68 

Élui du Tarot de la Noce Bavarois 

Bavière, deusiéine moiiié du xviiM s, 
étui carton» en forme de livre recouvert de cuir 
dos orné de décorations florales dorées 
titre : Banr/i / f^fochzeii 
115 X 70 X JO mm 

Cette boîte est la seule qui ait été conser¬ 
vée à nôtre connaissance. Pourtant» un jeu 
aussi luxueux que la « Noce Bavaroise » se 
devait d’être protégé par un étuî de qualité. 


Il est un fait que des nombreuses collec¬ 
tions publiques qui détiennent un exem¬ 
plaire de ce tarot» aucune n^a hérité un 
semblable objet. 

Celui-ci» qui est dans une collection pri¬ 
vée parisienne, a la forme d’un livre 
s’ouvrant en deu.x par le milieu. Il est 
recouvert de cuir et possède un dos orné de 
rinceaux dorés. Un titre apparaît» 
quoiqu’un peu effacé, où l’on lit « Baurn / 
Hochzeii )> (« noce paysanne »), 


Ce bel étui — qui contient un exemplaire 
complet du jeu de la Noce Bavaroise — 
n*est peut-être qu’une production indivi¬ 
duelle» mais son titre est suffisamment 
révélateur pour appuyer l’analyse que nous 
donnons du jeu : il s’agit bien d’une fêle 
« paysanne »>» reconstituée par de nobles 
bavarois. 

Paris, collection Guiard. 


Tarots animaliers 


Les tarots animaliers forment le groupe le plus homogène 
et le plus nombreux parmi les jeux à enseignes françaises 
de la fin du xviiL siècle et du début du Xix^» On peut ran¬ 
ger ces tarots en deux grandes catégories : l'une est mani¬ 
festement originaire de Bavière» Fautre a été produite 
principalement dans les Pays-Bas méridionaux. Du pre¬ 
mier type on retiendra Faspect très « français » des têtes 
qui» tout en se parant des armes de la Bavière, s’inspirent 
nettement du portrait de Paris, déjà employé dans les car¬ 
tes ordinaires locales. 

Les tarots animaliers bavarois présentent une grande 
diversité dans leurs représentations de la faune terrestre. 
Les tentatives faîtes pour y voir des illustrations de fables, 
de comptines ou de mélodies populaires sont démenties 
par bien des exemples de ces dernières. Il s’agit plus vrai¬ 
semblablement d’un bestiaire moralisateur où chaque ani¬ 
mal, suivant en cela une tradition très ancienne, incarne 
un comportement humain : Féléphant évoque la sobriété, 
le chien la foi aveugle, le lapin la prudence, etc. C’est là le 
propos d’un jeu à enseignes allemandes que Conrad 
Stappf édita à Augsbourg vers 1700 : un animal orne cha¬ 
que carte avec une sentence en latin et en allemand et, 
dans le bas, quelques vers explicatifs’^ Ces animaux se 
retrouvent à peine changés dans une des productions de 
Gobi ainsi que sur le tarot anonyme fait pour la Russie 
que nous présentons (cat. n° 72), 


On ne sait si ces représentations d’animaux avaient 
encore un sens à la fin du xvijp siècle. En tout cas, les 
cartiers ne se sentirent pas liés à un modèle unique : Gobi 
lui-même fit des tarots où les scènes animales reflètent 
d’autres sources (cat. n® 71), Il est difficile de repérer la 
moindre fixité, si ce n’est dans le n*^ XXI qui représente 
invariablement un ours accompagné ou non de son 
montreur. 

On ne s’étonnera pas de retrouver ce même ours, seul, 
sur Fatout XXI des tarots de type belge» Les cartiers des 
Pays-Bas méridionaux s’inscrivent clairement dans la 
lignée des leurs inspirateurs allemands. En revanche, ils 
ont préféré traiter les têtes de leurs jeux dans un style anti- 
quisant tout à fait original (cat. n^i 74 et 75). 

Petit à petit les représentations animales se simplifiè¬ 
rent, perdant, de copie en copie» jusqu’à leur signification 
originelle. Face à cette dégradation» certains cartiers réa¬ 
girent en introduisant des images plus « réalistes », plus 
conformes à une vision scientifique du monde animal et 
de son environnement {cat. n'* 77). Mais déjà la vogue des 
tarots animaliers décline, dès le début du XIX^ siècle, pour 
ne plus survivre, de nos jours» que sous la forme char¬ 
mante et désuète du Adfer-Cego de la Forêt Noire {cf. cal» 
nos 7S et 111). 


69 

Tarol antmftikr à enseignes italiennes 

Cari Gollicb Süss 

Stuttgart, Allemagne, vers ISOO 

26 cartes (sur 78). enseignes Ua tien ne; 

gravure sur bois coloriée au pochoir 

papier tn plusieurs couches 

N1 X 63 mm 

dû5 : marbrés bleus 

marques : 

ZtJ/mdeit bey / Car! Cotiieb Süss / m Smt- 
güri (2 de Coupes} 

C.C.S, (4 de Deniers) 


L'intérêt de ces 26 cartes dont, hélas, il 
ne subsiste que 25 points et un seul atout, 
c’est de montrer que des tarots « mixtes » 
assurèrent, en Allemagne» la transition 
entre les jeux italiens et les jeux à enseignes 
françaises, ou du moins qu’il y avait encore 
au début du XIX^ siècle des joueurs suffi¬ 
samment attachés â leurs vieux tarots « à 
rîtalienne ». 

L’atout conservé, n^ XVIIII» montre un 
animal (un renard ?), tandis que les cartes 
de points emploient les enseignes italien¬ 


nes, ici traitées de façon un peu raide» Des 
chiffres romains ont été ajoutés pour iden¬ 
tifier les valeurs» 

Londres, British Muséum, Department of Prints 
and Drawiijgs» Schreiber G. 292, 
n" 1896-5-1-204, 

BlbL : O’Donoghiic, ü. 292; Hoffmann» 37 et 
S6 (n. 42), 


92 


I 



70 

Tarot ammali«T à cnj^cii^Eies italiennes 
G*M. 

Allemagne, début du xix- s. 

78 cartes (complet), enseignes italiennes 
gravure sur cuivre cotoriée au pochoir 
papier en plusieurs couches 
I OS X 70 mm 

dos : marbrés bleui avec lachei jaunes 
marques : 

GM (2 de Coupes» 2 et 4 de Deniers). 

Ce jeu anonyme a vrahemblablemem été 
fait en Allemagne au tout début du xix* siè- 
cie. Il est, comme le n* précédent, un jeu 
mixte mélangeant enseignes italiennes et 
atouts animaliers, avec des têtes roman¬ 
tiques. 

On observera que les cartes numérales se 
conforment à celles des Tarots de Besan¬ 
çon. L'esthétique générale est !a même que 
celle du cat, n* 69, avec ses chiffres 
romains sur les points et les mêmes dos 
marbrés. Toutefois, Taiout XVIllî ne pré¬ 
sente pas le même sujet. Les animaux qui 
ornent les atouts sont ici ceux des tarots 
« bavarois » tel celui du mystérieux Bou- 
cbaud (cat. n* 73) : même Excuse (mais ici 
à doubie-lête)t même ours sur le XXI ou 
même singe sur le Xll, rnaîs dans un style 
plus réaliste. Les figures» en revanchCt 
n'appartiennent à aucun « portrait » 
connu ; elles sont à double-iête, dans un 
style romantique bien caractéristiquCt avec» 
comme cela est drusage fréquent en Alle¬ 
magne au xix^ siècle, leurs noms en fran¬ 
çais {« Vaieî »> « Dame <ï Roi » — les 
cavaliers n'y ont pas droit !). 

C’est ce qui nous fait dater ce jeu des 
années IS20. 

Londres, Eriiish Muséum» Department of Prints 
and Diawings, Schreiber G. 295, n* 
lS96-5-b552. 

Bibt, . O'Donoghue» G. 295 ; Hoffmann, 37 et 
86 (il. 42). 


7i 

Tarol animalier de Gobi 

Andréas Benedicius Gobi (actif 1765-1792) 
Munich, Allemagne, fin du xvtms. 

78 cartes (complet), enseignes françaises 

gravure sur cuivre coloriée au pochoir 

papier en plusieurs couches 

108 X Si mm 

dos I marbrés rouges 

marques : 

A/ii/reus / Benedict. / Gobi (Valet de Cœur) 
Karfe» / Fabri' / carif (Valet de Carreau) 
timbre gras sur As de Pique» As de Trèfle et 7 
de Pique 

nomenclature IPCS : FT'I (var) 

Andréas Benedictus Gobi a fabriqué de 

93 





































































nombreux tarots : on connaît de lui au 
moins deux modèles distincts avec atouts 
animaliers, celui-ci étant le plus finement 
gravé. Les animaux qui ont été choisis cor¬ 
respondent peut-être à des sujets moralisa¬ 
teurs» mais on ne connaît pas les sources de 
notre graveur* Les mêmes illustrations se 
retrouvent sur d'autres jeux, plus ou moins 
bien reproduites et à des places différentes* 
On notera qu'un arbre est systématique¬ 
ment représenté sur chaque atout, 

Les têtes, en revanche, sont caTaciéristi" 
ques du « portrait de Paris bavarois » déjà 
rencontré dans le jeu de la Noce Bavaroise 
(cat, n® 67) dû au même cartier et que Ton 
retrouve ensuite dans d'autres productions. 
Le roi de Carreau avec son turban va deve¬ 
nir en quelque sorte une marque distinc¬ 
tive, repérable dans de nombreux jeux de 
tarots ou de cartes ordinaires* Mais ici les 
symboles de la Bavière, si fortement pré¬ 
sents dans le jeu de la Noce Bavaroise et 
que d'autres fabricants ont fidèlement 
reproduits n’apparaissent pas : ni Mürich- 
ner Kindl^ ni Lion de Bavière. Le portrait 
est moins lourd et plus affiné que ses 
successeurs. 

Lein felden-Ëchterdingen» Dcutsches 
Spielkarten-Museum, B 749. 

BibL : Bielefeld 67. n" 1-22; Keller, GER 46; 
Leinfelden S4, n* 1. 


72 

Tarot animalier fait pour la Russie 

Allemagne (?>, fin du xvin* 5, 

7S cartes (complet), enseignes françaises 
gravure sur bois coloriée au pochoir 
papier en plusieurs couches 
1 lüx SS ram 

dos 1 motifs géométriques en pointillés bleus 
timbres gras de l'Orphelinai Impérial de Russie 
(As de Carreau) 
nomenclature IPCS : FT-l 

Le plus surprenant dans ce tarot anima¬ 
lier de type classique est le timbre gras « au 
pélican » qui est apposé sur l'as de Car¬ 
reau ! c'est le cachet fiscal de l'Orphelinat 
Impérial de Russie, vraisemblablement ins¬ 
titué sous Catherine II. Nous tenons là la 
preuve que le jeu de tarot a été connu 
jusqu'en Russie ! Quant à l'origine de ce 
jeu elle n'est guère décelable, car le cartou¬ 
che du valet de Trèfle, où figure habituelle¬ 
ment le nom du cartier, est vide. 

Nous reconnaissons dans ces cartes un 
« portrait » utilisé par de nombreux car- 
tiers allemands» notamment Gobi» qui en 
produisit un avec les mêmes animaux sur 
les atouts (Bielefeld 67, à 44) ; c'est 

le modèle avec montreur d'ours sur l'atout 



94 



























































73 

XXI, directement transposé des cartes à 
enseignes allemandes que Conrad Stappf 
grava vers 1700. On y reconnaît le même 
chien de chasse (atout V et « Daus » de 
Cœur), le cerf ei la biche (atout XI et Valet 
de Grelots)î réléphant de l^atout XIII, le 
chien et le bouc du n* XV et les chevaux 
empanachés du n® XVHI sont autant 
d'emprunts au jeu de Stappr 
Georges Marteau avait acheté ce tarot à 
un officier russe, îe Colonel Swkoff. 

Paris, B.N., Estampes, Kh 167 rés. n" 650-653. 


73 

Tarot animalier de V. Botichaud 
F. Bouchaud 

Suisse ou Belgique (7), fin du xviie^ s. 

7Ê canes (complet), enseignes françaises 
gravure sur cuivre coloriée au pochoir 
papier en plusieurs couches 
111 X 60 mm 

dos ; astérisques et points formant quadrillage 
marques : 

F. BOVCHA VD (Valet de Trèfle) 

F. (lame de hallebarde du V'^alet de Trérie ; et 
atout î) 

nomenclature IPCS : FT-I 

Avouons tout de suite que le fabricant de 
ce jeu, F. Bouchaud, nous est totalement 
inconnu. On a peine à croire, avec Georges 



Marteau, qui T eut en sa possession, que ce 
tarot soit de « fabrication! lyonnaise ». En 
effet, il ne semble pas que l'on ait jamais 
fait de tarot animalier en France — si ce 
n’^esl en Alsace. Force nous est de consta¬ 
ter, en outre, qu’aucun cartier du nom de 
Bouchaud n'a été recensé à ce jour. 

Nous sommes en présence d'un tarot ani¬ 
malier de type alleimand, td que Gobi, en 
Bavière, et de nombreux autres fabricants 
en ont fait : les têtes sont celles du jeu de la 
Noce Bavaroise (cat. n“ 67) avec Münch- 
nèf Kind'itx Lion de Bavière. Les cavaliers 
“ qui ne peuvent avoir été empruntés au 
portrait de Paris — montrent assez nette¬ 
ment ici l'intention « mondialiste >> qui a 
présidé à leur création : le cavalier de Car¬ 
reau est « chinois », celui de Cceur 
« turc », ceux de Trèfle et de Pique parais¬ 
sent plus européens. 

Les animaux des atouts correspondent à 
une des rares séries à peu près fixées avec 
un dromadaire sur le tV, une licorne sur le 
VIII ou un ours (sans montreur) sur le 
XXL 

Le style assez grossier du tout, la facture 
générale et le dessin des dos font penser à 
une production de la fin du xvill* siècle. 
Risquons une hypothèse : pourquoi Bou- 
chaud ne serait-il pas suisse? Claude 
Rochias, à Neuchâtel, et Leonzi Schaer, à 
Mümliswil, ont fait des jeux en tous points 


identiques à la fin du xvin* siècle (Zürich 
78, 157 et 158). A moins qu^il ne fût 

belge : un cartier liégeois, JJ. Dubois 
fabriquait le même type de jeu au xviit^ siè¬ 
cle aussi. 

Paris, B.N., Estampes, Kh t67 rés. n® 136-138. 


74 

Tarot aniittalier Belge 
T, Servaes 

Bruxelles, « France », vers 1800 
78 cartes (complet),, enseignes françaises 
gravure sur bois coEoriée au pochoir 
papier en plusieurs couches 
113 X 60 mm 

dos : he?ïagones as^ec soleils 
marques : 

FRANCF// F SERVAES/A BRUXELLES 

(Valet de Cœur) 

T. SERVAES / FRANCE (atouts et figures) 
nOiriencEature IPCS i FT-LI 

C'est un autre type de tarot animalier 
que représente ce jeu de Servaes, à 
Bruxelles. Les artimaux sont dans la tradi¬ 
tion illustrée par Ees exemples précédents 
(notammern cat. n* 73) ; l'ours de l'aiom 
XXI est seul avec un bâton, le n® XX mon¬ 
tre une chèvre et le n® XII un singe. Même 
terrible lion sur Taiput X, même licorne sur 
le VIII, même dromadaire sur le IV. Cer¬ 
taines représentations som inversées. 

En revanche, les têtes sont d’un style 
tout à fait distinct. Les rois et les dames 
sont traités sous forme de divinités classi¬ 
ques, vêtus de toges et chaussés de Spartia¬ 
tes. Cavaliers et valets portent des costu¬ 
mes militaires d’époque Louis XV, C’est 
généralement le valet de Cœur qui porte 
l'identification du cartier : celui-ci n’y 
manque pas. Plus curieuse est l'insistance 
mise par Servaes à répéter sur chaque 
figure et sur chaque atout la mention 
w FRANCE » ; soumission ou propa¬ 
gande ? On ne sait î mais voilà qui date bien 
notre jeu. En effet, les Pays-Bas méridio¬ 
naux furent annexés à la République Fran¬ 
çaise en 1795. Bruxelles forma ainsi le 
Département de la Dyle, L'occupation 
française n'a cessé qu'en 1815, mais il esi 
probable qu'à partir de 1804, notre fabri¬ 
cant aurait mentionné Empire 
Français >î. 

Ce type de jeu est plutôt l’apanage des 
cartiers belges ou luxembourgeois, mais on 
en trouve des exemples danois. Ce modèle 
fut perpétué Jusqu'à la fin du xix« siècle 
(voir n* suivant). 

Paris, B.N.. Estampes, Kh 167 rés. n* J%-I99. 
BibL : Allemagne, II, 461-462. 


95 





75 

Tari>ï animalier de Qaveluy 
Daveluy 

BruaeSt Belgique^ entre 1850 et 1870 
78 cartes {cûinplct)^ enseignes rran^'aises 
C h romolilbOgraphie 
papier en plusieurs couches 
U4x 60 mm 

dos : tarotage écossais bleu et orange 
marque : 

Caries du Tarot / Fabrit^ue DAVELUY / 
BEUGES (Valet de Cœur) 
étui carton couleur pistache avec étiquette colEée 
nomenclature IPCS : FT-1,1 

Ce tarot n’est que la version xix^ siéde 
du modèle précédent. Les atouts sont 
imprimés en bleu et le procédé de ta chro¬ 
molithographie a permis de leur donner un 
dessin plus ftn (mais pas plus réaliste 1). 
Rots et dames ont conservé leurs drapés et 
le cavalier de Cœur a gagné un pistolet. Le 
traitement est moins rustique que celui de 
ses prédécesseurs, 

Daveluy était un Cartier de Bruges dont 


l’affaire fut reprise vers IS70 par Gueûns- 
Seaux qui continua quelques temps d’éditer 
ce jeu. Ce tarot peut donc être daté d’avant 
1&7Û. 11 a conserve son étui> dont l’éti¬ 
quette proclame : « Anciennes et véritaNes 
caries du Jeu du tarot / Fabrique de Dave- 
iuy / Bruges », 

Paris» collection Guiard. 

Btbf. : O’Donoghtien FL 1 ; Fournier 82, 248 
(n* 20). 


76 

Tarot animalier Lemmets/Dorff 

Vvç C.G. Lemmels et E.F. Dorff 
Nord de l’AElemagne (?), fin du xvij]' s. 

77 cartes (sur 78)^ enseignes françaises 
gravure sur cuivre coloriée au pochoir 
papier en plusieurs couches 

107 y 53 mm 

dos : losanges avec soleils 


marques : 

C.C. LEMMELS . kViTlVE (Valet de Trèfle) 

ErF, DOFFF (roi de Carreau) 
timbre gras au cheval sur As de Cœur et Roi de 
Cœur (Basse-Saxe?) 
nomenclature IPCS : FT-i 

Ce jeu^ qui provient peut-être du Nord 
de l’Allemagne, est représentatif de l’inspi¬ 
ration des cartiers pour illustrer leurs 
atouts animaliers. On retrouve, en effet, ici 
les représentations déjà observées dans les 
autres productions de la même époque (cat. 
n°^71 à 73), mais dans dés emplacements 
différents t on comparera ainsi le lion du 
n^ XIV avec celui du n® X du tarot 
anonyme fait pour la Russie (cat. n® 72) ou 
encore la chèvre n* XllI du jeu de Gdbt 
(cal, n.® 71) avec celle de notre jeu (atout 
n° HI). L’image du cerf (n® 11) se retrouve 
en deux endroits du jeu de Gôbl et Toiseau 
piquant sous k regard de ce qui doit être un 
loup (?), sur l’atout n® IV, paraît proche 
du n® ill de Gobi. La majorité des ani- 
mau.x se retrouve néanmoins dans le tarot 
fait pour la Russie (cat. n® 72) et dans celui 
de Bouchaud (cat. n® 73). Ces deux der¬ 
niers partagent avec notre jeu la représen- 
tation — très Fréquente —, sur 
Tatout XXI, d’un ours, parfois avec mon¬ 
treur (tarot « russe »), parfois seul (Bou- 
chaud). On suppose, à voir le ventre formi¬ 
dable de ce dernier, qu’il a dévoré son com¬ 
pagnon : de fait, le jeu de Lemmels/Dorff 
le montre incontestablement luttant.., 

Paris, B.N., Estampes, Kh 167 rés. n® (39-140. 

BibL : Üielefeld 67, ei® 291; Keîlcr, GER 42; 
Leinfcldcii 84, n* 11. 


77 

Tarol aniittalier de Joseph Feischcr 

Joseph Feischer 

Munich, Allemagne, début du x]x* s. 

78 çarLCS (complet), enseignes frantaiâcs 
gravure sur cuivre coloriée au pochoir 
papier en plusieurs couches 

no y 61 mm 

dos ' motifs floraux bleus 
marque ; 

Joseph Fefschûr/A'arten : Fabri ^VcarU in 
Müneben/irr der Burggaien (atout II) 

/./■'. (bluteau du Valet de Cœur) 
timbre gras sur le dos du 2 de Pique : DEUT- 
SCfiES FEICH/FUNFZIC PF//^^ 51 
nomenclature IPCS 3 FT-1.2 (var,) 

Voilà un tarot animalier difficile à clas¬ 
ser ’ Qn ne sait ce qu’il fanl admirer le plus 
de la délicatesse de la gravure et des cou¬ 
leurs, de l’invention des scènes où se mêlent 
humains, animaux et monstres fabuleux, 
ou du raffinement de rencadremenî. Le 


96 


























































I 


76 




doublenieni dç^ itnages, le style graphique 
— notamment le dessin des têtes — ne per¬ 
mettent pas de dater ce jeu d’avant 1810. 

Les dames, les cavaliers et les valets sont 
directement inspirés des figures « bavaroi* 
ses ï>déjà rencontrées (cf. cat, 7| à 73). 
Le valet de Cœur porte même les armes de 
Bavière, avec Münchner Kind'i discrète¬ 
ment placées dans son bluteau avec les ini¬ 
tiales du Cartier w LF, » En revanche, les 
rois, notamment ceux de Pique, Trèfle et 
Cœur, ont une raideur qui annonce leur 
évolution vers un portrait plus romantique. 
Aux couleurs près, ces tètes sont étonnam¬ 
ment proches de celles du tarot à sujets chi¬ 
nois de Lefer (cat. n® 81), On comparera 
ainsi les figures suivantes : 


Fetschçr iefertn^Sl) 


Roi de Carreau 
Cavalier de Carreau 
Valet de Carreau 

Roi de Trèfle 
Dame de Trèfle 
Cavalier de Trèfle 


Roi de Pique 
Cavalier de Pique 
Valet de Pique 

Roi de Cccur 
Dame de Cœur 
Cavalier de Cœur 


Roi de Cœur 
Cavalier de Cœur 
Valet de Cœur 
Dame de Pique 


Roi de Carreau 
Cavalier de Carreau 
Valet de Carreau 
Dame de Carreau 


Paris, B.N., Estampes, Kh 167 réâ, 202-204, 


78 

Tarot jinimalkr doublcdètc 

Hcrmaiin Berend Zimmcrinaim 
Lübeck, Allemagne, milieu du xix-^s. 

7S canes (complet}, enseignes françaises 
gravure sur bois coloriée au pochoir 
papier en plusieurs çoucheA 
114 X 59 mm 

dos : lignes arrondies en pointillés 
élut d’origine, carton bleu 

Ce jeu illustre bien la décadence subie 
par les tarots animaliers au siècle : la 
grossièreté des bois est patente autant que 
rétrangeiê totale des animaux. C'est à 
peine si l’on peut reconnaître les têtes issues 
des jeux bavarois. Les atouts présentent 
cette particularité de montrer, d'un côté 
ranimai sous sa forme terrestre et, de 
l'autre, une forme « marine » où le bas du 
corps est celui d'un poisson. Le tarot de 
Fetscher (cat. n® 77) illustre le même genre 
de monstre mi-mammifère ms-poisson sur 
l'atout n* IX. 

Il existe une variante très proche de ce 
Jeu, avec des chiffres arabes un peu diffé¬ 
rents et un traitement un peu plus « pro- 

97 


■ 






















































































pre » (Kelkr, GER 609; Dummett, xvii- 
XVIII et pl. n® 35), Ce qui paraît le plus pro¬ 
bable c"est que ce tarot n^est que la version 
abâtardie d*un tarot animalier plus ancien 
où les animaux sont représentés en deux 
attitudes différentes (exemple dans Kaplan, 
304) : de la baleine du n® 2 au coq du n"^ 21 
en passant par le cygne du n® 9, ils y sont 
tous, à Texception d'un rhinocéros devenu 
dans notre jeu... une licorne (n® lÛ) et de 
quelques autres variations de détaih Cest 
de ce même jeu à représentations doublées 
(mais sans formes monstrueuses) qu’est 
issu le moderne Adier-Cego (cf. cat. 
n® lll), ultime rejeton des tarots 
animaliers. 

Lei nfetden-Echierdingeîi, Dent sches 
Spielkarten-N'fiiseum, B 1246, 

Bibi : Bielefeld 67. n® 297; Kdlcr, OÊR 609; 
Dummett, pl. 35 ; Leinfdden S4, n® 22. 










Tarots à scènes diverses 


En réalité, si Ton perçoit un semblant de « portrait » 
commun, les tarots à enseignes françaises sont d'une 
grande fantaisie : tout au long des XVIÜ' et XlX' siècles, 
les cartîers firent assaut d'invention, non sans parfois 
s'inspirer les uns des autres* Aussi ne doit-on pas être sur¬ 
pris de voir se répandre tel thème « turc » ou « chinois »* 
Face à une production essentiellement germanique, la 


France fait figure d'absente. Pourtant* Lefer, carder à 
Paris au tout début du xix^ siècle, produisit deux super¬ 
bes tarots à enseignes françaises. Pour quel usage? Nous 
l'ignorons. En effet, on ne jouait plus au tarot à Paris 
depuis plus d'un siècle et, de surcroît, seuls les tarots à 
enseignes italiennes avaient cours parmi les joueurs, dans 
la partie Est de la France, 


79 

Tarol militaire de Haupold 
Andréas Kaupold 
Nüremberg, Allemagne, vers ISOO 
78 cartes (compicT), enseignes françaises 
gravure sur cuivre coloriée au pochoir 
papier en plusieurs coucher 
107x61 mm 

dos ; motifs géométriques alternés 
marque : 

Verfertigi / von / Andréas / Hùkpûîd / in / 
biürnberg (valei de Cœur) 


Les atouts de ce tarot allemand illustrent 
les différents aspects de la guerre moderne 
telle que la Prusse de Frédéric 11 les avait 
développés : remise de décoration 
(atout [), bivouacs (n"^® IV, V, VI et X), 
garde (Vil), élaboration d'un plan d’atta¬ 
que {VIII et IX), musique militaire (1, IIJ, 
XIJ XIII et XÎV), jusqu’à Tassaut final 
(XV à XXI). Cette série d'images s'or*ga- 
nise d'ailleurs selon une progression rigou¬ 
reuse qui évoque toutes les phases de la 


prise d'une ville : les atouts I à lll « baîtem 
le rappel », de tV à V[ le camp s'installe 
pendant que les chefs délibèrent (n® VII à 
IX). Puis c’est la parade pour galvaniser les 
troupes (atouts XI et XÏI) : on voit là 
renseignement de Frédéric II, inventeur de 
« Tordre serré » ; et enfin les différentes 
étapes de l'engagement décisif : musique 
militaire en tête (XIII et XIV), précédée par 
un tir nourri (XV), la cavalerie charge 
(XVI) pendant que tonne le canon (XVII). 


98 




























































I 


Enfin, rinfanierie s’ébranle (XVIll et 
XIX). Comme par un effet de caméra, un 
plan général nous permet de voir la pro¬ 
gression (XX) de l'assaut : le sourire de 
contentement du commandant en chef ne 
laisse aucun doute sur l'issue de cette 
bataille (n* XXI). 

Les têtes sont caractéristiques de la mode 
vestimentaire des dernières années du 
xvifi^ siècle. 

Andréas Haupold (ou Eiaubotd) est né à 
Nuremberg en 1753 d'un père également 
fabricant de cartes. Reçu maître dans cette 
ville en 1781, il a eu une carrière fort lon¬ 
gue puisque il s’est éteint en 1S34. à l'âge 
de 81 ans (correspondance des Archives 
Municipales de Nuremberg, 8.03.84). Le 
Deutsches Spielkarten-Museum de Leinfel- 
den possède une série complète des 21 
atouts de ce jeu peu courant (B 1563)^ 

Ziinçh, collection KüinpeL 

BibL : Keller, GER 621 : Leinfdden 84. n^ 37. 


80 

Grand Tarot Allemand une tête » 

A. Lefer (cqnnu de 179€ à 1808) 

Paris, tout début du xix' s 
42 cartes (sur 78), enseignes françaises 
gravure sur cuivre coloriée au pochoir 
papier en plusieurs couches 
105 X 56 mm 

dos : invisible (cartes collées) 
signatures 1 

LEFER / fabricant / / Cart^i^ / A FA (sur 

Cav. de Pique) 

monogramme A.L. sur les écussons des Cav, 

de Trèfle et de Carreau 

Lefer est un earticr parisien mal connu 
qui fut assez actif sous la Révolution 
(D’Allemagne, [, 130 et 136 montre un jeu 
édité en TAn l). Il apparaît danï un tableau 
de la production canîère parisienne de 1790 
(D'Allemagne, lï, 96), avec une quantité 
plutôt moyenne (ses collègues importants 
font le double). Cette annèe-là Lefer n’a 
fabriqué aucun tarot ; pourtant deux car- 
tiers en font, à vrai dire assez confîdentiet- 
lement, puisque l’un en a dédaré 51 et 
Tautre 168.,. 

Quelles étaient les enseignes de ces tarots 
parisiens, on peut se le demander. On 
attendrait, bien sûr, des enseignes italien¬ 
nes, car il ne semble pas que les joueurs 
aient beaucoup changé leurs goûts i en 
1880 elles étaient encore en usage en Alsace 
et en Franche-Comté. Aussi sommes-nous 
surpris de trouver des tarots à enseignes 
françaises dans la production de ce Cartier 
parisien (voir aussi cat. n® 81). 



99 


I 










































































Sacrifiant à la mode des 4 couleurs asso¬ 
ciées aux « 4 parties du monde »» le gra¬ 
veur a ici représemè les Piques sous les 
traits d"« Incas »» les Trèfles sous ceux de 
Chinois^ tandis que les Cœurs sont des 
Musulmans et ks carreaux des Européens. 
Les atouts, quant à eux, montrent des 
médaillons avec les portraits des empereurs 
romains des deux premières dynasties, 
julio-daudietine et flavîenne. On parcourt 
ainsi la série qui va de César (n* II) à 
Domitien XVl)^ sans oublier les fem¬ 
mes (Agrippine, n® VTI ; Domitille, 
n* XX). L^atout XXI représente un singe 
observant la Lune avec une lo'ngue-vue, 
tandis que le n® I est une sorte de nain 
frappé d’un N (pour NuII?). 

Tout ceci, en réalité, a été fidèlement 
copié par Lefer sur un modèle allemand, 
celui que Weisenhaus, à Mannheim, pro¬ 
duisait â la fin du XVI[î® siècle (un exern- 
plaire au Deutsches Spielkarten-Miiseum, 
inv. n* A 377 ; reproductions dans Alber- 
tina 74, n" 144), 

Le jeu de Rouen, que D'Allemagne avait 
vu et décrit, était complet autrefois, mais 
seules les cartes « intéressantes » ont été 
conservées, 

Rouen, Bibliothèque Municipale, Lcbcr 1351 
XLIL 

Bik!. : D’Atlemagne. I. 197; Leinfelden 84, 
n’ 26. 


81 

« Grand Tarot Alkinanct deux tètes » 

A, Lefer 

Paris, début du XiX* s. 

42 cartes (sur 78), enseignes françaises 
gravure sur cuivre coloriée au pochoir 
papier en plusieurs couches 
lÛ2x55 mm 

dos : invisible (cartes collées) 
signatures i 

Lefer / Faimcani //à / Paris (bluicatix du 
Valci de Trèfle et du Valet de Carreau) 

Avec k tarot à sujets « chinois » de la 
Collection Leber nous nous trouvons en 
présence d’un deuxième jeu à enseignes 
françaises du Cartier parisien A. Lefer (voir 
aussi cat. n^ SO). L'aspect très particulier 
des figures d'atouts avec, sur un côté, un 
monstre marin et, sur 3'autre, une scène 
« chinoise » nkst pas sans évoquer l'esthé¬ 
tique décorative rococo du xvtip siècle. Les 
tètes, quant à elles, sont empruntées au 
portrait de Paris de style allemand tel 
qu*on en trouve des exemples dans Jes jeux 
ordinaires de la fin du xvnt* siècle en Alle¬ 
magne (voir Albertina 74, n^^^ 76 et 78). 
Naturellement, les cavaliers ont une autre 


Origine. On comparera aussi ces figures 
avec celles des tarots animaliers n® 72, 73 
et 77 de notre catalogue, figures puisées 
aux mêmes sources, les couleurs étant 
cependant permutées. Significatifs à cet 
égard som ks valets : grosso modo, les 
valets rouges du jeu de Lefer correspon¬ 
dent aux valets noirs du jeu de Gobi (n* 69) 
et inversement. La représentation du Roi 
de Pique, avec son turban et son curieux 
sceptre au croissant est caractéristique : 
elle n’appartient qu'aux cartes d'Outre^ 
Rhin. Nous ne serions pas étonnés de 
découvrir quelque part un modèle alle¬ 
mand antérieur que Lefer aurait copié, 
comme il a copié le jeu à médaillons anti¬ 
ques de Weisenhaus (voir cal. n^ 80). 

De semblables sujets chinois ont d'ail¬ 
leurs été utilisés plusieurs fois par des car- 
tiers allemands et autrichiens au cours du 
XIX* siècle (voir, par exemple, Albertina 74, 
n® 145; Kaplan, 307; Berlin 82, n® 33). A 
défaut d'avoir pu retrouver le modèle de ce 
jeu, on en connaît la copie : celle que le 
Cartier parisien Lequari édita à la fin du 
xix^ siècle (avec des chiffres arabes), avant 
de céder sûn affaire à Grimaud, dans le 
catalogue duquel notre jeu apparaît, identi¬ 
que, sous rappellation « Ancien tarot alle¬ 
mand » (cf. cat. n® 120). 

Mais c'est en Autriche que Je jeu édité 
par Lefer semble avoir eu la descendance la 
plus riche : ces atouts exotiques, ces têtes 
dérivées du « portrait de Paris » allemand, 
ce 1 d'atout avec Arlequin dansant et sa 
harpe et Colombiiie avec son tambourin, ce 
Fou avec son costume à carreaux et ce 
curieux chapeau sur lequel danse un 
modèle réduit du personnage, tout cela se 
retrouve sans modification majeure dans 
les tarots « Industrie und Gluck » qui for¬ 
ment le portrait autrichien courant encore 
aujourd’hui (voir cat. n°® 98 â 102). Il 
existe d’ailleurs au Muséum fur Deutsche 
Volkskunde de Berlin, un jeu à sujets chi¬ 
nois, daté vers 1820, qui possède k même 
atout l et des têtes très proches de celles du 
tarot de Lefer ; on trouve déjà sur l'atout 
l’aigle impérial, sans devise toutefois (Ber¬ 
lin 82, n® 33), 

Risquons une hypothèse ; un tarot à 
atouts chinois et têtes dérivées des figures 
bavaroises (avec des cavaliers originaux) 
s'est créé vers 1800, déjà à double-figure. 
Le Cartier parisien Lefer k copie quelques 
années plus tard. D'autres fabricants, ger¬ 
maniques, en font autant, prenant quel¬ 
ques liberréSt notamment avec ks dames, 
désormais traitées dans un style plus 
romantique. La devise « Ifîdustrie und 
Giück » et l’aigle impérial apparaissent, en 
Autriche, sur l'atout II. Assez rapidement 



les scènes chinoi.ses laissent la place à des 
sujets de moins en moins exotiques pour 
aboutir aux peuples de l’Empire Austro- 
hongrois. Mais ceci est une autre histoire 
que nous vous racontons un peu plus loin. 
(Fac-similé : Grimaud, 1984.) 

Rouen, Bibliothèque Münidpale, Lçber 1351 
XLI. 


82 

Ta roi des costumes Napolitains 

Sax-Weirnarn phvîlegierte Kanenfabricant 
Weimar, Allemagne, début du Xix*s. 

53 cartes (sur 78), enseignes françaises 
gravure sur cuivre coloriée au pochoir 
papier en plusieurs couches 
108x57 mm 

dos : quadrillage d'étoiles rouges 
nriarque t 

SAX- / WEÎMAR U : / EJSENACM ■ / PPf- 
VILEC KA R TEN / f ASPIC (roi de Trèfle) 

Ce jeu, qui était inédit à ce jour, montre 
sur ses atouts des costumes typiques de la 
région Napolitaine et de la Campanie. Des 
chevriers (atouts 1 et XlX), des paysannes, 
des pêcheurs (n®^ xvi à XVIU) et même 
des mangeurs de spaghetti (atout XXI) 
ornent ses cartes qui reflètent k goût très 
romantique des voyages vers « l'Orient » 
(voir aussi cat. n® 83). 11 s’agit néanmoins 
ici d'une exécution assez sommaire et |>eu 
en rapport avec la délicatesse du n® 
suivant, 

Leinfelden-Echlerdingen, Deutsches 
Spiclkarien-Muséum, A 276. 

Bibi, : Ldnretden S4, ti* 56. 

83 

Tarui des costumes Turcs 
Industrie Comptoir 

graveur : Heinrich Müilcr (connu 1738-1819) 
Lüipzig, Allemagne, vers 1310 
78 cartes (complet), enseignes françaises 
lithographie à la plume coloriée au pochoir 
papier en plusieurs couches 
I lOx 59 mm 

dos : réseau alvéolé bleu 
signaiure ; 

Miilier (sur Vaki de Trètle et Cavalier de 
Pique) 

Eîmbrf gras du Royaume de Saxe « h^fPOST. » 
sur As de Trèfle. As de Pique ei 7 de Pique 

Ce sont tous ks peuples de TEmpire 
Ottoman, dans leurs costumes nationaux, 
que ce tarot nous donne à admirer. C'est 
l'époque des dernières splendeurs, avant 
que l'unité de l'Empire ne s'effondre sous 
ks coups de boutoir des luttes de libération 


KM) 


I 



nationale : la Grèce en 182 U l'Albanie â\\ 
ans après, T Égypte en révolte permaneme 
depuis 1832. 

Erwin Kohlmann (cf, Francfort 72) a 
retrouvé Torigine de ces images* C'est un 
ouvrage anglais, The Costume of Tutkey, 
paru à Londres en 1802 et orné de 60 eaux- 
fortes coloriées, gravées par William 
Alexander, qui inspira Heinrich MüMer 
pour Tillustration des cartes. Celles-ci ont 
été parfois inversées. Seules 32 gravures 
ont été reproduites formant ainsi la série 
des 21 atouts, sans l'Excuse, et la majeure 
partie des figures, à l'exception du roi de 
Pique et des 4 cavaliers qui semblent être 
des créations originales du graveur. 

Celui-ci, de son nom Heinrich Muller, 
est connu à Leipzig comnte aqua-foniste 
entre 1788 et 1819. On sait, par ailleurs, 
que la fabrique « Industrie Comptoir » y 
fut active entre 1809 et 1838. La date la 
plus vraisemblable d'exécution de ce jeu 
doit donc se situer vers 1810. 

L'exemplaire du Historisches Muséum 
de Francfort possède son étui, sur lequel on 
peut lire : Exira-Feine TAROK-KARTE 
mit {ürkfschefî Naiiofiattruchten. Leipzig 
îm îndusîrte Conimir. 

Paris, B.N., Estampes, Kh 381 rès. n* 85. 

BibL ; VVklIshire, G. 272; Hargrave, 134 ce 135; 
BN 66, n* 424; Biclefeld 67, ii«98-l 19 ; Franc- 
for! 72, n* lt^: Hoffmann, 73 et 61b; 
Kaplan, 300; Kelïer, GER 623 et 624 ; Berlin 32, 
n® 37; Ldnfelden 34, 55. 


84 

Tarol « ethnologique » 

Joseph Fetschcr 

Munich, Allemagne, début du 

3Ü cartes (sur 7&), enseignes françaises 

gravure sur cuivre coloriée au pochoir 

papier en plusieurs couches 

105 X 59 mm 

dos : motif labyrinthique bleu 
marque ; 

Joseph Fetseftef / Bùrgf : Karfen //ûbricmt / 

Aliinchein in / àer / Bürggasen (atout II) 

Si le folklore est un thème parfois 
exploité par les cartîers, cela est souvent dû 
au goût des voyages vers l'OrieEt: qui a tant 
fait rêver les Romantiques. Ici c'est une 
invitation à parcourir des contrées encore 
plus exotiques qui est offerte. Les scènes 
sont véritablement « ethnologiques » en ce 
sens qu'elles dépeignent des indigènes dans 
leur milieu « naturel », entourés des attri¬ 
buts et des objets ou paysages qui sont sen¬ 
sés les caractériser. Ainsi les Aztèques sont 
représentés par une pyramide en l’honneur 
du dieu VitziipuîzH alors qu'un habitant de 

101 


I 












































































































Vfnsel Congo lui fait face (atout XXÏ). 
L’atout IX évoque Bornéo fPorneoner), le 
XV les Mahrates iMarül) du Maharashtra, 
le XVU nous montre un mandarin chinois 
et le XIX un marocain (Marocuner}. On ne 
possède pas hélas les autres atouts, 
L'Excuse est un « sauvage » vêtu d*une 
peau de bête et portant une massue. Il va 
vers la gauche. L'atout n" U porte les 
armes de Bavière et l'inscription qui permet 
de connaître son fabricant. 

Paris, B.N.. Estampes, Kh 167 rés. 40S’409. 

Bibt.: Bielefeld 67, i5« 76-97; Leinfelden S4, 
n'" 54. 


85 

Tarot du « Freischütz » 

Francfort ? P Altetnagne, IS24 
78 caries (complet), enseignes françaises 
gravure sur cuivre ou sur acier coloriée au 
pochoir. 

papier en plusieurs couches 
107 X 62 mm 

dos : éioitcs et volutes en pointillés bleus 
signature : 

Woif Jec. ÎS24 (sur atout XXI) 

L'opéra de Cari Maria von Weber, Der 
Freischütz, eut un succès retentissant dés sa 
création en 1S21. Aussi ne faut-il pas 
s’étonner de trouver un jeu de tarot qui lui 
est dédié. On connaît aussi un jeu normal, 
édité par Industrie Comptoir, à Leipzig, 
vers 1830, où les tètes sont les personnages 
de l'œuvre de Weber. 

Ici ce sont les atouts qui nous racontent 
avec un grand luxe de détails précis, mais 
microscopiques, les péripéties de l’action 
telles que les décrit le livret. Du moins pour 
ce qui est des atouts X à XXL On y recon¬ 
naît, en effet, la fête du début (atouts X à 
XH), le dialogue d’Agathe et Annette 
(n'^ XllI ei XIV — acte 11, sc. 1-3), la 
scène de la Gorge du Loup (n^^® XV et XVI 
— acte II, SC. 4”6), la préparation du 
mariage XVÏII et XIX “ acte llï, sc. 
2-5), ainsi que l’épisode final où Max met 
en joue Kàspar caché dans l'arbre (atout 
XX — acte 11, SC, 6) et le dénouement 
(atout XXI) avec l’agonie de Kaspar aux 
pieds de Samiel. C'est à cet endroîi précis 
que le dessinateur a choisi de signer « Woif 
fec. ÎS24 ». 

Les atouts I à IX sont plus troublants : 
eux aussi reproduisent l'espace d'une 
scène, notamment les n^^^ 11 à VII, mais on 
ignore de quelle œuvre. Peut-être 
pourrait-il s’agir d’un préambule, éliminé 
depuis, du Freischüiz. On sait, en effet, 
que le librettiste, Friedrich Kind, avait fait 



85 


une oeuvre trop longue, que Weber lui- 
même avait dû écourter. Mais dans ce cas 
qui sont les personnages de l'atout I ? 

Les figures, quant à elles, ne sont pas 
liées à l’opéra de W'eber. Leur style, assez 
classique, se retrouve aussi dans des jeux 
normaux et les apparente aux rois et aux 
valets supérieurs fOber) du portraii de 
W^uriemberg. Cette parenté est partagée 
avec ks têtes de notre « Tarot de Franc¬ 
fort » (cat. n® 103) ce qui nous fait penser 
à une origine probable dans cette ville. La 
Bibliothèque Nationale possède 2 autres 
exemplaires de ce jeu, l'un complet (Estam¬ 
pes, Kh 383 271), l’autre incomplet 

(Estampes, Kh mat.). 

Une autre édition de ce tarot existe, avec 
des chiffres arabes. Elle est nécessairement 
antérieure à 1854 puisque Paul Boiteau 
d’Ambly (Les canes à Jouer eî (a carnmîGfj- 
ae, Paris, 1854) en illustre le n* XXI 
(p. 16), sans d’ailleurs en comprendre le 
sens. Deux exemplaires de cette édition — 
qui paraît bien être postérieure à la nôtre — 
se trouvent dans la Collection Cary de Yale 
(Keller, GER 611). Un autre est conservé 



au Département des Estampes (B.N., Est., 
Kh 34 b). 

Paris, B.N., Estampes, Kh mat. rés, 

BihL : BN 66, n“ 425 ; Leinfdden S4, n* 31. 

S6 

Tarot « Guillaume Tell » 

Industrie Comptoir (actif 1809-1838) 

Leipzig, Allemagne, première moitié du xix^ s. 
77 cartes (sur 78), ertseigncâ françaises 
gravure sur cuivre coloriée à la main et au 
pochoir. 

papier en plusieurs couches 
107 X 59 mm 

dos ; damier bleu et blanc 
marques : 

Leipzig int fnàusïrie-Compwir (Valet de 
Carreau) 

timbres gras du Royaume de Saxe « ÏMPOST >> 
sur As de Pique, As de Trèfle, et 7 de Pique 
éiui carton, vert avec ruban et vignette : Extra 
feine / TAROK-KARTE / ffiil / Theater- 
Trachten / vorzügiich am / WÜheim Teif / 
Leipzig / int / Industrie-Comptoir 

C'est au succès de la pièce de Friedrich 


102 






























I 







1 





86 


Schiller Guiflaume Ted (Wilheîm Te///, 
créée en 1804, que l*on doit ce beau larot 
de la fabrique Industrie Comptoir de Leip¬ 
zig. L’étuij heureusement conservé^ ne 
laisse aucun doute à ce sujet. Il est, hélas^ 
difficile d’^identifier les personnages repré¬ 
sentés sur les atouts qui, en-dehors de Guil¬ 
laume Tell luî-mênie (atout I) forment la 
masse des habitants ’ des cantons de 
Schwyz, Uri et Unterwalden qui peuplent 
ta pièce. Les têtes sont, semble-t-iL sans 
rapport avec Poeuvre de Schiller. 

Paris, Musée National des Arts et Traditions 
Populaires, 70.141.252 et 70.141.276. 

BtbL : Ô’Dünoghue, G. 128; Keller, GER 625. 


30J 


I 






































































































































Le jeu dans tous ses états 
le tarot aujourd’hui 


Il est temps de dresser un bilan de la pratique du jeu* 

Le minchiate florentin, à 97 caries, a disparu depuis le début de notre siècle* Si 
Ton a peu parlé du tarot bolonais c’est que, du xvi*^ siècle à nos jours, son icono¬ 
graphie et sa pratique n’ont guère varié* Les jeux modernes, toujours à 62 cartes, 
ne diffèrent en rien du modèle représenté au xviif siècle (cat. n° 26), si ce n’est 
réiimination des papi au profit de « maures » et de « satrapes ». 

On a vu que le tarot « pïémontais » assurait encore aujourd’hui la présence du 
jeu à 78 cartes tant en Lombardie qu’en Piémont* C’est là, d’ailleurs, le jeu le plus 
produit en Italie à l’heure actuelle* 

Quant au tarot sicilien, isolé, il survit en deux points de Tîle : dans l’un on 
continue d’utiliser un modèle caractéristique, dans l’autre on se contente de 
réduire un tarot « piémontais » en le privant de quelques petites cartes* 

A côté de Textrême atomisation de la pratique italienne, dont on ne peut dire 
qu’elle soit florissante, l’Autriche semble aujourd’hui avec la France une des ter¬ 
res d’élection du tarot* 

Ici, comme dans tous les pays de langue allemande, on a réduit le jeu à 54 car¬ 
tes en supprimant des cartes basses, c’est-à-dire 1 à 6 dans les couleurs noires* 5 à 
10 dans les couleurs rouges, car la vieille règle d’inversion des points n’a pas été 
abandonnée pour autant. 

En Allemagne, l’usage du Cego (le terme Tarock y désigne un jeu ordinaire de 
36 cartes...) a fortement régressé et il faut explorer la Forêt Noire et le Pays de 
Bade pour trouver des joueurs. 

Si la Belgique, dès le XIX^ siècle, et le Danemark, plus récemment, ont délaissé 
le jeu de tarot, la France, bien au contraire, assiste à une renaissance inattendue et 
réjouissante. L’abandon des vieux tarots « italiens » (cat* n^^ 112 à 116) et l’intro¬ 
duction du « Tarot Nouveau » venu d’Allemagne à la fin du siècle dernier (cat. 
n"" 125), n’y sont certainement pas étrangers. 



i. 





♦ 


H 




I 

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t*, •’!(' 

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I 



Italie 

Florence 


87 

Minchiaîe « Colomba » 

canler « Colûcnba » 

rtoretice, Ualic^ avant 1850 

74 cartes (sur 97), enseignes italiennes 

gravure sur bois coloriée au pochoir 

papier en plusieurs couchei> avec rabats à 

htalienne 

I00>:58 mm 

dos ; armes du Grand-Duché de Toscane, 
légende COLOMBA 
nomenclature IPCS : IPT-I 

Au xix« siècle, le minchiaie voit sa popu¬ 
larité décliner : il est vraisemblable que de 
larges régions acquises au jeu au xviip siè¬ 
cle (Rome, en particulier) l’abandonnent 
au XIX^ Florence continue de produire, ces 
cartes en fournissent l'exemple, La légende 
des dos {COLOMBA} est la seule mention 
de fabricant. Les armes du Grand Duché 
de Toscane ornent les dos et permettent de 
dater ce minchiaîe d’avant 1^50. 

Paris, B.N,, Estampes^ Kh rés, mat. 


Bologne 


8H 

Tarocchino bolonais 

R,M. (Alla Forluna) 

Bologne, Italie, milieu du XEX' s. 

58 cartes (sur 62), enseignes italiennes 

gravure sur bois coloriée au pochoir 

papier en plusieurs couches avec rabats à 

[italienne 

nOx52 mm 

dus : moEÎf floral doublé et initiales B.M., 
légende FOBTUNA auîj deux extrémités 
marques ; 

R.Af, / ALLA FORTUNA (6 de Deniers) 

B A fOCCHf U^^^QU£ / A SSO Di DANA Rf / 
CARTA RfSERVATA (as de Deniers) 

Æ.A/* (bouclier du Valet d'Epées) 
timbre gras Bolio Bohgfta sur As de Deniers et 
Fou 

nomenclature IPCS : 17-2 

Ce tarot bolonais du xtx' siècle témoigne 
de l’étonnante fixité du x portrait » de 
Bologne, On comparera en effet ces canes 
avec celles du xvn^ siècle que nous expo- 

107 


I 

































sons sous le n® 26. Les seuls changements 
notables sont la mise à double-figure ei la 
disparition des quatre « papi » (PapCt 
Papesse, Empereur, Impératrice) au profit 
des « Maures ». 

PariSi B.N., Estampes, Kh 167 rés. n'’ 331-333. 
Bîi?i : Kellerp ITA 14. 


89 

Tarocco boiognese 

A. Viassone 
Turin, ItaliCp 1953 

63 caries (complet), enseignes italiennes 

offset en couleurs 

papier en plusieurs couches 

i08 X 54 mm 

dos ; laroiage écossais noir sur fond blanc 
marques ; 

A. VfASSONE-TORfNO / Corso Re 
Umberto NJ02 / Casa Fondüia Nei l&BO avec 
timbre « Reppubüca ïîatiana /Lirecento » et 
date « Oît. /S53 » (as de Deniers) 

A, VIASSONE / TORîNO / Cûsa Eondaia 
nei IS30 (valet d^Epées) 
carte-litre ; 

Le niigiiori / Carte dû Giuoco / A. VfAS- 
SONE / TORINO /Soiiditù, Ditroîa / Mas- 
sima eeonomia / Casa fondata net / 1830 
nomenclature IPCS : IT-2 
étui carton, impression verte ; 

Cartedagiuoco / TAROCCO HQLOGNESE / 
Superpiastic / VIASSONE 
TAROCCO BOLOGNESE / da 6S earte — 
telme — lavabdi / NJ9 

Remarquable par sa fidélité au modèle 
ancien, ce jeu est, comme le n'^ précédent, à 
double-figure et avec des chiffres sur cer¬ 
tains des atouts. Les productions actuelles 
(Dal Negro, par eîtemple) ne different en 
rien. 

Paris, éûllcction T. Dcpaulis. 


Piémont et Lombardie 


90 

Tarot Beltramo 

Carolina Bcltramo 

Turin, Italie, vers IÊ7Û 

7g cartes (complet), enseignes italiennes 

gravure sur bois coloriée au pochoir 

papier en plusieurs couches 

112x65 mtn 

dos : fleurs stylisées disposées en quadrillage 



89 


90 


marques : 

FABBRICA DI CARTE / TAROCCHi D! / 
BELTRAMO / IN TORINO (2 de Coupes) 
BELTRAMO VIA S. /MAURIZION^ /4(as 
d'Épées) 

CAROLINA VEVO BELTRAMO / VIA S. 
MAURIZIO N^ 14 TORINO (as de Deniers) 
timbre gras : REGNO D^ITALIA LEGGE 21 
fS^tt./ iSlôlJ / CENT. 5Q (as de Deniers) 
uomendature IPCS : IT-L2 

Voici l'exemple d*un jeu italien dérivé du 
Tarot de Marseille, encore fabriqué en Pié¬ 
mont avec des légendes en français. On a 
vu que ce type venait directement des pro¬ 
ductions lyonnaises (cf cat. n® 39) et qu^il 
était fabriqué en Italie depuis te xvitp siè¬ 
cle (cf. cal. 51 et 52). 

Le timbre gras du Royaume d^ltalie 
montre Mercure assis tourné vers la gau¬ 
che. L'inscription fournit une date à peine 
lisible, maïs qu’on peut restituer sous la 
forme : Legge 21 sefi. 1862 (loi du 21 sep¬ 
tembre 1862). 

Paris, Estampes, Kh 383 n" 253. 

Bibi. O'DonOghuCp 1.19 et J.20. 


























I 



91 

Tarol Armsinino 

Fraiein Armaninio 
Gênes, Italie, ISST 

73 caries (complel)^ enseignes llâliennes 
gravure sur acier eoioriêe au pocboir 
papier en plusieurs couches 
IlOx64 mm 

dos : motifs géométriques entrelacés^ impression 
en brun 
marques : 

FABBHiCA D! CARTE DA dUOCQ. FRA- 
TELU ARM AN]NO — GENOVA (as de 
Deniers) 

Armanitio Genùva (figures) 
timbre imprime : Regrto dTiûiiâ. Cemesimi 
timbre gras de radminisiraiion : Gefiüva du 
11 août (ISIS? 

nomenclature IPCS ; IT-l.îl 

Dernier survivartt du tarot imaginé par 
Carlo Délia Rocca pour le cartier milanais 
Gumppenberg (cat. n® 54), cet exemplaire 
de la fabrique Armanino montre qu'on 
n’hésita pas à en faire une version à 
double-tête. Le timbre gras permet de dater 
précisément ce jeu de l'année 1887, 

Paris, B.N,, Estampes, Kh 383 259. 



92 

Tarocco PieTttoniese 

Fraidli Armanino 
Gênes, Isalie, 1908 

78 cartes (complet), enseignes italien nés 
lithographie en couleurs 
papier en plusieurs couches 
102 X63 min 

dos : larotage écossais vert et noir 
marques : 

STA BfL fMENTO FRA TELL fA fi MA NINO / 
GENOVA (As de Deniers) 
timbre REGNO i?77’.4LM / CENTESfMi SÔ 
(as de Deniers) 

timbre gras : GENOVA, 26 NOV Î90S 
nomcndaEurc IPCS : lT-i.2n 

Ultime avatar du Tarot de Marseille, k 
« Tarot Piémontais w représente la forme 
courante et unique du tarot à 78 cartes tel 
qu'il est toujours produit en Italie. La miije 
à double-figure de^ têtes et des atouts 
remonte à ta fin du xix'^ siècle. Grimaud, 
en France, a fabriqué un modèle semblable 
(voir cat. 113). 

Paris, collection Leiellier, n'^ 997, 


92 



109 


I 











































Sicile 


93 

Tarot ïkilien de Concetta Campione 

Concetla Campione 

CaianCj Italie* vers 1950 

64 cartes (complet), enseignes iialienncs 

offset en couleurs 

papier en. plusieurs couches 

80x51 mm 

dos t motif floral avec visage féminin 
marque : 

CONCETTA CA,\fPIONE CATANÎA (as de 
Deniers) 

enveloppe papier paraffiné avec mentions en 
rouge r CONCETTA CA;\fPrONE / VfA 
PLEBrSCITO 2S / CATANIA / TÎPO 
FINISSIMO SfClUANO 
rLomenclature IPCS ; IPT-2,1 

Juste après la Seconde Guerre Mondiale, 
un petit imprimeur du nom de Coucetta 
Campione eut l’idée de faire un tarot sici” 
lien pour suppléer à la carence complète de 
ce modèle dont le dernier fabricant, 
Murari* de Bari, avait disparu* S’inspirant 
d’un modèle déjà connu depuis le xix« siè¬ 
cle (cf. cat. n® 66), la fabrique put ainsi 
satisfaire les joueurs locaux. Vers l%5 
Concerta Campione abandonna cette fabri¬ 
cation et le modèle fut repris par un carrier 
important, Modiano, de Trieste (cf, 
n® suivant). 

Paris, collection T. Depautis. 

Biiil, : Dummeit* 371 ei 373. 

94 




94 

Tarot sicilien de Modiano 
Modiano 

Trieste, Italie, vers J970 

64 cartes (complet)* enseignf^s italiennes 

offset en couleurs 

papier en plusieurs couches 

79x 49 mm 

dos : motif floral avec inscription MODIANO 
marque : 

FabbricQ Cane Da Giitoco, S.p,A. Modiano 
— Trieste (as de Deniers) 
étui carton* MODIANO: TAROCCO SiCF 
UANO — N. 94 — DA 64 CARTE 
nomenclature IPCS ^ IPT-2.1 

C’est vers 1970 que la firme Modiano de 
Trieste* important cartier italien* entreprit 
He fabriquer un tarot sicilien sur le modèle 
de celui édité précédemment par Conceita 
Campione (voir n® précèdent). Elle en est* 
à ce Jour, le seul fabricant, 

Paris, collection T. Depaulîs. 

Bibt. : Kaplan, 55 ; Dummeil* 371 et 373. 



110 














Pays Germaniques 

95 

Tarol autrichien avec vues de Paris 

Max Uffenheimer 

Vjenne+ Autriche, 18-48 

54 caries {coimplel), enseignes françaises 

gravure sur cuivre coloriée au pctchoir 

papier en plusieurs cuuches 

104x55 itim 

dos : motifs étoilés 

marques : 

s\fax /n Wien / NiedeHogé sm 

Kohlmarki 259 fvalel dt Trèfle) 
timbre gras t 

\y / KAR TEN / 20 K / 1S4S (as de Cceur) 
MAX UFFENHEIMER WIEN mS (as de 
Cœur) 

Les tarots avec des vues de villes sont une 
spécialité des cartiers viennois et eurent un 
grand succès au siècle dernier. Celui-ci 
nous intéresse tout particulièrement car 20 
atouts montrent des monuments parisiens 
qui^ pour la plupart, étaient assez récents 
en 1846 ^ 

n® 2 : le Panthéon 

n* 3 : la colonne de Juillet, place de la 
Bastille (élevée entre 1831 et 1840) 
n® 4 : la Fontaine Louvois (Visconti, 
1844 ; toujours visible en sortant de 
ta Bibliothèque Nationale) 
n® 5 : la statue d'Henri IV au Pont-Neuf 
(réédifiée à la Restauration) 
n* 6 : TArc de Triomphe de l'Étoile 
(travaux terminés en 1836) 
n® 7 : colonnade de Perrault au Louvre 
n® S : La Madeleine (consacrée en 1842) 
n® 9 : Notre-Dame 

n® 10 : place de la Concorde, vue du Pont 
de la Concorde (PObélisque visible 
ici, fut érigé en 1833) 
n® 11 : le Palais des Tuileries (démoli en 
1871} 

n“ 12 : le Palais du Luxembourg 
n® 13 : le Dôme des Inv^alides 
n® 14 : Saint Germain-l'Auxerroîs (en 
cours de restauration entre 1833 et 
1855) 

n® 15 : la Bourse (Brongniart ; terminée en 
1826) 

n® 16 : le Jardin du Palais-Royal (alors 
très fréquenté) 

n® 17 : l’École Militaire et le Champs-de- 
Mars 

n* 18 : la colonne Vendôme avec la statue 
de Napoléon en colonel de la Garde 
(Gabriel Seurre, 1833; remplacée 
en 1863) 

n® 19 : Saint Sulpice 

n° 20 : la Fontaine Molière (rue de 
Richelieu ; élevée par Visconti) 



ni 


I 





































































































n'^ 21 : les Champs-Élysées vus du sommet 
de rArc-de-Triomphe 

Le Fou (Triboulei) et les tetes monircTit 
des personnages célèbres liés à Thistoire de 
France. 

Leinfelden-Echrerdingen, Deutsches 
SpielkarLcn-Museuin, A 325. 

Bibi. : BieSefeld 67, 159- ISO; Keller, AUS 

251 et 252; Ldnfeiden 84, n“ 48. 


96 

Tarot de la Révolution Allemaiitle 

Joseph Gtanz 

Viertne, Autriche, 1848 

20 cartes (sur 54), enseignes françaises 

gravure sur acier coloriée au pochoir 

papier en plusieurs couches 

100 X 5Û mm 

dos ; motifs étoilés rouges 
marques t 

Vorbehalt des Nûchdrucks / Auss^hUessendes 

Verlùèseigentum (atout I) 

1848 est Tannée de la Révolution libérale 
dans les pays de langue allemande. C'est à 
Vienne^ au mois de mars, qu'éclata la 
première insurrection qui devait faire fuir 
Metternich et mettre ie feu aux poudres. Ce 
tarot est le témoignage vivant des courants 
qui animaient les révolutionnaires. 

Les atouts sont tous imprégnés du 
libéralisme constitutionnel qui étatl alors la 
revendication principale : le n® 1 montre 
T Arlequin traditionnel relevant de son épée 
le bonnet de nuit qui étouffait la flarnme de 
la Liberté. La figure opposée symbolise 
Témancipation de la presse. Les atouts II, 
Hl, VII, XI, XIX et XX s^en prennent à la 
Réaction conservatrice. Le clergé, accusé 
de corruption et de duplicité est Tobjet de 
caricatures sévères sur les cartes XII (un 
Jésuite enfile une robe de fetnme}, XVij et 
XVIII. Les héros de T heure sont présentés 
sur les n^ H II (les étudiants), V (les 
travailleurs) et XVI (les citoyens en armes 
qui ont enfermé le dernier <c loulou 
[mouchard]). Même les traditions les plus 
ancrées ne sont pas épargnées : Tatout IX 
raille les chahuts musicaux (Katzemnusik} 
qu'On offrait aux personnes désagréables. 
L'atout X fait référence à la difficile 
question de E’unité allemande : les 
partisans de la Grande Allemagne 
affrontent ceux de la Petite Allemagne. Le 
n® XXI, qui représente la Mort égalisant 
« le mendiant et le roi » {Konig und 
Bettkr) est plus équivoque : certains l’ont 
pris pour une attaque contre la Révolution, 
d’autres l’interprètent comme une allégorie 
démocratique, ce que la mention Freiheii, 


Gieichheii, Brüderdçhkçu (« Liberté, 
Égalité, Fraternité ») semble confirmer. 

Le Musée Historique de Vienne conserve 
les dessins originaux de ces cartes dues au 
talent du caricaturiste Cajetan (Anton 
Elfinger). Celui-ci a su camper avec une 
ironie fine et un sens aigii du sarcasme la 
vie spontanée de ces journées d'espoir. 

Ce jeu fut interdit dès 1849. Il fut traqué 
par la police dans les auberges et Jusque 
chez les gens, pour être confisqué. Aussi 
ces cartes sont-elles devenues très rares et 
seuls ces 20 atouts (TExeuse et le n® Vlll 
manquent) ont été conservés ici. 

Leinfelden^Echierdingeri, Deutsches 
Spiclkarten-Museum, Ü 234. 

BibL ï Hargrave, 14Û et 142; BidcfeEd 67, 
n® 202-221 ; Piatnik, Hoffmann, 4S et 

n° 75b; Albcrtîna 74, n* 150 ci 150a; 
Ldnfeiden 84, n'' 35. 


97 

Ulmann (S.) 

— iUtiSfrirtei Wiener Tarokbttch * Leitfaéen zur 
iCrlerniing aller Arien des Tar&kspieîesM miî einer 
Sartimiung von .TJ Prohlçmeti nmi einem 
Anhange : Tarok^Codex^ die Spietgesesse 
enihaltend / von S. Ulmann. — Zwçitç, durch 
gesehene und vcrhcüscnc A ci Rage. 

— Vienne, Pest, Leipzig : A, HankbOTi's Ver- 
lag, 5.d. [1899|, 

— VlIl-182 p. ill. : 8^ 

Le tarot est une vieille tradition vieii- 
noise, comme on peut s'en rendre compte à 
la lecture de Tintroduction de Detlef Hoff¬ 
mann. N'esi-ce pas à Vienne, en même 
temps qiTà Nuremberg, que fut publié en 
1756, Die Kunsi, der Wek eriaubî miizw 
nehmen în den verschiedenen Arien der 
Spiek, un des plus anciens traités en langue 
aliemande,,. Depuis, le jeu n'est plus très 
pratiqué en Allemagne, mais garde toute sa 
vigueur en Autriche. 

Vienne à la fin du siècle était, on le sait, 
le décor d’un théâtre extraordinaire dont 
les acteur.5 avaient noms Arnold Schon- 
berg, François-Joseph, Sigmund Freud, 
Gustav Klimi, Arthur Schnitzler, Gusiav 
Meyrink, Karl Kraus ou Gustav Mahler. 
De ces acteurs, certains étaient des passion¬ 
nés du tarot, tel Freud qui iTaurait manqué 
pour rien au monde sa partie quotidienne ! 

Il est vrai que le tarot autrichien ne man¬ 
que pas de variétés : Bioek-Tarock, Tüpp- 
Tarock, Kônigsrufen, Neunzebnerrufen, à 
54 cartes, Paskîemlsch, venu de Hongrie, à 
42 cartes, et même les vieilles variantes à 78 
cartes nommées Gross-Tarock et 


Tarock-L'Hombre, telles sont les règles 
que Touvrage de S. Ulmann — dont c’esi 
ici la 2* édition — nous expose. Les coups 
sont illustrés de reproductions de ces cartes 
dites « Industrie und Gluck dont nous 
présentons quelques exemples dans les 
numéros qui suivent. 

Paris, collection T, Depauhs, 

BibL : Dummeti, 449-454, 466-469. 


98 

Tarot « Zafriedenheit und Glück » 

Cari Hoidhaus 

Vienne, Autriche, 1837 

39 canes (sur 54?), enseignes françaises 

gravure sur cuivre coloriée au pochoir 

papier en plusieurs couches 

103 X 56 mm 

dos ; motifs, circulaires 

signatures ; 

Fûbridrf bey / CA RL / HOLDHAUS / au/ 

den Craben n®//22 irn Si Stock / in Wien 

(sur le Valet de Trèfle et le Valet de Carreau) 

Le tarot de Cari Hoidhaus fait partie 
d’une famille de jeux autrichiens dont la 
caractéristique principale esi de présenter 
sur Tune des deux vignettes de Tatout n® 11 
(ici absent, malheureusement) un aigle 
impérial posté sur une pierre plate où Ton 
lit la devise « îrtdusirie und Ghick », Par¬ 
fois la devise manque, ou bien elle est rem¬ 
placée par une légende en hongrois f« Szer- 
enese Fef! »J, ou encore par une variante 
du type w Zufnedenheit und Gfück », 
comme c’est le cas ici. 

Mais ce n’esi pas là la seule originalité de 
ces jeux. Outre une série d'atouts dont les 
vignettes dépeignent des scènes campagnar¬ 
des de différents peuples, principalement 
ceux de l'Empire Austro-hongrois, le Fou, 
avec son costume à carreaux et le curieux 
chapeau sur lequel danse un modèle réduit 
du personnage, Tatout n® 1, où l'on trouve 
Arlequin dansant et jouant d'un instru¬ 
ment ainsi que Colombine avec son tam¬ 
bourin, les tètes enfin forment une image¬ 
rie à peu près permanente. 

On a vu, justement, que celle-ci était 
déjà présente dans un jeu à sujets chinois 
du Cartier parisien Lefer dont tout laisse à 
penser qu’il a eu un modèle germanique 
(cat. n® 81). A Texception des dames, dont 
Tallure est ici nettement romantique, et, 
bien sûr, des atouts II à XXI, on retrouve 
tous les traits du jeu de Lefer dans notre 
jeu autrichien. 



Le tarol de Cari Holdhaus n’eâî pas isolé 
puisque deux jeux de Johann Georg Stei- 
ger^ le premier de IS2S (Berlin S2, n® 36)+ 
le second un peu plus tardif (Albertina 74, 
n® 149) partagent avec lui Lessentiel des 
atouts. C’est néanmoins un troisième jeu 
de Steiger paru vers J 845+ avec des têtes 
non-conventionneUes+ qui fournit la base 
des versions modernes des tarots Indus¬ 
trie und Gluck » : les atouts représentent 
des personnages des différents peuples de 
l’Empire avec une légende qui les désigne 
(II : <i Boehmen XIV : u \faehrer 
XIX I « Waiüdiefî », etc,) (coll. Sylvia 
Mann, Rye). On retrouve ces vignettes, 
sans leurs légendes, dans les jeux plus 
récents. 

On peut alors tenter la chronologie 
suivante : 

—^ A la fin du xviin siècle la mode des 
chinoiseries amène la création en Allema¬ 
gne, d*un tarot à sujets « chinois » et à 
têtes dérivées du portrait de Paris, 

— Vers 1800 apparaît une version à 
double-figure que copie Lefer+ à Paris+ 
quelques années plus tard (voir cat, n® 81). 

— Vers 1820, le tarot à sujets chinois 
évolue en Autriche : les dames perdent 
leurs atours xviii^ siècle, l’atout n* lï 
' s’orne d'un aigle impérial (Berlin 82+ 

; n“ 33+ pour un exemplaire fait à Linz), 

, — Ce n’est qu*en 1828 qu’on trouve le 

premier tarot affichant la devise « Indus- 
îrie und Gîück » (J.G, Steiger à Vienne — 
, cL Berlin 82, 36). Le jeu de Hoidhaus, 

que nous exposons ici, lui est presque iden¬ 
tique, Les a chinoiseries » ont laissé la 
place à des « turqueries » (atouts III, IX, 
XVI et XIX) — ce qui n’est jamais qu'un 
autre exotisme — et à des scènes typiques 
des peuples de l'Empire Austro-hongrois. 

— En 1845+ Steiger édite un autre jeu 
exclusivement composé de scènes ausiro- 
hongrotses où puiseront les autres cartiers, 

— A partir de 1865 le modèle s'esl fixé et 
perdure, avec de menues variantes, jusqu’à 
nos jours (voir cat, n*^ 99 à 102), 

Leinfeldcn-Echtcrdîngen, Deuisches 
Sptcll{ancn-MuseiirtL+ A 361. 

Bibi\ : Sylvia Mann, « Industrie und Glück : A 
brief study of a certain style of tarot cards », in 
Die Spieîkariet 1967+ n" 2 ; Biclcfeld 67, n® 321 ^ 
Lçïnfelden 84, n* 82. 


99 

Tarot Industrie und Gtück » hongrois 

EIsd Magyar Kàrtya Gylr Részveny 
Budapest, Hongrie, vers 1880 
34 cartes (sur 54), enseignes françaises 
lithographie ou gravure sur acier coloriée au 
pochoir 



I 






































































































10 ] 



papier en plusieurs couches 
109x62 mm 

dos : petits motifs noirs sur fond bleuté 
marques : 

Eiso Mifgyar Kârîya Gyâr Részveny / Tdr~ 
$uiat / Budapest // Erzeugniss der Ersten 
Ungarisefien / Spieikartef\fabnk * / Actienge- 
sellschaft / FEST ^boüclicrs du valet de 
Tréne) 

timbre gras de l'Empire Austro-Hongrois sur 
l'As de Cœur 

nomenclature IPCS : FT-2.1 

Directement dérivé des créations des car- 
tiers viennois du milieu du xix^ siècle, cet 
exemplaire, de fabrication hongroise, 
représente la première forme, que les col¬ 
lectionneurs ont baptisé « type A d'un 
modèle qui en compte trois. Seules les 
vignettes des atouts permettent de distin¬ 
guer ces variantes» les têtes et le Fou restant 
invariablement les mêmes. Largement ins¬ 
piré des images d'un jeu de Steiger (Vienne, 
1845), ce modèle apparut vers 1865. Tous 
ces tarots ont 54 cartes et il s^en produisit 
dans tout l'Empire austro-hongrois jusqu’à 
la Première Guerre Mondiale. 

Paris, B,N,, Estampes, Kh 383 n* 273. 

BibL : BN 66, n" 427. 


100 

Tarot « Industrie und Giück » FÈalnik 

F. Piâtnik & Sohne 
Vienne, Auirichç, entre 1882 et 1891 
54 cartes (complet), enseignes françaises 
gravure sur acier coloriée au pochoir 
papier en plusieurs couches 
112 X 60 mm 

dos ; opus Incertum noir et rouge 
marques : 

Ferd. Plûinik Æ Sohne / IVIEM (As de Cosur) 
Nieder/age / STADT / Pùterspiûtz n° 6 // 
Ferd. Piatmk & Sohne / WIEN 56 / Kai‘ 
sersirasse Ecke d* Kandly (boucliers du valet 
de Trèfle) 

timbre gras : K K Kartenstempei sur As de 
Cœur 

nomenclature IPCS : FT-2.2 

La firme Piatnîk, fondée en 1824 et tou¬ 
jours en activité, produisit à Vienne, ou à 
Budapest, quantité de ces tarots « Indus¬ 
trie und Gluck ». L'exemplaire présenté ici 
fait partie de ce que les spécialistes appel¬ 
lent le type B (ou FT-2.2). Parfois nommé 
Kaffeehaus par son fabricant, ce modèle 
apparut vers 1870. Si Ton retrouve certai¬ 
nes des vignettes du type précédent, aucune 
référence n’est faite au prototype de Stei¬ 
ger. Peut-être ertcore produit en Hongrie, il 
n'est plus fabriqué en Autriche depuis 
quelques années. 

Les mentions de marque permettetU de 


114 
































103 


dater ce jeu. assez précisément i en effets 
Fiat ni k prît le nom Ferct. Pismik Æ Sôfurje 
en 1882, A partir de 1891, la fabrique 
s’installa à son adresse actuelle, 
Hütteldorferstrasse. 

Paris, collection Atgcr. 

101 

Tarot « Industrie und Giück chromo- 

tithographié 

F. Piainik 

Vienne, Autriche, vers 1900 

40 canes (sur S4), enseignes françaises 

cliromoli thographie 

papier en plusieurs couches 

lOS x60 mm 

dos : entrelacs rouges 

marque:^ i 

Eigefiîum der Hérausgeùer / Nûchahnurtg ver* 
boten (Valet de Carreau) 
timbre gras î KK Kùnenstempei/48 sur As de 
Coeur 

L’Empire austro-hongroîs imposait très 
lourdement les chromolithographies. Aussi 
cette technique fut-elle peu employée par 
les cartiers et plutôt réservée à des produc¬ 
tions de luxe. Ce carot de belle facture 
représente une variante du modèle « Indus¬ 
trie und Glîick » (voir atout n* II), mais 
sensiblement différente des types A, B et C 
repérés par les collectionneurs. Les têtes 
sont de pure fantaisie, Les dos sont carac¬ 
téristiques de l’esthétique « Jugendstil ^ de 
repoque. 

L’atout XXI est particulièrement amu¬ 
sant ‘ il montre trois joueurs de tarot qui 
ne sont autres que,>. les trois « bouts » 
autrichiens, le Pagai (« petit ») à gauchct 
exhibant ses cartes, le Fou et son curieux 
chapeau au centre, le XXI (en allemand, 
Der Mond, « la lune ») à droite. 

Paris, collection Alger. 

BibL : Kaplan, 315; Leinfeldcn 84, n“ 94. 

102 

Tarol « Industrie und Glück » moderne 
Piatnik 

Vienne, Autriche, vers 1975 

54 cartes (complet), enseignes françaises 

offset en couleurs 

papier en plusieurs couches 

113x62 m m 

dos : paysage de forêt av« daim 
marques ; 

cheval ci jockey / SCHUTZMA RKE /PERD. 
PIATMK & SÔHNE, WfEJSf / 75.050 (as de 
Cœur) 

FERD. PIA TNIK Æ SÔHNE / Wt£N / XIV. 
Hütteidorfersirûsse 229-2SI (bouclier du Valet 
de Trèfle) 

Ferd. Piafnik d SoHne^ // IV/^a (boucliers du 
Valet de Carreau) 


102 



J. Neufnayer // ÎVien 1890 (rênes du Cavalier 
de Trèfle) 

étui carton Tarock / Nr. I05e 
nomenclature IPCS : FT*2J 

Ce modèle de tarot courant est désor¬ 
mais le seul encore proposé aux joueurs 
autrichiens par la firme Piatnik. 11 repré¬ 
sente une troisième variante de la série des 
atouts avec des emprunts à différentes pro¬ 
ductions du siècle passé. Une minuseuk 
inscription sur les rênes du cavalier de Trè¬ 
fle permet d'en attribuer la paternité au 
dessinateur J. Neumayer et dkn dater 
l’élaboration de 1890. 

Paris, collection T. Dcpgulis. 

103 

Tarot de Francfort 

Francfori, Allemagne, première moitié du 
XIX' s. 

78 caries (complet), enseignes françaises 
gravure sur acier coloriée au pochoir 
papier en plusieurs couches 
106x59 mm 

dos ; lignes en gros poiitcillés roses 

C’est à Francfort-sur-le-Main qu’a dû 
être gravé ce jeu de tarot. En effet, on 



trouve sur l’aiout n“ 3 une vignette qui 
représente Ariane à ia panthère^ statue due 
au sculpteur néo-classique J.H, Dannecker 
qui Texécuta en 1314 pour le compte du 
banquier francfortois Simon Morilz von 
Bethmann. L’œuvre eut un grand succès et 
Fut souvent copié : elle devint une des célé¬ 
brités de la ville de Francfort. 

Pourtant le reste des vignettes nkvoque 
pas vraiment la cité allemande. Il est frap¬ 
pant de constater que les symboles qui 
ornent les 4 coins de chaque atout, de part 
et d*autre du numéro, n’ont pas toujours 
un rapport évident avec le contenu des 
illustrations. Si l’atout 2 peut représenter 
ractivité humaine, avec l’étude et... la beu¬ 
verie (symbole : ruche) et le n° 5 la chasse 
(symbole : fusils), on comprend déjà moins 
la relation entre une calèche et une ancre 
marine (atout 4) ou une chouette et ce quî 
paraît être^ dans les deux vignettes, des 
musiciens (atout 14), 

Certes, l’armée s’identifie au n'^ 10^ les 
récoltes agricoles au n*’ 6, Tamour, symbo¬ 
lisé comme il se doit par deux tourtereaux, 
au n'' 12. Sur ce dernier on trouve Faust et 
Marguerite, dans une représentation 
empruntée aux illustrations du Premier 
Faust dues à Peter Cornélius (1816), 


115 





















Mais le paon du n* H, le perroquet du 
n'^ 9 ou les roses du n® 19 s’expliquent 
moins. La chasse est illustrée par 
Latout 21, FOrient par Fatout 20 Onais 
pourquoi une lyre comme symbole?), le 
pouvoir par Fatout 18 (Napoléon...) et le 
jeu par Fatout 16. Quant au n® 17, malgré 
ses couronnes de feuilles de chêne, il évo¬ 
que irrésistiblement les voyages, et même 
les voyages modernes puisqu’on y voit un 
train et un bateau à aube dont le nom, fiè¬ 
rement exhibée est « Der Tùroc »! 

Ce jeu semble avoir été fait dans la pre¬ 
mière moitié du xix' siècle, nécessairement 
après 1816. 

Paris^ B.N.^ Estampes, Kh mat. rés. 


104 

«Tarot allemand au porlrait de 
Francfort » 

Francfort (?), Allemagne, ctiilîeu du XJX"^ s. 

7S cartes (complet), enseignes françaises 
gravure sur acier coloriée au pochoir avec 
rehauts à la main 
papier en plusieurs couches 

105 X 60 min 

dos ; tarot âge écossais btcu et brun 

On connaît de ce tarot anonyme de nom¬ 
breux exemplaires dont certains sont colo¬ 
riés comme celui que nous exposons ici. 
Son titre est Foeuvre de Georges Marteau 
(tl916) qui Feut en sa possession. 

On retrouve, sur les atouts, le même type 
de composition que dans le jeu précédent 
(cat. n“ 103) avec ses vignettes à scènes 
variées et ses symboles parfois bien dérou¬ 
tants, Certaines illustrations ont même été 
conservées, comme celles des atouts n* 6 
(Napoléon), 10 (les Orientaux), 11 (le tir au 
fusil) et 12 (avec le bateau « Der Taroc »J. 
L'atout n® 9 a manifestement emprunté ses 
vignettes aux 16 (les joueurs de quilles) 
et 19 (les joueurs de balle) du jeu précé¬ 
dent, Toutefois, on sent un effort de cohé¬ 
rence certain dans les atouts 2 (Famour à... 
deux, symbolisé par une poignée de mains), 
4 (éléphant à 4 pattes et 4 joueurs de cartes) 
et 12 avec une horloge indiquant,,. 12 heu¬ 
res, Des scènes bibliques sont venues s*y 
rajouter : David dansant devant Saül 
(n® 7) ou achevant Goliath (n® 8), la mort 
d'Absalon (n® 13), ou encore Daniel dans 
la fo.sse aux lions (n® 15). Les illustrations 
de Faust ne manquent pas non plus : Faust 
lisant dans son cabinet (atout 1) ou accom¬ 
pagnant Méphisto lors de la Nuit de Wal- 
purgis (atout 5). 


Mais on trouve aussi des scènes plus quo¬ 
tidiennes : un couple dansant (n® 2), des 
paysans (n° 3), des joueurs 4 et 9), des 
chasseurs (n® 11), etc. On voit là se profiler 
les scènes de genre « bourgeoises » propres 
au « Tarot Nouveau » pratiqué en France, 
L'Excuse elle-même montre le même 
joueur de mandoline. Quant aux têtes, elles 
se rattachent clairement à ce que Fon 
appelle parfois le « portrait de Francfort » 
(type XP8 ou 1.32, exemples dans Berlin 
82, n® 129 à 131) et elles sont très proches 
du Aâler-Cego ou tarot animalier de la 
Forêt Noire (cf. cat. n* 111). 

Francfort, voilà peut-être le berceau du 
modèle que Wiist mit au point dans cette 
même ville vers 1860 (cat. n* 122) et que 
Grimaud copia quelques années plus tard 
pour satisfaire les joueurs français et la 
Régie (cat. n* 125). C*esl le tarot de jeu 
français actuel. 

Paris, B.N., Estampes, Kh 16? rés. n* 431-437, 

Bibi. : Arts Déco 81, 8-9; Bielefcid 67, 

241-262; Lcinfelden 84. n® 69. 



105 

Taroi à scènes de genre 

Jûhânn Conrad Jegel 

graveur : Pommer 

Nuremberg, AHemagiie, 1852 

24 cartes (sur 54?) en deux feuilles, enseignes 

françaises 

gravure sur acier, non coloriée 
papier 

480x 315 min (feuille), 108 X 62 (caries) 
signatures ; Nbg./Pommer/1S52 (atout 13), 
Nürftberg/à. 14, Mërz/Soniag/*52 {^xo^xi J 4) 

Les deux planches ici présentées illus¬ 
trent encore mieux Févolution des tarots à 
scènes de genre vers le modèle que Wüst, de 
Francfort, mettra au point quelques décen-^ 
nies plus tard et qui fournira Forigine du 
« Tarot Nouveau i> français. 

Le graveur Pommer a usé de thèmes 
communs aux deux jeux précédents (cat, 
103 et 104) : les cerfs de Fatout 7 se 
retrouvent dans le n® 5 du Tarot « de 
Fraiïcfon » (cat. n® ÎÛ3) et dans le n® 2 du 
suivant (cat. n® 104), De même, le thème 
de la chasse de Fatout 12 (cf. n* 11 du cat. 


105 














ïi® 104 et n* 21 du cat, n® 103)* ou encore 
rîmagerle napoléonienne (atout n"" 19, ici 
traité différemment des n* 18 du cat. 
n® 103 et 6 du cat. n“ 104) : le chemin de 
fer, décidément à la mode se trouve ici 
illustré sur l’atout n“ 15. L’atout H évo- 
que Marguerite et Faust, tandis que le 
n° 13 reste fidèle au thème de la mort, 
vieille réminiscence des tarots italiens où la 
Mort portait le n* XIII. 

C’est là un représentant caractéristique 
de la mentalité de la bourgeoisie triom¬ 
phante du XIX' siècle, qui exprime dans ces 
vignettes ses conceptions esthétiques et 
morales. 

Leinfelden-Echierdîngen, Dcutschds 
Spielkarten-Mtiseuni, A I H a/b. 

Bit>L : WÈlIshire, G. 119; Bielefeld 67, 308; 

Kellefp GER sheet 253; Berlin 82, n* 4t ; Lein- 
fdden 84, n* 68. 


106 

Tarcii Dondorf 
B, Dondorf 

Francfort, Atlemagnç, après 1906 
78 cartes (complet), enseignes françaises 
chromolithographie 

papier en plusieurs couches, coins dorés 
107 X 59 mm 

dos r fleurs dans un encadrement 
marques : 

S. DONDORF . B (atouis et figures) 

B. DONDORF / FRANCFORT (a$ï 
limbre gras ; Deuisches Reich / n ° 15 / Fiinfzig 
Pf. (as de Cccur) 

étui carton : 245 TAROK à 73 Biaft / B. 

DONDORF / FRANKFURT Am 
emblênie de la marque (dragon), frappée du 
monogramme B. D. 

Ce tarot est le seul que la célèbre firme 
allemande B, Dondorf ait jamais produit. 
Une première édition en lithographie colo¬ 
riée au pochoir, avec coins carrés, vit le 
jour vers 1870. A partir de 1906, une 
deuxième édition, en chromolithographie, 
dont nous exposons ici un exemplaire* lui 
succéda, avec aussi une version à 54 cartes 
frt C&go »}. Ce modèle semble a voit été dif¬ 
fusé jusque dans les années 30 de notre 
siècle. 

Une des particularités de ce très beau jeu 
est d^avoir toutes ses inscriptions en fran¬ 
çais. Le Fou y est intitulé « Excuse » et le 
1 d’atout voit s’opposer deux scènes* 
rt Pügat attaquant » et « Pagaf vain¬ 
queur ». 

On noiera que chaque couleur corres¬ 
pond à un pays particulier (Trèfles : Alle¬ 
magne, Cœurs ; France, Piques : Russie, 
Carreaux : Angleterre) et que les atouts se 



106 

suivent quatre par quatre à partir des n° 2 
(Allemagne)* 3 (Russie), 4 (Angleterre), 5 
(France), etc. L'atout 21, qui représente 
une scène française, n’oublie pas de faire 
figurer la traditionnelle lune, au moins 
sous la forme d’un croissant. 

Paris, collecilûn T. Depaulis. 

Bibh : O’Donoghiie, G. US; Bielefdd 67, 
n° 132; Kaplan, 312; Keller, GER 6J6 « 617; 
Fûurnier 32* 184 (n^ 142); Deilef Hôff- 

mann/Margoi Dieirich, Die Dorîdorf’schert 
Luxus-Spielkartenf DorirriLind* 1981, p .70-73; 
X.einfelden 84, n'’ 80. 


107 

Tarot des images munichoises 

Munich {?)* Allemagne* dernier tiers du XIX' S. 
78 cartes (complet), enseignes françaises 
gravure sur bois de bout coEonée au pochoir 
(atouts non coloriés) 
papier en plusieurs couches 
I08x57 mm 

dqs ; astérisques sur fond bleu uni 

Les atouts de ce curieux tarot allemand 
de la fin du xix« siècle puisent leur inspira¬ 


tion dans des feuilles d’images populaires, 
éditées à Munich de 1849 à 1868, les Miin- 
chener Biiderffogen ; celles-ci, qui parais¬ 
saient chaque semaine* mettaient en scène, 
sur un mode satirique* des contes moralisa¬ 
teurs, généralement présentés sous la forme 
d’une Succession de vignettes, dans un style 
très proche de celui de Wilhelm Busch et 
caractérisé par T usage d’à-plats noirs. 
C’est ce même style que Ton retrouve dans 
les 21 atouts de notre jeu. Les têtes* colo¬ 
riées, sont inhabituelles. 

Paris, Musée National des Arts et Traditions 
Populaires. 70.141,205. 

Bibl. : Hargrave* 264-265. 


108 

Tarot des vues de Copentiague 
L.P. Holmblad 

Copenhague, Danemark* vers 1860 

46 cartes (sur 78), enseignes françaises 

gravure sur acier coloriée 

papier en plusieurs couches 

114X59 mm 

dos : motifs floraux 

Fondée en 1820 ta fabrique de Holmblad 
a dominé l’industrie cartière du Danemark 
jusqu’en 1929. Très productive* elle a édité 
de nombreux jeux à enseignes françaises 
ainsi que des cartes de Gnav et des tarots. 

Le jeu que nous présentons fut vraisem¬ 
blablement créé vers 1850. D'un dessin ori¬ 
ginal, ses atouts sont illustrés de vues de 
Copenhague et de ses environs que K. 
Frank Jensen a bien voulu identifier pour 
ce catalogue. 

L'exemplaire exposé — dont les têtes 
manquent — constitue une seconde édi¬ 
tion* datée des années 1860 à en juger par 
l’état des bâtiments représentés. En effet, 
Copenhague a subi de nombreuses trans¬ 
formations architecturales dans la 
deuxième moitié du xtx^ siècle et Holmblad 
n'a pas hésité à modifier l’aspect de ses 
illustrations. On admirera ia gravure d’une 
sobriété étonnamment moderne ainsi que 
la couleur jaune ivoire passée comme un 
lavis qui anime les paysages de nuances 
délicates. 

atouts bâtiments représentés 

II Maison Holmblad, Regnegade 
ni Église Saint Ansgar (Set, Ansgar 
Kirke) 

ini Université de Copenhague (état 
avant 1870) 

V Usine Holmblad à Glue (avant 
1870) 


117 


VI Cathédrale de Roskilde (Roskilde 
domkirke) 

VU ancienne Douane 
VIII Chrisliansborg 
ÎX Château de Frederiksberg 
X Château de Frederiksborg a 
Hillerpd 

XI bains publics « Rysensteen » 

XII intérieur du Musée Thûrvaldsen 
XIII Usine Holmblad à Glue (autre 
vue) 

XIIII Théâtre Royal 
XV Musée Thorvaldsen 
XVI Amalienborg 
XVJI Bourse 

XVIII Château de Rosenborg 
XIX Église Notre-Dame (Frue Kirke) 
XX Église Saint-Nicolas (Nikoiaj 
Kirke) 

XXI Tour Ronde (Rundetârn) 

Paris, B.N., Estampes, Kh mai. 

BibL : Biclefeld 67, n* ^06; PC, VlIJ, nM, 
p. 119: K, Frank Jensen,. Pf&ying Cards m Den- 
mark, Roskilde, 1984, 4.1J'4.ï7: Leinfelderi S4, 
n° 49. 


1Q7 



II 



H P ■ I 


llll 




118 
























































109 

TaruI « JugcndstiJ de Qilha Mo^er 

Joseph Glanz ci Albert Berger 

Vienne, Auiriché, 1906 

54 cartti (coniplet), enseignes françaiBes 

chromûlii hctgrËiphie 

papier en plusieurs couches 

U&?< 56 mm 

dos ; fit! quadrillage gris 
marque : 

DRVCK :/BERG£R/WŒN Vil! (as de 
Carreau) 

éiui : carton, étiquette collée avec mention t 
Dit ha Afojser/entwor/en/Aib. Berger/ und J. 
Glanz/ Wiea/ QUSg^ürhiJ VervieffàUiguïïg/ 
Vürbehaiien, 

Ditha Moser (IS83-1969) était la femme 
de Kolo Moseti, un des fondateurs du mou¬ 
vement * Wiener Werksiâtte » t’Atelier 
Viennois w), promoteur du Jugéndsîiï dans 
les arts graphiques. C^est* semble-t-il, pour 
une vente de charité qu'elle conçut ce très 
beau jeu où se mêlent toutes sortes de rémi¬ 
niscences familiales et folkloriques* De 100 
à 300 exemplaires ont été édités en 1906 par 


le Cartier viennois Joseph Glanz^ Timpres- 
sîon lithographique ayant été assurée par 
Albert Berger. 

Le modèle est celui des tarots autrichiens 
courants à 54 cartes : on retrouve Arlequin 
et Colombine sur l'atout I et la Lune sur le 
XXL Ici, les Carreaux représentent 
l'Égypte antique, les Piques Byzance, les 
Trèfles le temps des Croisades et les Coeurs 
la mode Louis XV, Le traitement graphi¬ 
que des points, des figures et des atouts est 
caractéristique des tendances du Jtigendsni 
ou « Art Nouveau » germanique. Les 
atouts, notamment, sont inspirés des jouets 
populaires en bois peint de Bohème. 

Lfne réédition en fac-similé, avec livret 
d'accompagnement, a été publiée par 
F. Piatnik, à Vienne, en 1972, puis rééditée 
en 1982. 

Leinfelden-Echierdingea, Deuisches 
Spie]kartcn-\fiJâeun;3, A 284, 

Bîbi. : Hargrave, I41'N3; Alberllna 74, 
n* 161 ; KapCart, 317; Berlin 82, n* 48; Leinfel- 
den 84, n'' 100. 


uo 

Cego de la Forêt Noire 

F.X. Schmitl, pour ASS, Lcinfeldcn 

Munich, AlLemâgne, vçrs 1975 

54 cartes (complet), euscigues françaises 

offset en couleurs 

papier en plusieurs couches 

Il I X 62 mm 

dos : tarotage écossais noir sur fond blanc 
marque : 

F.X, SCÜAftD / Vereinigte münch^tter Spiet- 

kartenfabriken / K, G, (as de Cçeur) 
nomenclature EPCS ; FT-3 (var.) 
étui carton chocolat avec mentions : 

CEGO fSfS/B 

CEGO / Die echten Abenburg-Stralsuiider / 

54 Bîan / ASS 

C'est sous le seul terme de Cego (ou 
Zego) que les allemands connaissent 
aujourd'hui le tarot, et encore celui-ci se 
limite-t-il au pays de Bade. Deux modèles 
sont proposés aux joueurs, celui-ci et un 
tarot animalier dénommé Adkr-Cegù (voir 
le suivant). 

L’iconographie de ce moderne Cego 
l'apparente clairement à notre Tarot 
Nouveau y> et à ses scènes de genre : nul 
doute que l'origine est commune. On 
retrouve d'ailleurs ici les mêmes têtes : à 
quelques nuances de coloris et d'attitudes 
prés, les rois, les dames et les cavaliers sont 
identiques, quoiqu'offrant dans le Cego un 
dessin nettement plus exalté et des poses 
quasi-expressionnistes. Les valets présen¬ 
tent moins de ressemblances, mais ce sont 
les atouts qui diffèrent le plus. En effet, les 
scènes de genre sont ici animées principale¬ 
ment par des enfants placés dans des décors 
pastoraux évoquant un Moyen Age idyli- 
que. Ces petits personnages poupins, ces 
teintes passées, ces images de rondes enfan¬ 
tines et de bonheur campagnard, tout cela 
est directement emprunté aux dessins de 
Ludwig Adrian Richter (1803-1884)^ illus¬ 
trateur fécond des légendes germaniques 
médiévales et des contes de fées pour 
enfants, L'Excuse avec son allure sardoni¬ 
que, apporte une note de sarcasme, 

Paris, collection T. Depauhs. 

Bibt^ * Keller, GER 630; Dummeti, 4S9; Four- 
nier 32, 315 (il* 312); Lelnfelden 84, n* 79. 


111 

Adler-Cego 

ASS 

Leinfelden, AHemaËnç, 1975 

54 cartes (complet), enseignes françaîse-s 

offset en couleurs 

papier en plusieurs couches 

109 X 63 mm 


119 





























































































































dos : larotagc écossais brun et violet 
marques ; 

monogramme ASS (sur 2 de Coupes) 
Hergesteik <ivrçh/ Vet^ittigie/A iteftburier 
un à Stra isunder/Spiefkurie /i-Fa briken 
A.G,/L€in/eîden b. Sîuttgurf (2 de Carreau) 
êiui carton blanc» impression verte « Feine 
Adier-Cego nr. 99 » 

Malgré son nom d’Adler-Cego (« tarot à 
Taîglc »), îl n"y a aucun aigle parmi les 
atouts de ce jeu allemand, ultime descen¬ 
dant de la lignée des tarots animaliers et 
seul modèle à être encore fabriqué en Alle¬ 
magne avec son compagnonp le Cego (voir 
cat. nMlO)» 

L’aspect monstrueux du « lion » et du 
dauphin de Tatout n“ 2 n’empêche pas les 
autres cartes de représenter des animaux 
normaux, en deux attitudes différentes* 
Cette série semble prendre sa source dans 
un modèle du début du xix* siècle dont on 
peut voir un exemple dans Kaplan, p* 304* 



llû 


120 


A ce même modèle se rattache une variante 
très abâtardie où la seconde vignette pré¬ 
sente une forme monstrueuse de l’animal. 
Les figures sont de facture assez différente 
quoique de même inspiration (voir cat. 
n'^ 78). 

Les têtes du Adter-Cego sont très pro¬ 
ches de celles du tarot « au portrait de 
Francfort » (cat. n* 1Û4) ; et on comparera 
entre eux les rois de Carreau et les valets de 
Carreau, ainsi que le cavalier de Cœur avec 
celui de Carreau du jeu francfortoîs, ou 
encore le cavalier de Pique et celui de Trè¬ 
fle, le cavalier de Trèfle et celui de Pique, le 
roi de Trèfle avec le roi de Pique. On 
retrouve ces mêmes cavaliers aussi dans le 
portrait — à enseignes allemandes — du 
Wurtemberg fOber}. 

Paris, collection T. Dcpatilis. 

; Kaplan, 326; Dumiiiet, 489 ; Fournier S2, 
206 (n" 442): Keller, GER 633; Leinfdden H 
n" 21* 



France 

Tarots 

à enseignes italiennes 

112 

Tarot « Italien » <le Lequarl 
Lequart 

Paris, vers 1890 

78 cartes (complet), enseignes italiennes 

lithographie en couleurs 

papier en plusieurs couches, coins dorés 

120x63 mm 

dos : marbré brun 

marques : 

1748 — AFNOULT— 1748 (2 dc Deniers) 
LEQUART, PARIS (figures et atouts) 
nomenclature IPCS î 1T-I,4 

Paris, B.N*. Estampes, Kh 383 ti° 264* 

BibL : BN 66, nMl2; AdT, n° H, p* 16-22. 



IM 


113 

Tarot « Italien » de Grimaud 

B,P* Grimaud 
Paris, 1891 

78 cartes (complet), enseignes italiennes 

lithographie en couleurs 

papier en plusieurs couches 

119x62 mm 

dos : brun foncé uni 

marques : 

n43 — ARNOULT— î748 (2 de Ckniers) 
8.P. GRIMAUD * PARIS (figures et atouts) 
nomenclature IPCS : IT-IA 

Paris, B.N., Estampes* Kh 383 n° 265* 

BibL : BN 66, n^ 414; AdT, n* 11, p* 16-22; 
Fournier 82, 150 (n* 301). 


114 

« Ancien Tarot de Marseille » 

B.P. Grimaud 
Paris, 1930 

78 cartes (complet), enseignes italiennes 
offset en couleurs 

papier en plusieurs couches, doré sur tranche 
LI9x62 mm 

dos : motifs hélicoïdaux bleus 
marques : 

1748 — B.P GRIMAUD — 1930 {1 de 
Deniers) 

a P* GRIMAUD * PARIS (figures et atouts) 
timbre gras : « Républlquê Française / Décrei 
du 12 avril 1890 » (As de Deniers) 
nomenclature IPCS : IT-1 

Paris, B.N*, Estampes, Kh 383 n* 266. 

BibL : BN 66, n“ 415; AdT, II, p. 16 22* 





























1I2'IÎ4 

Baptiste-Paul Grîmaud avait racheté, en 
s'installant fonds et les outtls du cartier 
parisien Arnoult, En Tait, Lequart et Grî¬ 
maud, en donnant la date de 1748, se réfè¬ 
rent à la plus ancienne date connue pour 
Arnouit, qui s’établit effectivement dans 
les années 1750, 

On ne manquera pas de constater qu'ii 
s'agit dans les deux premiers cas 112 et 
113) de tarots de « Besançon », avec Junon 
et Jupiter, mais dans un grapliisme légère¬ 
ment stylisé. Peut-être s’agîssait-il de con¬ 
currencer les « tarots de Jerger » (cf. cai. 
n* 4S). Comme on ne connaît aucun tarot 
d’Arnoult, on est amené à supposer qu'il 
s’agit ici d'une production originale. 

Les deux premiers jeux sont identiques. 
Une note du secrétaire de Georges Marteau 
précise sur un autre exemplaire Grimaud 
(Kh 384 n* 28) : « Jeu de tarot de 78 car- 
tes> édité par B.P. Grimaud (après l'acqui¬ 
sition du fonds du cartier Lequart) “ 
1891 ». 

Quand, en 1930, Paul Marteau voulut 
relancer ce type de cartes, en les destinant 
plus clairement aux cartomanciennes, il 
reprit ce modèle mais en lui restituant la 
Papesse et le Pape : ainsi naquit « l'Ancien 
Tarot de Marseille » dont nous montrons 
ici une édition de luxe, dorée sur tranche 
{n® 114). 

Ce jeu poursuit sa carrière depuis et la 
maison Grimaud continue de l'éditer. Ü 
existe une version anglaise destinée au mar¬ 
ché américain et même un modèle réduit 
paru en 1982, 


115 

Tarot « Italien double-lête » 

B.P. Grimatict 
Paris, vers 1880 

78 caries (contplci), enseîi^Eies iialîcnnes 
lithographie cotorlée au pochoir 
papier en plusieurs couches 
dos : opus meertum brun-mauve 
109 ïc $3 mm 
marques : 

H,P. GfiîMA UD. PARiS (2 de Deniers) 
noniencLature iPCS : IT-1.211 
étui : enveîoppe papier, marquée Jeu de Tùrof 
italien / B.P. GRIMA UD / PARIS » 

Les joueurs de tarot n’avaient pas 
désarmé : dans quelques régions, Savoie, 
Dauphiné, Bourgogne, Franche-Comté, on 
continuait à préférer les « tarots italiens ». 
Suivant l’exemple des cartiers transalpins, 
Grimaud fit vers 1880 une version double- 
tête du tarot « de Marseille ». Ce type de 
cartes disparut vers 1930 comme en témoi- 



112 

gne une mention manuscrite de Paul Mar¬ 
teau, apposée sur la planche d'un exem¬ 
plaire plus tardif (B.N., Estampes, Kh 383 
n* 260) : « Dernière fabrication. 1930 ». 

Paris, B.K., Estampes, Kti 167 rés. ii^s g03-807. 
Bihl : Fournier 82, 148 (n'’ 260). 

116 

Tarot double-tête de Gaiidais 

J. Gaudais 
Paris, vçrs 1860 

78 cartes (compleî), enseignes italiennes 
gravure sur bois coloriée au pochoir 
papier en plusieurs couches 
I07>c 54 mni 

dos : damier gris-blanc-npir 
marques : 

J. GA UDA iS / 20 Rue de lu Bariifue - PARIS 
{As de Coupes) 

CAiJDAIS (diagonale des lêtes et des 
atouts) 

monogramme J.ù. (As de Deniers) 
nomenclature IPCS : IT-1.4 (var) 

Comme de nombreux cartiers parisiens 
de la fin du siècle — y compris Gri¬ 
maud, dont l’histoire reste à faire ! —, 



114 


J. Gaudais n’est pas bien connu. On sait 
qu'il a édité, sous le Second Empire, des 
jeux de cartomancie et on connaît de lui ce 
superbe tarot au dessin original. Ici encore, 
on notera qu’il s'agit d’un tarot « de 
Besançon », mais traité en double-figure et 
dans un style fleuri romantique tout à fait 
particulier. 

Parps^ B.N., Escainpcs, Kh 167 rés. 
nOs 546-550. 

BiùL : Fournier 82, 148 (n" 253). 


117 

Tarot Willcb 

Willeb 

Paris, vers 1950 

73 cartes (complei:), enseignes françaises 
offset en couleurs 
papier en plusieurs couches 
J10 X 58 mm 

dos ‘ larotage écossais noir sur fond brun 
marques ; 

ÎVILLEB . PARIS (as de TrèBe ei Excuse) 

La tradition des atouts allégoriques sur¬ 
vit dans cet étrange jeu du fabricant Wîl- 


)21 




















leb. Ici, ks enseignes sont françaises et les 
têtes inspirées du portrait officiel », Mais 
les atoutst à double-figure, sont des trans¬ 
positions de ceux du Tarot de Marseille. Le 
Bateleur (n* I) est devenu montreur de 
marionnettes et fEmpereur,.. Napoléon. 
Dans chaque carte, une vignette évoque le 
passé, Tautre le monde actuel : ainsi Saint 
Louis sous son chêne s'oppose à un tribu¬ 
nal moderne pour illustrer la Justice, la 
Mort est représentée de façon tradition¬ 
nelle sur un côté de Patout n* 13 et par un 
char d’assaut sur Tautre, La Fortune 
(n'^ 10) montre une loterie, la Maison-Dieu 
In* 16).„ Notre-Dame de Paris î La Lune 
est symbolisée par un observatoire, le Soleil 
(n® 19) par des bains de mer et le Monde 
(n® 21) par un globe terrestre entouré des 
faciès caractéristiques des quatre races 
humaines, noire^ jaune, blanche et peau- 
rouge. 

Paris, collection Atger. 

Bibi. : Kaplan, 320; Fournier S2. 152 (n* 311); 
AdT. n® 4, p,l2. 


■ 



l!6 


118 

Réglés du jeu de Tarocs^ comme on le joue 
vulgairement à Annecy 

manuscrit anonyme 

Annecy, fin du xviin s. 

cahier de 4 feuillets 

papier avec filigrane Fms Avonod (?) 

Ce manuscrit anonyme, qui a été récem¬ 
ment acquis par un collectionneur de Caen, 
servait à emballer un jeu de tarot à ensei¬ 
gnes italiennes. Écrit avec application, ce 
document inédit est d’un formidable inté¬ 
rêt car il atteste des pratiques que l'on ne 
croyait connues qu'en Italie, 

En fait, il s’agit de règles déjà recensées 
dans le Piémont voisin (et, à l’époque, 
allié) ; la première, appelée * A Fora », 
n’est autre que le Tremuno piémontais, ici 
joué à deux, la deuxième, « Partie à Fécor- 
ché », est une forme du Venficitu^ue à 
trois, et la Partie à 4 » qui clôt le manus¬ 
crit nkst autre que la Partita bien connue 
des joueurs piémontais du xvhp siècle. 

Mais l’intérêt majeur de ce texte est la 
description sans ambiguïté qu’il donne de 
la valeur des atouts 2 à 5 (Papesse, Impéra¬ 
trice, Empereur, Pape) qui ont tous le 
même rang, la levée revenant à celui qui 
met en dernier. Cette prescription est 
observée à Bologne où l’on nomme ces 
quatre cartes papi. Ici, le terme employé 
est*** Papots* A cela s'ajoute le fait que 
Patout n® 20 passe au-dessus du 21, ce qui 


est aussi une des caractéristiques des règles 
piémontaîses modernes. La loi d’inversion 
des points à Coupes et à Deniers s’appli¬ 
que, bien évidemment. On lira ci-après le 
texte même de ce document. 

Caen, collection Jean Lepoivre, 



117 


122 





























Règles du jeu de Tarocs, comme on le joue vulgairement à Annecy 


Le jeu de Tarocs est composé de 78 cartes qui sont compo¬ 
sées de 21 tarocs y compris k fou, qui sont les Athous, de 
14 coupes, de 14 deniers, de 14 épées et de 14 Bâtons, dont 
chacune de ces quatre séries commence par rois, dames, cheva¬ 
liers, valets, dix, neuf, huit, 7, 6, 5, 4, 3, 2 et as. 

Dans les 22 tarocs nous comptons 3 honneurs qui sont Tange 
ou n* 20 qui vaut 5 points et qui est le plus fort des tarocs. En 
Italie ckst k monde ou n* 21, ensuite Baga qui est le 1" des 
tarocs et le plus foible qui vaut 5 points, et que chacun se fait 
un plaisir d'enlever à son ou à ses adversaires. Ensuite le fou 
qui vaut 4 points , et qu^ on ne peut pas enlever à celui qui Ta 
sans pouvoir rien prendre avec lui, et servant à faire le fou sur 
une cane marquante à fin de pouvoir la sauver si Ton peut : 
comme par exemple si l'on joue à deux et que mon adversaire 
ail 3 ou 4 épées ou telle autre série par roi, dame et valet, moi 
me trouvant avoir aussi 0, 2 épées ou telle autre de même point 
par cheval et as ou telle autre, je fourni {sic} mon as sur le roi. 
Si on me joue la dame je fais k fou et k mets dans mes plies ; ce 
qui préserve qu'on ne tnc prenne mon cheval qui n’est que 
second. 

Dans les 4 séries de coupes,/ deniers, épées, bâtons, les 4 rois 
sont des honneurs qui valent 5 points chaque. Les 4 dames 
valent 4 points chaque, ks 4 chevaux valent 3 points chaque, 
les 4 valets deux points chaque, ks 10, 9, 8, 7, 6, 5, 4, 3, 2, et as 
valent un point chaque. 

Tout ce qu’il y a c’est que dans les coupes et les deniers [Pas] 
prend le 2, le 2 prend le trois, le trois prend k quatre, ainsi de 
suite en montant jusqu^au 10, au lieu que dans les épée.s et les 
bâtons c'est Tin verse, le JO prend le 9, le 9 prend le 8, le 8 prend 
le 7 et ainsi de suite en descendant jusqu’à l'as. 

Maintenant le roi prend la dame, la dame, le cheval, le cheval 
prend le valet, moyennant que ce soit tout du même point, Le 
valet prend Tas si c'est dans ks coupes et les deniers, et prend le 
10 si c'est dans les épées et bâtons. El ainsi se suit comme il est 
dit ci-dessus. 

Dans les tarocs ou atoux depuis 2 jusqu’à 5 qu'on appelle 
Papots, le dernier qui prend est maître et la plie lui vient ; et 
ensuite le six est plus fort que le 5, k 7 plus fort que k 6, le 8 
plus fort que k 7, et ainsi de suite en montant jusqu^au 21, 
excepté que l’ange, soit le 20 dans ce pays, prend le 21 qui est k 
monde. 

On joue aux tarocs à deux, à trois ou à quatre, La partie à 
deux SC joue à 31 points qui s’appellent à Fora. 

On commence par bien démêler les cartes, ensuite/ on lève à 
celui qui a la plus forte vu qu’elle commande et fait faire à son 
adversaire ; on déméte de nouveau les cartes, celui à qui est à 
faire donne à couper ; cela fait it donne à chacun ses 8 cartes, en 
donnant 4 par 4 et tour à tour, ayant relevé chacun ses S cartes, 
et les ayant examiné {sic), c'est à celui qui a commandé de faire 
à jouer, si on a plusieurs tarocs a%'^ec quelques autres bonnes 
caries, c'est le jeu de taroquer pour ensuite faire passer ses 
autres cartes. Si l'on n'a peut {sic} ou point de tarocs, il faut 
jouer la plus petite des cartes, qu'on a k point le plus long, à fin 
de voir venir son adversaire et chercher à passer ses figures si 
l'on en a. 


Pour bien jouer à Fora, chacun doit compter les points de 
son adversaire en Jouant et éviter de Ec laisser arriver à 
31 points qui donnent partie gagnée. Cette Jouée étant faite, 
n'ayant 31 points ni l'un ni Tautre, celui qui a donné doit 
encore donner à chacun 8 cartes prises à la suite des dernières 
données sans faire recouper; ensuite on continue â joulejr en 
fesant bien attention aux points qu’on a déjà fait {sic), et cher¬ 
cher par son jeu d'arriver et finir ks 31 points s'il est possible 
avant son adversaire ; alors on dit Fom qui annonce la partie 
gagnée. 

L’adversaire compte les points et s'il arrivoit quelques fois 
que vous n'eussiez que 30 au lieu de 31, la partie seroit perdue 
pour vous; quoique la partie opposée n’auroit pas même de 
points; les cartes se comptent une par une, les rois pour 5,/ 
dames pour 4, chevaux pour 3 et valets pour 2, toutes les autres 
petites cartes pour un point. Les tarocs en général pour un 
point, excepté range le plus fort qui en vaut 5, Baga k I" des 
tarocs et k plus foible cinq points. Par exemple le fou à cette 
partie coupc comme un autre taroc, et ne compte que pour un 
point. On est obligé de couper avec un taroc, St Ton n'a pas de 
la carte jouée, ou si l’on n'a pas de taroc, on est forcé de s'en 
aller de quelques mauvaises cartes. 

Partie à L'écorché qui se joue à trois 

On démêle bien les cartes, ensuite on lève à celui qui com¬ 
mande de faire, la plus forte commande, et si c'est un taroc il 
commande de droit, d'ordinaire on commande à sa droite, à fin 
de voir venir et pour faire en dernière main. Cette partie se fait 
en trois donnes, cksl-à-dire que chacun fait à son tour ; ks car¬ 
tes bien déméiées on fait couper à sa gauche, on donne à cha¬ 
cun 25 cartes à commencer par la droite, par conséquent il en 
reste 28 à celui qui fait ; il e.st obligé après avoir rangé ses canes 
par série, d'en écarter 3 pour se rendre égal au nombre avec ses 
adversaires, et l'essentiel est de se faire un écart franc, soit en 
coupes, deniers, épées et bâtons, en fin desquels on aura le 
moins, faisant bien attention qu'on ne doit point écarter d’hon¬ 
neur ni tarocs. On compte 7 honneurs qui sont l'ange, 5 points, 
Baga 5 points, le fou 4 points et ks quatre rois; et si Ton ne 
peut pas se / faire un écart franc on se fait une cartine ou sou 
(sic) cartine, ou si l'on a (sic) pas absolument beau jeu et qu’on 
ait peu de tarocs, il faut déjà se préparer quelques points par 
son écart, en écartant des figures soit dames Ou chevaux qui 
seroknt suspects d'ètre pris ou écorchés. Le sort de cette partie 
est de chercher à .surpasser par ses points dans ses plies faites k 
nombre 26 qui est Pita. Tous les points au-dessus de vingt-six 
sont de gain pour la donne suivante, et s’il y en a de moins, ils 
sont égaktiieni comptés en perte, et ce sont ks premiers à payer 
avec ks points faits de la donne suivante; ces points payés on 
compte dans ce qui reste au commencement par un si l'on 
arrive à 26, si l’on surpasse c'est encore gain pour la 3= et der¬ 
nière donne, arrivé â cette 3^ main qui est la finale de la partie, 
c'est â celui qui gagne k plus de points à faire attention s'il peut 
sortir par son jeu, ayant bien l’attention de compter 1® les 
points de gain ; 2"' ce qu'il peut faire s’il arrive à 26, s'il est pâta 


123 


















s*il surpasse il a gagné, il est entièrement dehors du jeu : par 
conséquent il doit jouer tous ses taroes pendant qu’il eti â 
commencer toujours par le plus fort, ainsi de suite, après cela 
ses plus fortes cartes, ou ses cartes franches s^ii en a. S^il arrive 
que ses adversaires jouent d’un point où il auroit le roi, ou che¬ 
val ou valet, il est toujours forcé de prendre avec le roi et ne 
peut pas basoter, risque à perdre les autres bonnes cartes, car il 
est toujours forcé de jouer scs plus fortes. Les cartes se comp¬ 
tent à cette partie 3 par 3 pour les points, 3 caries simples font 
un point, un roi et deux petites cartes font 5 points, un roi et 
une dame / et une autre petite carte ne valent que 8 points. 
Notez que chaque fois qn*\[ y a deux figures dans la plie, il y en 
a une des deux qui perd un point, et s'il y a trois figures la plie 
perd deux points de vaJeur. Le fou se compte seul parce qu’il 
reste à celui que personne ne peut prendre et vaut 4 points et se 
compte seul. Et celui sur la main duquel le fou a été fait qui n'^a 
[que] deux cartes après avoir compté les points, compte ses 
points comme si la plie étoit complette (sic). L’essentiel de cette 
partie est de trouver l’écart de celui qui a fait ou donné. On ne 
doit pas jouer avant qu’îl n’ait posé son écart qui lui compte 
pour une plie, Ensuite rentrée en jeu se fait par la droite qui le 
plus ordinairement se fait par un petit taroc, ou si on n’est pas 
bien fondé en taroc, il faut hasarder un roi qui seroit suspect 
d^être coupé, ou par un point où Ton se trouveroit long; mais 
le plus souvent on tarotte, vu que par le jeu c’est à celui qui est 
à la gauche de celui qui a fait^ qui doit faire les différentes 
entrées pour découvrir fécart. L’écart étant découvert, on 
cherche à en jouer continuellement chaque fois qu’on tient à fin 
de faire tomber les tarocs qui sont les attoux ; et à fin de faire 
couper soit écorcher les figures de votre adversaire et éviter de 
lui faire le moins de points possibles. 

Le sort de cette partie est de savoir bien compter les attoux 
soit tarocs, à mesure qu’iJs tombent, car sans cela on ne peut 
pas savoir où Ton en est, vu qu’on ne peut avoir après cela de 
bonnes cartes franches et qui nous font grand jeu. Si l’on a une 


longue / série d’attoux k plus risible (?) est d’enlever en 
tarrottant à celui qui fa. Et bien faire attention de ne pas nuire 
à son jeu en poussant trop loin. 

La partie â quatre 

Elle se joue comme la cadrette^ on dre les cartes, les deux 
plus belles ensemble ainsi que les deux plus foibles. Cela rangé 
on lève a qui commande. Celui des deux qui a la plus forte fait 
faire à son voisin de droite ou de gauche. Les cartes étant bien 
démêlées On fait couper à sa gauche, on donne à chacun 19 car¬ 
tes, 11 reste 21 à celui qui fait; il en met deux à l’écart. Cette 
partie doit [se faire] sans bruit et sans chercher à [annoncer son 
jeu] à son partenaire. [La partie] se joue à 36 points chaque 
main ; autant [on] en fait de moins, [autant) sont [comptés] au 
bénéfice de vos [adversaires pour la] main suivante; et ainsi on 
fait [jusqu’à la fin] de la quatrième main ; les plies se com[pte- 
TOnt comme] elles sont faites 4 par 4 et dans la [même règle 
qu’à] l'écolrché] soit partie précédente et l’écart se compte seul 
et ]e fou également. L'écart étant fait ayant bien soin d’éviter 
de le laisser appercevoir (sic), c’est à la partie adverse à droite 
que si elle a un jeu passable de tarocquer, afin d’ouvrir le jeu ; 
et chercher à démonter ses adversaires de tarocs et à son parte¬ 
naire lorsqu’il tiendra de jouer / pour chercher l’écart. [Je 
suppjose qu’il ait une dame et une longue suite du meme 
[point], il doit jouer un petit de ce point pour s’assurer si c’est 
là l’écart ; ou si son partenaire a eu k roî, s’il n’est pas coupé ou 
si ce n’est pas là Técart; son partenaire prend du roi et doit 
jouer un petit du même point pour faire passer la dame [de son] 
homme ; et on continue chaque fois qu’on tient à jouer du 
même point : ou s’il on en n’a (sic) plus à tarotter. Et l’essentiel 
c’est d’avoir [toujours] bien soin de compter les tarocs à mesure 
qu’ils [tombent] à fin de s’assurer une bonne [suijie. Et si votre 
[parte]naire...ffe' papier, trop endommagé, ne permet pas de 
lire les 8 dernières lignes). 


119 

M. A... 

—' Traité du Jeu de fai’o/j, rédigé d*après ks 
régies et tes soiutiatts adoptées par ie Cerele 
Granveiie de Besançon / par M, A..., membre 
du Cercle. — Besançon ; Ch. ^îa^lûn, Morel el 
Cie, 1880. — 54 p, ; 

Là tradition des cercles de Besançon est 
celle qui est à l’origine des règles 
aujourd’hui pratiquées par les joueurs 
français. C’est en 1862 que parurent dans 
la capitale franc-comtoise des Règles du Jeu 
de tarots (Besançon : Librairie de Turber- 
gue, 1862, 35 p. ; 8°), dont un seul exem¬ 
plaire subsiste à la British Library, à 
Londres ! 

L'édition que nous présentons ici, et qui 
est de 1880, reprend grosso modo les 


mêmes usages que vingt ans auparavant. 
On y devine ks grandes lignes du jeu 
moderne, notamment dans la forme à 
trois. 

En revanche, les cartes employées sont 
clairement celles des tarots à enseignes ita¬ 
liennes et la règle de l’inversion des points à 
Coupes et à Deniers y est observée. L’atout 
n® 1 s’appelle pagueî, le Fou excuse, le 
« chien » taîon et les trois « bouts » 
oudlers. 

Réédité en 1902, ce traité fut ensuite 
repris par Grimaud qui le fit paraître 
jusqukn 1946. 

Paris, B.N., Imprimés. S" V 10211. 

Bibf. ; Dummetl, 292-296. 









Tarots 

à enseignes françaises 


120 

Tarot « Allemand ancien 
Lequart 

Paris, vers JS&O 

7C cartes (sur 7S)» enseignes françaises 
lithographie en couEeurs 
papier en plusieurs couches 
|03 x 55 mm 

dos ; damier blanc, brun et marron 
marques : 

LEQUART. (figures) 

Issu du modèle mis à rhonneur par Lefer 
au début du xix* siècle (cat, 81), le tarot 
« chinois » semble avoir été produit tout 
au long du siècle en France (un exemplaire 
signé Janei^ fabrivant à Paris se trouve 
dans la collection Rothschild du Louvre) et 
même en Autriche (cf. Piatnik, n® 28). 

Ce jeu fut fabriqué par Lequart* puis par 
Grimaud qui en maintint ainsi la tradition 
jusqu^au début de ce siècle. Présenté 
comme « tarot allemand », celui-ci devait 
être qualifié â\< ancien » quand le « Tarot 
Nouveau » fut lancé (cat* n® 125). 

Paris, B.N., Estampes, Kh 167 rés. n* SCN3-3Û2. 

Bitl. : Kdler, F RA 396, 399 et 40 J t Fournier 82, 
150 {a'^ 303). 


121 

Tarot à fleurs de Chambéry' 

Fossorîer, Amar et Cie 
graveur : £. Kellé 
Paris, 1902 

40 cartes (sur 78), enseignes françaises 

chromolithographie 

papier 

103 X 56 mm (cartes), 557x491 mm (planche) 
marques 1 

FOSSORlERf AMAR Æ Cie / monogramme 
F,A. Cie / Marque Déposée / SOUtif 
KELLERMANN 6S / PAR fS (atout 16) 
FOSSORfER, AMAR Æ Cie / 
PAR/S.FRANCE (Fou ci Hgurc) 

£, PELLE SC. PARIS (atout 5) 

Paris /902 / E. HELLE ÎNVf ET SC. (blu^ 
leau du Valet de Trèfle) 

Cest en 1902 que le fabricant Fossorier 
et Amar eut Pheureuse initiative de brUer le 
« monopole » que Grimaud avait obtenu 
de facto sur la production de tarots à ensei¬ 
gnes françaises. Forts d’une règle originale, 
puisée dans la tradition savoyarde, à 



Chambéry, les éditeurs firent exécuter ce 
jeu par le graveur E. Heilé qui le traita 
dans le style « Art Nouveau » alors à la 
mode. Des fleurs ornent les atouts, les têtes 
s'inspirent plus sagement du portrait fran¬ 
çais officiel. 

Ce jeu est accompagné d*un petit livret 
intitulé Régie du Jeu de tarai français qui 
précise sur sa couverture que « le jeu a été 
dessiné et gravé en 1902 par E* HcClé ». ti 
fut tiré à 1 000 exemplaires et le texte fut 
fourni par le « Club des Taroteurs du 
Grand Café Émile Coudurier » de Cham¬ 
béry. Assez différente des régies publiées à 
la même époque à Besançon (cf. cat. 
n“ 119), la description qui en est faite 
n'emploie pas de tarots « italiens » et 
l'inversion des points est inconnue. Ici, k 1 
d^atout s'appelle baga, TExcuse Fou et tes 
atouts tarots. Les enchères sont assez parti- 
culières et se fondent sur le nombre de car¬ 
tes que le déclarant souhaite « acheter ». 
On joue à 5, mais aussi à 4 voire k 3. 

Quand Grimaud reprit Fossorier et 
Amar en 1910, il continua d'éditer leur jeu. 
On ne sait jusqu^à quand. Ce tarot, devenu 
fort rare, bénéficie d’une réédition en fac- 



similé (avec sa règle), due aux soins vigi¬ 
lants des Éditions Dusserre (Paris, 1984). 

Paris, B.N-, Estampes, Kh mat. 

Bibi. : KelEer, F RA 397 ; Dummeti, 2SB (pour la 
règle). 


122 

Tarot à scènes de genre de Wüst 

Conrad Ludwig Wüst 

Francfort, AElemagne, 1865 

41 cartes (sur 7S>, enseignes françaises 

gravure sur acier coloriée à la main (têtes eî 

Excuse; les atouts ne sont pas colonés) 

papier en plusieurs couches 

LOS X dO mm 

dos ; tarotage écossais vert et rouge 
marque : 

étoile à 6 branches avec monogramme C.L. H\ 
(valet de Trèfle) 
nomenclature IPCS ; FT-3 

C’est vraisemblablement avant 1865 que 
Wüst créa, à Francfort, ce modèle de tarot 
à scènes de genre qui est si familier aux 
joueurs français. La matière des atouts lui 
fut certainemenc fournie par les essais 


125 
































121 





il «I tî 


ÜL* KtllMM-Lim 




126 




















































































































divers qu’avaient faits avant lui différents 
carriers, restés anon^^mes pour la plupart. 
Ces représentations de la vie quotidienne^ 
exaltant le bonheur du travail et les joies de 
la vie sociale et familiale allaient bien avec 
Pidéologie de la bourgeoisie irioniphanteH 

On reconnaîtra parmi les atouts des thè¬ 
mes déjà exploités par nos tarots « franc- 
fortois » (cat. n^^* 103 et J 04) : la chasse et 
la pêche (atout 14), les jeux (comparer les 
joueurs de quilles et de cartes de l’atout 20 
avec le n’^ 16 du cat. n* I03K les moissons 
(atout 6), le canotage (n® 11) ou la danse 
(n” 12). Mais ici plus de scènes bibliques ou 
de héros littéraires : le romantisme est 
passé, nous sommes dans un monde prosaï¬ 
que et bien ordonné. 

A la différence de ses devanciers (cal* 
nos 103 ^ 104 et 105), Wüst eut l’idée de don¬ 
ner un semblant de rationalité à Tagence- 
ment de ses illustrations. Aussi chaque 
scène est-elle double, une partie se dérou¬ 
lant en milieu urbain, l’autre en milieu 
rural. Yves Lemains, qui a bien étudié ce 
sÿstème (AdT), a montré que les atouts se 
laissaient regrouper par séries de 4 : 2 à 

5, les 4 âges de la vie, n^^® 6 à 9, les 4 pério¬ 
des du jour, 10 et 11, les 4 éléments, 12 
à 15, 4 sortes de loisirs et 16 à 19, les 4 sai¬ 
sons. L’atout 20 et k « petit » (n* 1) évo¬ 
quent la « folie individuelle et collective 
(voir tableau avec cat. n^ 125). 

La présence, sur Laioui 13, d’aune pan¬ 
carte affichant le prix de 9 Kreuz^r évoque 
clairement k Sud de l'Allemagne. La date 
de JS65 apparaît sur le calendrier, à gauche 
du bureau de l’atout 4. 

Lkxcuse à la mandoline est une repré¬ 
sentation classique (voir notamment cat. 
n® 104), En revanche, les têtes appartien¬ 
nent à une tradition bien à part dans les 
tarots allemands à enseignes françaises : 
quoique dérivées elles aussi du portrait de 
Paris, elles ont subi un certain nombre de 
changements qu’elles ont partagés avec des 
portraits courants, tel celui actuellement en 
vigueur en... Hollande (type 1.533) qui leur 
est très proche. 

Paris, collection Alger. 

Bibi. : O^Donüghue, G.120 çi G.121; AdT, 
n* 4 ; Keller, GER 638; Fournier 82, 3 84 
(n^ 141); Leînfcidtit 84, n^ 72. 


123 

Tarot a Nouveau » de Muller 
A.G. Millier 

Neuhausen am Rheinfall, Suis&c, I9'34 
78 canes (complei), enseign-es françaises 
offset en couleurs 



papier en plusieurs cûuches^ 

107 X 58 mm 

dos : taroiagc écossais bleu et noir 
marque : 

SA Miithr d de / Scha/fhouse {Toi de Pique) 
nomenclalure I PCS : FT-3 
étui : noir, impression rouge 

La firme suisse Müller produit ce tarot à 
enseignes françaises depuis le début du siè¬ 
cle, tant pour k marché intérieur (Suisse 
romande) que pour l’exportation vers la 
France, Il est évident que le jeu de Wüst 
(voir n® précédent) lui a servi de modèle. 

[| faut rendre hommage à ta qualité de 
reproduction de cette version moderne : les 
détails de la fine gravure d'autrefois ont été 
respectés, donnant à l'ensemble un charme 
rétro » que n’oni pas les productions 
françaises. En ce sens le tarot de Müller a 
su rester plus fidèle au modèle original de 
W'üst. 

Les numéros des atouts se sont parfois 
déplacés, apparaissant au centre des bordu¬ 
res inférieure et supérieure de la carte dans 
les premières éditions, puis glissant dans la 
partie gauche — sans doute pour satisfaire 
les habitudes des joueurs français. Un cer¬ 



tain nombre de détails infimes différen¬ 
cient ce jeu des versions françaises moder¬ 
nes dont le trait a parfois évolué jusqu'à 
transformer passablement les scènes 
représentées. 

Paris, B.N., EsEampes, don Müller. 

Bibi. : AdT. n'" 4; Zürich 78, 159; Kaplan, 

323 ; Leinfetden 84, n* 74. 


124 

Catalogue de représentant de Crimaud 

B.P. Grimaud 
Psris, fin du XIX' s. 

31 ff. numérotés avec échanûllans de canes 
titre : 

CARTES A JOUER / Françaises et Etrangè¬ 
res / B. P. GRIM AUD 

Chartier^ Marteau Frères & Boudin 
successeurs 

34, rue de Lancry\ 54 / PARfS 

Comme tous les carriers, Grimaud 
munissait ses représentants de catalogues 
d'échantillons* Ceux-cî sont, de nos jours, 
très précieux pour identifier les jeux, leurs 


127 




















Les atouts du « Tarot Nouveau » 


N-’ 

carte 

Thème 

général 

Thème 
de la carte 

Représentation 

urbaine 

Représentation 

rurale 

2 


l’enfance 

fillettes jouant dans 
un parc 

garçonnets jouant 
à la « revue » 

3 

Les 

quatre 

âges 

radolescence 

groupe de jeunes dans 
un parc 

trois jeunes filles en 
costume* au bourg 

4 

râge mûr 

au bureau 

femme avec ses enfants 

5 


la vieillesse 

le grand-père 

la grand-mère 

6 


le matin 

le petit déjeuner 

le fauchage des blés 

7 

Les 

quatre 

périodes 

du 

jour 

le midi 

la discussion au salon 

le repos dans un champ 

8 

le soir 

le salon de musique 

la famille réunie au 
seuil de la maison 

9 


la nuit 

le retour à la maison 
après la chasse 

le veilleur de nuit 

10 

Les 

quatre 

éléments 

— la terre 

— Tair 


— la mine 

— berger dans la montagne 

11 

— Teau 

— le feu 

— canotage sur un lac 

— le pique-nique (*) 


12 


la danse 

soirée dansante 

bal populaire 

13 

Quatre 

les emplettes 

le magasin 

le magasin du bourg 

14 

loisirs 

le plein-air 

la chasse 

la pêche 

15 


les arts 

la photo 

la peinture 

16 


le printemps 

jardinier dans le parc 

la tonte des moutons 

17 

Les 

quatre 

saisons 

Lètè 

sur l’hippodrome 

rètendage des blés 

18 

r automne 

au marché 

le battage des blés 

19 


rhiver 

le patinage 

la veillée 

10 

Le jeu 

le jeu 

le jeu de cartes 

le Jeu de quilles 

21 

La « folie » 

collective 

le carnaval 

le défilé militaire 

l 

individuelle 

— pierrot 

— le fou et la ballerine 



{*) Dans le tarot de Wüstj les pique-niqueurs font chauffer leurs victuailles sur un feu. D'après Y. Lemains^ AdT, 


128 












































dos, leurs « portraits » et leurs appella- 
tions^ Les folios 14 et 15 sont consacrés aux 
tarots. Le P 14 présente le TAROT ALLE¬ 
MAND^ dont deux modèles sont alors dis¬ 
ponibles : le tarot « chinois » (cF. cat. 
n® 120) qui porte id le 142-143, et le 
tarot « nouveau » (cf. cat. n" 125), inscrit 
sous le n” 144-i45. Le folio suivant (15) 
montre le TAROT !TALfEN. modèle « à 
deux têtes »» n* 42-43 (cf. cat. n® 115) et 
modèle « à une tête », n® 42 bis-43 bis (cf. 
cat. n'" IJ5), 

Paris, B.N,, Estampes. Kh 40t/4“, 


125 

Planche d''un jeu de Taroi « Allemand! » 
ou Tarot Nouveau » 

B.P. Grimaud 
Paris, vers 1900 

38 canes (sur 78), enseignes françaises 

chromoli Ehôgraphic 

papier 

650x398 mm (feuille), 110x62 mm (caries) 
marques : 

monogramme B,P. G. (atouLS) 

B.P. CRIMA UD / FRANCE (ïetes et Excuse) 
nomenclature IPCS : FT-3 
élui : enveloppe papier TAROT ALLEMAND / 

78 cartes / B.P, GRÎMAUD » 

« Ce jeu a été composé et édité pour la 
Savoie sur la demande de l’Administra¬ 
tion des Contributions Indirectes, Les 
Savoyards, auparavant, employaient un 
jeu allemand, ce qui était contraire à la loi 
française interdisant l’usage en France de 
Jeux fabriqués à Tétranger, » 

Cette note manuscrite de Georges Mar¬ 
teau, alors directeur de la firme Grimaud, 
accompagne un des tout premiers exem¬ 
plaires chromolithographies du tarot 
« allemand », devenu depuis notre « Taroi 
Nouveau ». Le modèle de ce jeu est, bien 
évidemment, le tarot que la firme Wüst, de 
Francfort, créa vers 1865 (cat. n'^ 122). 
Malgré la différence de coloris et quelques 
libertés prises avec roriginal, la version de 
Grtmaud reste assez fidèle à son pendant 
allemand. 

Grimaud eut, jusqu’en 1945, la quasi- 
exclusivité de la fabrication et de la vente 
de ce modèle spécial. Seuls Fossoricr Sc 
Amar, avant leur rachat par Grimaud, osè¬ 
rent eux aussi affronter le marché savoyard 
(cat, n* 121). Les « indices » (initiales des 
têtes et des points, en coin de la carte) 
n’apparurent qu’aprés la Seconde Guerre 
Mondiale, Quant à l’appellation « Tarot 
Nouveau », elle semble s’éire imposée vers 
1920, par opposition au tarot « allemand 


ancien », c’est-à-dire, à sujets chinois (cat, 
n'^ 120), 

Incontestablement, l’apparition de ce jeu 
sur le marché français fit beaucoup pour le 
regain de popularité du tarot en France 
auquel désormais cet unique portrait paraît 
lié. Aussi en trouve-t-on des exemples chez 
tous les fabricants, tant français (Héron- 
Boéchat, Catel et Farey, etc.), qu'étranger 
(Carta Mundi, en Belgique, ou Piatnik, à 
Vienne, par exemple). 

On trouvera ci-contre un tableau don¬ 
nant les clefs des scènes de genre caractéris¬ 
tiques de ce tarot. 

Paris, B.N.. Estampes, Kh mai. (planche) et 
Kh 167 rés. n® 840 (enveloppe). 

BibL : AdT, n° 4; Keller, FR A 400; Dummect, 
288; Fûurnier 82, 153 (n® 363); Leînfelden 84, 

75. 


126 

MX. A„, 

— Le Jeu de tarors — tarot nouveau, 78 canes : 
méthode théorique et pratique. Rèfiies générales 
adoptées par tous tes cercies et cafés de ta Bour¬ 
gogne, de la Franche-Comté et de TEsi de la 
France / par M.L. A..,, amateur, et les membres 
de rAcadêmie de Tarots de Dijon. — Paris î 
Bornemann, s.d. 11926]. — 32 p.; 16°. 

Collection « Tous lés jeux et leurs règles », 

Publié par les éditions Bornemaiim, spé¬ 
cialistes reconnus des règles de jeux, et réé¬ 
dité sans changement jusqu’en l%7, ce 
petit ouvrage représenta pendant long¬ 
temps une des rares règles imprimées du jeu 
de tarot qui fût accessible. 

Par rapport aux usages désormais codi¬ 
fiés par la Fédération Française de Tarot, 
le traité dijonnàis marque une phase anté¬ 
rieure du jeu français : on y pratique 
Vappet à 4, l’acAd'/ et le solissimo. Mais 
déjà les erichères modernes pousse} 
font leur apparition dans une forme à 3 
joueurs. 

La Seconde Guerre Mondiale allait accé¬ 
lérer révolution du tarot français dont les 
formes actuelles se lisent déjà dans le traité 
de Victor Mornieux (cf, n* suivant). 

Paris, B.N., Imprimés, 8® V 43557 (I9). 

Bitl. : Dummeti, 292-296. 


127 

Mornieux (Victor) 

— Méthode tnoderne du Jeu de tarots (tarot 
nouveau — 78 cartesj. Régies générales du Jeu 
moderne et nombreux conseils / par Victor Mor- 
nieux. — [Oullim] : (L. TouillieJ-|, 1952. — 
49 p. - (table) : 24*, 


De Besançon, foyer actif à la fin du siè¬ 
cle dernier, la diffusion des règles du tarot 
passa à Dijon (cf, cat. n® 126). Depuis la 
Libération, il semble que Lyon soit, à son 
tour, devenue un centre de rayonnement du 
jeu. C’est, d'ailleurs, à Lyon que Tactudlc 
Fédération Française de Tarot a son siège. 

Le petit ouvrage de Victor Mornieux 
parut en 1952 à OulHns, dans la banlieue 
lyonnaise, II fait état d’une expansion du 
jeu qui est désormais exdusiveniem prati¬ 
qué avec des cartes à enseignes françaises et 
un ordre naturel » des points dans les 
quatre couleurs. 

Paris, Ü,Nr, Imprimés, 16® V 3368. 

BibL ; Dummeu, 296-300, 


129 




130 


















L’occultisme, un « détournement » ? 


La France a bien mérité du tarot. Pôle de rayonnement du jeu, exportant ses pro¬ 
ductions même en Italie (un comble!), notre pays est aussi le lieu de naissance 
d’une tradition ésotérique aujourd’hui largement diffusée, notamment à travers la 
cartomancie. 

Mais si cette dernière esquisse une timide entrée en scène en plein Siècle des 
Lumières, il faut attendre la publication, en 1781, du 8" volume du Monde primi¬ 
tif d’Antoine Court de Gébelin pour voir le tarot, alors inconnu à Paris, inspirer 
la verve « étymologique » de ce pasteur protestant et franc-maçon qui crut décou¬ 
vrir dans ses « ûfous » les images d’un livre secret venu des « anciens Égyptiens ». 
A l’appui de sa thèse, Court de Gébelin donne les reproductions d’un modèle 
alors courant, celui du Tarot de Marseille (cat. n"^ 128). 

Après avoir tenté de tracer l’histoire et l’étymologie du jeu, l’auteur laisse la 
parole au Comte de M."*"** qui, reprenant les mêmes explications, justifie un usage 
divinatoire du tarot chez les Égyptiens. 

Toutes ces divagations ne devaient pas rester lettre morte. Deux ans plus tard, 
un cartomancien du nom d’Etteilla se fondait sur Court de Gébelin pour proposer 
sa méthode de divination par le tarot : la publication, en 1783, de Manière de se 
recréer avec le jeu de caries nommées tarots représente le coup d’envoi d’une riche 
tradition appelée à se populariser rapidement. 

On ne sait rien d’EtteiUa (anagramme d’Alliette), pas même s’il était vraiment 
« perruquier », sinon qu’il fit paraître quelques ouvrages entre 1770 et 1791. Per¬ 
suadé de l’origine égyptienne du tarot, il entreprit de « rétablir » la véritable iden¬ 
tité des 78 cartes et conçut pour ce faire un Jeu « égyptien » dont on ne connaît 
que des exemplaires plus tardifs {cal. n® 131, n® 135 et n® 137), encore édités de 
nos jours. 

Toutefois, un deuxième courant d’interprétation, plus franchement tourné 
vers l’occultisme, vint se superposer, toujours en France, aux idées avancées par 
Court de Gébelin et Etteilla. C’est Elîphas Lévi, en 1856^ avec Dogme et riruei de 
la haute magiCt qui fut le promoteur de cette nouvelle tendance, donnant au tarot 
sa pleine valeur ésotérique et initiatique. 

Peu soucieux de vérité historique et de références sérieuses, cet étrange person¬ 
nage, de son vrai nom Alphonse-Louis Constant (1810-1875), invoque à la fois la 
Kabbale, Hermès Trismégiste, raichimie et l’astrologîe pour affirmer que le tarot 
recèle un secret qu’il prétend révéler. 

A sa suite, de nombreux auteurs reprirent ses théories et celles de Court de 
Gébelin. C’est à Paul Christian (Jean-Baptiste Pitois, 1811-1877) que nous devons 
l’emploi des termes lames et arcanes, devenus classiques dans la littérature ésotéri¬ 
que pour désigner les cartes de tarot (L^Homme rouge des Tuileries, Paris, 1863). 


Le mouvement culmine dans les dernières années du xix« siècle avec les figures 
de Stanislas de Guaita (1861-1897), Oswald Wirth (1860-1943) et surtout Papus 
(Gérard Encausse, 1865-1916), immortel auteur du Tarot des Bohémiens (Paris, 
1889 ; cat, n'" 142). 

La diffusion à Pétranger des idées occultistes françaises se fit assez tôt. Les 
théories de Court de Gébelin furent connues en Allemagne et en Italie dès ïa fin du 
xvill' siècle. Celles des écrivains français du XIX' reçurent un large écho en Angle¬ 
terre, écho amplifié par Inorganisation de sectes diverses (Socteias Rosicruciana in 
AngUa et, surtout, Hermetic Order of the Goiden Des personnages qui 

s’illustrèrent dans ce mouvement émergent les figures d’Arthur Edward Waite, 
d’Aleisler Crowley et du poète W.B. Yeats. 

Le premier, qui vécut de 1857 à 1942, fut le traducteur d’Eliphas Lévi et de 
Papus et Fauteur d’un livre, The Key to the Tarot, qui parut en 1910 accompagné 
d’un jeu entièrement redessiné (cal. n'’ 149). A, Crowley (1875-1947) écrivit lui 
aussi un livre de la même veine, The Book of Thoth (Londres, 1944) qui servit de 
base à un étrange tarot illustré par Frieda Harris (cat. n® 150). 

D’Angleterre, le mouvement occultiste s’installa aux États-Unis où il connaît 
de nos jours une vogue sans précédent. 

Face à la floraison extraordinaire, outre-Atlantique, de créations nouvelles, la 
France fait figure de conservatoire de la tradition classique : Paul Marteau, qui 
dirigeait la fabrique B.P. Grimaud depuis la mort de son oncle, assistait à la lente 
désaffection des joueurs français pour le tarot « italien », même mis, sur le tard, à 
double figure. C’est lui qui eut l’idée de réserver ce jeu aux cartomanciennes, qui 
se l’étaient déjà approprié. Passionné d’ésotérisme, il relança en 1930 le tarot tra¬ 
ditionnel, baptisé pour la circonstance « Ancien Tarot de Marseille ». Paul Mar¬ 
teau savait de quoi il parlait : non seulement il avait interrogé chaque carte (P. 
Marteau, Le Tarot de Marseide, Paris, 1949; cat. n* 146), mais il avait sous les 
yeux les nombreux exemples anciens de sa superbe collection, aujourd’hui abritée 
par la Bibliothèque Nationale et dont plusieurs pièces sont présentées dans cette 
exposition. 


Le Tarot « Egyptien » et la tradition d’Etteilla 


128 

Couri de Gébelin (Antoine) 

■— Mortiie prîmkiff anaiysé et comparé avec ie 
momie moderne : ou Dissertations mêlées 
f..,) / par M. Cours de Gébelin, de diverses 
académies, censeur royaï — A Paris : chez 
l'auteur; chez Valleyre l*aîné; chez Sürin, 
M. DCC. LXXXI 11781]. — 24^LXXI1.6t)0 p.; 
4 ^ 

(t Huitième livraison ». EKcmplaire relié 
maroquin rouge aux armes de Marie-Anioinette, 
Les neufs volumes du Monde primitif sont parus 
de 1773 à 1782. 

1984 est un peu Tannée Court de 
Gébelin... Le père de Toccultisme est mort 
en effet en 1784, après avoir fait paraître 
les 9 volumes de son Monde primitif. Né 
du côté de Nîmes, vraisemblablement en 
1725, Antoine Court suit son père, pasteur 
protestant, dans son exil suisse. C’est là 
qu'il vécut pendant la première partie de sa 
vie, s'y faisant naturaliser. Venu s'installer 
à Paris en 1763, il y déploya une activité 
fébrile, tant auprès de la communauté 
protestante dont il se fit le porte-parole, 
qu'auprès de la loge des Neuf-Sœurs, dont 
il fit partie et dont il devint même, dix ans 
après, le secrétaire. 

C’est vers 1768 que Court de Gébelin 
entreprit son « grand oeuvre ?>. « Les neuf 
volumes de Touvrage — écrit Jean-Marie 
Lhôte (op, ctt.) — dont la publication fut 
seulement interrompue par la mort, 
constituent un monument d’érudition 
bizarre où la fantaisie fait parfois 
sourire..*». Pourtant, d'éminents 
personnages figurent parmi les 
souscripteurs, parmi lesquels la famille 
royale — Texemplaire ici présenté a 
appartenu à Marie-*Antoinetie —ou des 
savants, tels Diderot, d’Alembert, 
Franklin, etc. 

C’est, bien siir, le volume 8, de 1781, et 
plus précisément la « dissertation » 
consacrée au « Jeu des Tarots », qui nous 
préoccupe ici. A la recherche des signes de 
son « monde primitif i>. Court de Gébelin 
s'arrêta sur les allégories du tarot, celui 
connu de nos jours sous le nom de « Tarot 
de Marseille ». Son ouvrage est un long 
commentaire de ces aious (il n"y est pas 
question de « iames » I), accompagné de 
reproductions plutôt maladroites. C’est 
ainsi que le Pendu se retrouva... sur ses 
pieds. 


Bien que n’en ignorant pas Tusage 
ludique — il en donne une règle à deux 
joueurs —, Court de Gébelin vit dans ces 
images un « livre égyptien », capable de 
s'appliquer aussi à la divination. Dans un 
chapitre complémentaire, notre auteur 
laisse la plume à un mystérieux « C. de 
M... » (Comte de Mellet ?) qui y développe 
Taspect divinatoire, en se fondant plutôt 
sur le caractère « hébraïque » du tarot, ici 
baptisé « Livre de Thot ». Assez 
curieusement, c'est sur un « Tarot de 
Besançon » que se fonde son analyse. La 
« science occulte » du tarot était née. On 
mesurera au fil des numéros qui suivent 
combien occultistes et cartomanciens sont 
redevables de leur interprétation à Court de 
Gébelin et à son partenaire, 

Paris, B.N,, Imprimés, Réi. X 669. 

Bibt. : D'Allemagne, f, 475; Bielefdd 72, 
n'" 64 ; Kaplan, 12-14; Dummelt, 102-105; 
Cûurc de Gébelin, Le furot, présenté et 
commeniÉ par Jean-Marie Lhôte, Paris, 1983, 


129 

Fttellla (Alliette, dit). 

.Manière de se recréer avec te jeté de cartes 
nommées tarots : pour servir de troisième cahier 
à cet ouvrofte / par Elteilla — A Amsterdam et 
5e trouve A Paris : chez Segault ; chez Legras, 
1783. — 58 (1) p. — ni.; 12'". 

Frontispice grave ; « /O / Lu Tentpérance ». 
Paris, B.N., Estampes, Kh 108/4" rés. 


130 

FtteilLa (Allietle, di()« 

Manière de se recréer arec le Jeu de cartes 
nommées tarüfS : pour servir de tfttatrième 
cahier à eet ouvrage / par Ëtteilla “ A 
Amslerdain ei se trouve à Paris : chez Tauteur, 
1785. — 256 p. — ill. ; 12". 

Frontispice gravé : « 12 / La Prudence ». 

Paris, Bibliothèque de TArsenal, 8" S 14394 (3), 

Etieüla (anagramme d’AllieUe) peut sc 
flatter à juste titre d’Itre le 
M réformateur » de la cartomancie, à tout 
le moins d'être le père-fondateur de la 
divination par le tarot. 

Il semble impossible d'extraire des 
innombrables informations qui courent sur 


Etteilla la moindre date sûre. Son dernier 
livre est paru en 1791, après quoi on perd 
sa trace.,* il affirme qu'il cherchait déjà en 
1753 à percer le secret des cartes. 
Cependant, son premier ouvrage connu ne 
semble pas avoir été publié avant 1770 et ne 
concerne que les cartes ordinaire.s. Parfois 
présenté comme «perruquier», 
.Alliette/Etteilla s'intitulait lui-même 
« professeur d'Algèbre ». 

C'est en 1783 et 1785 que parurent les 
quatre « cahiers » de Manière de se 
recréer..., accompagnés chacun d'un 
frontispice gravé en taille-douce illustrant 
une « vertu cardinale ». C'est la lecture de 
Court de Gébelin qui décida Etteilla à 
offrir au public sa propre interprétation du 
« Livre de Thot ». L'ordre de parution des 
« cahiers » ne fut pas chronologique : le 
premier et le troisième furent publiés en 
1783, ornés, respectivement, des gravures 
de « La Justice/n® 9 » et de « La 
Tempérance/n® 10 », le second et le 
quatrième parurent en 1785 avec « La 
Force/n® II » et « La Prudence/n® 12 », 
celle-ci n'étant que le Pendu renversé cher à 
Court de Gébelin et ici figuré sous la forme 
d’une allégorie féminine assez étrange (cf, 
n® 130)* 

La question est de savoir si Etteilla est 
bien Tauteur des cartes connues 
aujourd'hui sous le nom de <i Grand 
Etteilla » (cf. cat. n’" suivant)* Outre qu'on 
y retrouve les quatre « vertus » illustrées 
dans les frontispices, les images modernes 
sont suffisamment fidèles à la description 
qu’en donne Tauteur dans son « troisième 
cahier » pour permettre une attribution 
certaine. Toutefois, en 1783, Etteilla avoue 
avoir renoncé à son i mention de faire 
graver les 78 Hiéroglyphes du Livre de 
Thot (**.) ayant supputé les frais, la 
fatigue, ie goût général du siècle... » 
(premier cahier, p* 124), On peut penser 
alors que le « Jeu de Cartes corrigées » 
qu’il vendait pour 3 livres 12 sols, et dont 
l’annonce se retrouve en divers endroits de 
ses publications à partir de 1783, n’éiail 
qu'un tarot de production courante 
transformé par ses soins, manuellement. 
Dans le troisième cahier, il propose l’achat 
de la série en souscription et promet que le 
jeu qui l’accompagne « sera délivré dans 
l'instant, ou peu de jours après s'il n'y en 
avait pas de corrigé ». 


]33 


0 


U 





I, A 1 ‘ FM M nv 


119/130 


Maïs peut-être fit-il faire enfin, quelques 
années plus tard, un véritable jeu. Un 
témoignage inauendu nous est fourni par 
Eliphas Lévi dans son Dogme ei riîueî de h 
houre magie, en 1856 (cf cat, n® 139). 
Celui-ci, clamant son mépris pour « cet 
ancien coiffeur, n'ayant jamais appris ni le 
français ni fortliographe », nous donne 
une précision qui ne s'invente pas : 

« Sur le tarot quMI [Etteilla] fit graver, et 
qui est devenu fort rare, on lit à la carte 
vingt-huitième (le huit de bâtons) cette 
réclame naïve : “Etteilla, professeur 
d’algèbre, rénovateur de la carîonomancie 
et rédacteurs (sic} des modernes 
incorrect ions de cet ancien livre de Thot, 
demeure rue de fOseîlle 4S, à Paris" » 
(tome II, pH 279). Ainsi donc Alphonse- 
Louis Constant avait eu entre les mains 
l’authentique tarot d'Etteilla ! 

Bibî. : D'Allemagne, I. 475-478; BN 63, 
n“ 367 : BieEetelcl 72, n® 65 ; DuEumett, 105-110. 


I.A jr STICK. 
19. 


3.A ÏRrDEN'CE . 


TA TORCE. 


131 

Tarot « Égyplien » — Grand Etteilla 

Paris (?) première moitié du xtx* s. 

73 cartes (sur 78), enseignes italiennes 
gravure sur cuivre coloriée à la main 
papier en plusieurs couches 
107 X 56 rum 

dos ; arborescences mauves 
nomenclature Hoffmaiin ; Grand Etteilla l 

La comparaison des quatre vertus de ce 
jeu avec les gravures qui ornent les livres 
d'Etteilla permet de dire que ces cartes sont 
assez fidèles au modèle d’origine et que 
nous avons là les images conçues par 
Etteilla lui-même. Il faut une perspicacité 
certaine pour retrouver la filiation des allé¬ 
gories : on ne connaît pas les principes qui 
ont guidé le cartomancien parisien dans 
son traitement iconographique du Tarot de 
Marseille revu par Court de Gébelin. Bous¬ 
culant Tordre conventionnel, transformant 
complètement le sens de certaines cartes, il 
compose un « jeu » assez, mystérieux et 
naïf à la fois. 

Les 2Ï atouts ^ ou ce qui en subsiste — 
sont numérotés de 1 à 21, les caries ordinai¬ 
res, elles aussi passablement modifiées, de 


134 































22 à 11 J le Fou fermaitï la marche avec le 
n"" 78. 

On trouvera ci-dessous les correspon¬ 
dances entre le Tarot de Marseille et les 
images d’Etteilla, non sans constater que 
les atouts H à V (Papesse, impératrice. 
Empereur et Pape) ont été prudemment 
remplacés par des cartes nouvelles, 
«Etteilla/Questionnani» (n* 1), 
« Etteilla/Questîonnante » (n“ 8). et les 
cartes 6 et 7 qui évoquent la Création du 
monde : 


Etteilla 

2^ Éclairci ssemeru 

3. Propos/Eau 

4. DépouilÈcment/Air 

5. Voyage/Terre 
9, La Justice 

10. La TempéraiiiCe 

11. La Force 

12. La Prudence 

13. Mariage 

14+ Force majeure 

15. Maiadk 

16. Jugement 

17. Mortalité 

18. Traître 

19. Mîsère/Prison 

20. Fortune 

21. Dissension 
78, Folie 


Tarot de Marseille 


le Soleil (XIX) 
la Lune (XVIII) 
l’Éloüe (XVK) 
le Monde (XXI) 
la Justice (VllI) 
Tempérance (XIV) 
la Force (XI) 
le Pendu (XIl) 

1*Amoureux (Vl) 
le Diable (XV) 
le Bateleur (1) 
le Jugement (XX) 
la Mon (XIII) 
rErmiic (IX> 
la Maîsûiî’Dieu (XVI) 
la Roué de Fortune (X) 
k Chariot (VII) 
k Fou 


Profitant de regyptomanie du moment, 
Etteilla s'écarte de Court de Gébetin et pro¬ 
pose un système complet destiné à la divi¬ 
nation. Bousculant Tordonnancement du 
Tarot de Marseille, il replace les allégories, 
parfois débaptisées, dans un ordre à lui. 
Les cartes numérales, numérotées de 22 à 
77, offrent deux parties. Tune où se placent 
les enseignes traditionnelles — mais redes¬ 
sinées —, Tautre restant parfois vide (Cou¬ 
pes et Deniers), ou s’ornant de symboles 
divers (Bâtons, Épées). Le « Grand 
Etteilla » eut de nombreux successeurs, pas 
toujours fidèles, mais tous assignés à notre 
« professeur d’Algèbre >î. 


Paris, B.N., Estampes, Kh 212. 

Bîbi : D’Allemagne, I, 476et 482-434: Bîelcfeld 
72, 66; Kaplan, 141 et 252 ; Dutnmcit. 

no-HL 


133 

« Le Pelil Üracle des liâmes » 

Veuve Gueffier 
Paris, 1S07 

42 cartes (complet), enseignes françaises 
eau-fone coloriée au pochoir 
papier en plusieurs couches 
90 X 58 mm 
dos ; blanc uni 


L.V Pui trK.st'l.. 



Lk f'JCrPLK + 


131 


132 


éiui carton recouverl de papier relieur avec éii- 
queties Le Peiii Oracle des Dames / ou / 
kêcréatton des Curieux. // A Paris, chez la 
Vve Gueffier / relieur, rue Galande, n® 6/. 
livret d’accompagnemenl : Le pefîi orack des 
dames : ou récréation des curieux, contenant 
72 figures coloriées formant un Jeu complet 
de 52 Cartes (sic), avec la manière de tirer ies 
carres^ tant avec ce Jeu^ pu'avec ies cartes 
ordinaires. — A Paris ; chez la Veuve Guéf- 
fier, an 1807. — 64 p. —; 8^. 

Quoiqu’orné en coin.? de reproductions 
de cartes ordinaires à enseignes françaises, 
cet exquis petit jeu de divination Empire 
offre, en fait, une iconographie qui est celle 
du tarot. On retrouve, en effetj dans les 
21 premiers numéros, lés allégories bien 
connues : la Lune, par exemple, qui n’a 
pas perdu ses deux chiens hurlant (n" 3), la 
Prudence, qui n'est autre que le Pendu 
M corrigé » par Etteilla (n* 9), la Maison- 
Dieu (« Création de l’Homme et de la 
Femme » — 5) ou encore le Bateleur et 

le Fou qui se partagent la carte n* 2L On 
notera que la présence de Junon (n* 20) et 
Jupiter (n° 18) renvoie au modèle « de 
Besançon », 

Un autre exemplaire, sans étui ni livret, 
se trouve dans la collection Georges Mar¬ 
teau (Estampes, Kh 167 rés. n^^*450-452), 

Paris, B.N.j Estampes, Kh 179 rés. 

BibL : O'Doisoghue. F. 56 et F. 57; D'Alkma- 
gne, l, 478 et 482; Biekfeld 72+ 68; Kdler, 

FR.A 227. 



Lit Ih ffi/e 


JjC Feftple 


133 

Nouvel Btieilla » 

Robert 

Paris, vers ISIO 
36 cartes (complet?) 
eaii-forie coloriée au pochoir 
papier en plusieurs couches 
73 X 49 mm 

dos : pois rouges sur fond utii rose 
étui carton vert avec étiquettes : NOUVEL 
ETTEILLA / ou le peîit Nécromancien. // 
Peiiî Oracle des Dames. 

A PARÎSy chez Robert rue de l’Arbre sec, 
N^ 26 au i". 

livret d'accompagnement : Explication des dif- 
Jérenles manières dont il faut se servir pour 
faire usage de ce Jeu de cartes. — A Paris : 
chez tous ks marchands de nouveautés, s,rf. 
— 41 p. — ; 24*. 

Malgré le livret d’accompagnement, qui 
doit être le fruit d’un plagiai, les 36 (et non 
33) cartes de ce jeu de cartomancie ne 
s^ornent plus de représentations de caries 
ordinaires. Ici la référence à Etteilla est 
claire, mais seules 8 figures de tarot sont 


t35 


I 




































encore utilisées : T Amour (n® i), Jupiter 
(« Protecteur », n® 2)^ Junon (« Protec¬ 
trice », n* 3), la justice (n® 4), la « Pru¬ 
dence » (n® 14 — c’est le Pendu revu par 
Elteilla)) le Pape (« Mariage-Union », 
n® 15), rÉtoile (« ÉclaircUsements », 
25) et la Mort (n* 36). Il s’agît, en fait, 
d’un dérivé du précédent, avec Jupiter et 
Junon. 

Paris, B.N*. Estampe, Kh 9 rés. 


134 

Tarot « Égyptien » — tirand Eüetlla 

Erance, troisième quart du xix^ s. 

75 cartes (complet), enseignes italiennes 
gravure sur acier coloriée à la main 
papier en plusieurs couches 
lOÎx 65 mm 
clos ' uni blanc 

nomenclature Hoffmann : Grand Etteiila I 

Il s’agit ici d’une variante plus orientali- 
sante du « Grand Etieilla I » (cL eat. 
n® 13i), exécutée dans un style plus tardif. 
Toutes les représentations sont inversées 
gauche/droite par rapport au prototype. 
La référence à TÉgypte et à TAssyrie est ici 
plus poussée. Ce jeu est, toutefois, difficile 
à situer car on n’en connaît ni le fabricant 
ni ta date. 

Paris, B.N., Estampes, Kh 353 n® 274, 

Bibi. : BN 66, n" 425; Kaplan, 143. 

B5 

Tarot « Égyptien » — Grand Ttteilla 11 

France, deuxième moitié du XtX’ s, 

78 cartes (complet), enseignes italiennes 
gravure sur bois de bout coloriée à la main 
papier en plusieurs couches 
12S X 79 mm 

dos ; losanges et motifs géométriques mauves 
nomenclature Hoffmanri ; Grand Etteilla 11 

Paris, B.N,, Estampes, Kh 353 n® 275, 


136 

Tarot « Égyptien » — Grand Etteilla H 

France, milieu du xix* s. 

78 cartes (complet), enseignes ilaliennes 
gravure sur bois de bout coloriée à la main 
papier 

cahiers reliés en forme de livre (hauteur : 
170 mm) 

nomenclature Hoffmann ; Grand Etieilla 11 

Paris, B.N., Estampes, Kh 123 rés. 

Ettdlla s*était encore senti lié à 
rancienne représentation de la Pru¬ 
dence », c’est-à-dire au Pendu renversé de 





133 


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1.6 uiïniinjiiiileiird4SiiCû[hALruL:ii4)n»<t'ii piijUL J 

xAvniB-irMU. —* Anrutniwt., 


- 3 ^ 11:391 naivi Ni I — 

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136 

























I 


Court de Gébeliii. Mais son originalité ne 
pouvait être comprise de dessinateurs plus 
attachés à une certaine orthodoxie. Aussi 
remptaça-t-on rallégorie d'Etteilla par une 
femme au miroir, conforme à la tradition. 
[| en alla de même pour la Tempérance qui 
renoue ici avec une iconographie ancienne, 
qu^on trouve déjà au xvie* siècle {mors en 
main et éléphant). Ces transformations 
altérèrent quelque peu la logique du « tarot 
égyptien » — formant ainsi une deuxième 
génération —, mais celui-ci y gagna en 
popularité. 

On connaît de très nombreux exemples 
de ces cartes, qui semblent avoir été diffu¬ 
sées sous forme de planches non découpées 
ou encore de cahiers (n® U6). Elles étaient 
parfois montées sur carton {n® 135). 

HibL ; Witlshire, F, 84; BN 6*. 429; Biek- 

feld 72, a® é9 ; Dunimett. 111-112; Fournier 82, 
136 (n“ 88). 


137 

Grand jeu de l’Oracle des Dames » 
Delarue 

Paris, après 1890 

78 cartes (complet), enseignes italiennes 
ch rom olit hograph le 
papier en plusieurs couches 
130x65 mm 

dos ; losanges et motifs géométriques bleus pâles 
timbre gras t « Réf>ubIi0ie Française — Décret 

du Î2 avrif Ï890 » (2 d^Épées) 
namenclature Hoffmann : Grand Etteilla IH 

Ce jeu représente une troisième généra¬ 
tion, plus tardive, du « Grand Etteilla ». 
De même qu’Etteilla avait librement inter¬ 
prété son modèle, de même k créateur de 
ces cartes a interprété Etteilla. Son prin¬ 
cipe : tout ce qui paraissait incompréhensi¬ 
ble devait être changé. De ce fait, les rémi¬ 
niscences du Tarot de Marseille et de Court 
de Gébelin s'atténuèrent grandement. Cer¬ 
tes, on retrouve le Fou sous le n° 78 et le 
Bateleur sous le n® 15, Le Monde est 
devenu une curieuse allégorie de 
« rHomme et les Quadrupèdes », sur fond 
Orné rouge, qui n'est pas sans évoquer les 
papiers peints du Second Empire. Ce même 
fond se retrouve sur l'image de la Prudence 
(n® 12), inspirée, non plus d’Etteilla, mais 
de ses imitateurs (« Grand Etteilla II », cT 
cat. n* 135), comme cela est le cas pour la 
Tempérance, qui a toutefois perdu son élé¬ 
phant. La Force (n® 11) et la Justice (n* 9) 
ont conservé Pallure si particulière des des¬ 
sins d’Etteilla. 

Ce jeu, dû à l’éditeur parisien Delarue, 
ne porte pas de marque. Mais l’étui d’un 
exemplaire identique du British Muséum 


136 


indique qu'il fut dessiné par G. Regamey et 
lithographié par Haugard-Maugé. Un 
autre exemplaire^ conservé dans la Collec¬ 
tion Rothschild du Louvre, se trouve collé 
dans un volume de cartes à jouer et autres 
images populaires, constitué vers 1860. 11 
s’agirait alors d’une des toutes premières 
chromolithûgr^hies. 

Fac-similé : Editions Dusserre, 1982. 

Paris, B.N., Esiampcs, Kh 333 n® 278. 

Bibl : Willshire. F. 87; D’Allemagne, I. 484; 
BN 66, n" 432; Bietefdd 72, n® 70; Kaplan. 
142; Dummett, 1(1-112; Kdler, FRA 214; 
Fournier 82, I3l (n® 3l0). 


138 

Tarot de Marseille avec mentions divinatoi- 
res manuserites 

François Tourcaty fils 
Marseille, France, début du xix^ s. 

75 cartes (sur 78), enseignes italien nés 
gravure sur bois coloriée au pochoir 
papier en plusieurs couches 
1(3x61 mm 

dos ; carrés avec étoiles à 4 branches 
marques : 

/, FRANÇOIS . TOVRCA TY FfLS . ANNO 
( / {2 de Deniers) 

F.r. (écusson du Chariot) 

B/A (pour BAions, sur les points) 



Droit 

Kl’‘rEiLLX 


XfsVS[NOt_l<îHnt) 31 




KOtJ.vxh;3KDnv 
0£ az- 


138 


i37 




I 




































































E/s (pour ESpé^s» sur les points} 
nomcnclaiure IPCS : ÏT-L 

Les 75 canes de ce Taroi de Marseille du 
début du XIX» siècle ont été réutilisées à des 
fins divinatoires et numérotées à la plume 
de l à 78, selon un ordre des plus curieux 
qui ne doit rien à Elteilla. Deux mains ne 
sont succédé : l'une a inscrit de courtes 
mentions d’une grosse écriture que Tautre 
a rayées pour placer de nouvelles légendes 
en plusieurs endroits des cartes. Le Bâte- 
leur, par exemple, porte le n^ lû. La pre¬ 
mière main avait écrit * mafadw » en haut 


de la carte. La seconde a raturé cette men¬ 
tion, reportant le même mot en bas et lui 
ajoutant « 2^ nouveiks (sic) agréable ». 
Dans Tautre sens, elle a écrit « cérémonie 
religieuse », 

La carte numérotée l (roi de Coupes) est 
le Consultanf, la carte numérotée 78 (5 de 
Deniers !) porte la mention « ne pas faire 
de folie », 

Le jeu employé est peut-être issu d’un 
moule « révolutionnaire », car les légendes 
de la Papesse, du Pape, de l’Impératrice et 
de PEmpereur ont disparu, de même que 


les titres des rois et des dames. On connaît 
des exemplaires de ce jeu datés « an X » 
(1802^1803), 

Paul Marteau, à qui a appartenu ce 
tarot, n’hésitait pas à attribuer ces men¬ 
tions manuscrites à Mlle Lenormand, célè¬ 
bre cartomancienne du Premier Empire. Il 
n’existe, hélas, aucune preuve pour justi¬ 
fier cette belle affirmation. 

Paris, a.N., Esiampea, Kh 381 rés, n" 77. 

Bibi. : BN 66, 403. 


Le grand mouvement occultiste 


139 

Levi (Elipbas, Alphonse-Louis Constant, 
dit) 

— Dogme et rltiiei de la haute magie / par 
EUphas Lévi — Paris : Germer Bailléic, 1856. — 
2 voIh aS4 324 p.-ill.); 8^, 

Frontispice gravé « Bouc de Sabbat », signé 
EUphas Levi det, dans chaque volume. Planche 
hors-texte « Le Chariot d'Hermès, septième clef 
du Tarot », signée A. Consianî, p, 288-289 du 
tome II, Le premier volume paraît incomplet ; il 
commence à ta p. 41. 

Eliphas Lévi, pseudonyme hébraïsant 
d"Alphonse-Louis Constant (1810-1875) 
marque un tournant dans l'approche 
ésotérique du tarot : lui aussi inspiré par 
Court de Gébelin, il délaisse la cartomancie 
et ses séides (le « coiffeur » Alliette) et relie 
le Tarot au courant « cabbalistîque » de 
l’occultisme français, principalement à la 
mystique des nombres. 

L’ouvrage principal d’Eliphas Lévi, 
Dogme et rituel de la haute magie^ parut en 
185 6 en deux volumes. Tiré à 
500 exemplaires, il fut vendu en plusieurs 
livraisons sous forme de souscription. 
C’est principalement dans le tome II, 
consacré au « rituel », que l’auteur aborde 
l'interprétation des 22 ^ defs » (il n’est 
toujours pas question de lames ni 
d*arcanes..,) du Tarot. Reprenant Court de 
Gébelin, Elîphas Lévi s’en écarte parfois, 
faisant notamment de TErmite la Prudence 
et voyant dans le Fendu — qu’il ne 



139 


Ll. CBiifelrir u'hIRM»* 
Vr-rïmf ftfl du 3 jI«4 \*M.r iTJ 



138 












« renverse » pas — [e « symbole du 
sacrifice et de l^œuvre accomplie », 

Deux « clefs » du tarot sont illustrées 
dans îe livre : le Chariot, devenu ici « Le 
Chariot d'Hermès » (l, II, p. 288-28*^)» et 
le Diable, dont une représentation assez 
délirante orne le frontispice de chacun des 
deux volumes. Les légendes des 
illustrations, en fin du tome H, nous 
apprennent qu'il faut voir là le « Bouc du 
Sabbat ». On mesurera à ces deux images 
et aux descriptions précises qui figurent 
entre les p, 285 et 293 rinfluence de Lévî 
sur les créations d’Oswald Wirih (cf. cat. 
n® 140). 

Paris, B.hJ.p Imprimés, R 43 869-41870. 

Bibh ' Bidlefeld 72, îi*' 71 ; Kaplan, 22: 
Dummelt, 113-120. 

140 

U Le Tarot des imagiers du Moyen Age » 

Oswald Wirih (édition : Le Symbolisme) 

Paris, 1926 
22 cartes (complet) 

impression typographique en couleurs 
papier 

125 x63 mm (cartes), 238 x 185 mm (planches) 
marques r 

monogramme O. W". sur chaque carte, sauf la 
Mon (Î5), le Soleil (19), le Monde (21) 
portefeuille de 12 planches (1 pour Le texte, Il 
pour les cartes, groupées par 2). Titre : Le 
Tarai des imagiers du Mûyea Age^ restilué 
dans l*espnt de son symbolisme / par O^wald 
Wirth — Planches — Paris : Le Symbolisme, 
1926. 

Paris, collection T, Depaulis. 

141 

Wirth (Oswald) 

Le Tarot des imagiers du Moyen Age. — Paris : 
Le Symbolisme i E. Nonrry, 1927. — 337 p.-; 
8", 

Relié avec les planches dti n" 140. 

Paris, B.N,, Imprimés, 4* R 3293. 

Oswald W'irlh est né en Suisse en 1860, 
Fixé â Paris en J 886, il y fit la connaissance 
— décisive pour lui — de l^occultiste 
Stanislas de Guaita et en devint le 
secrétaire. Il joua un rôle important dans la 
Franc-Maçonnerie française. O. Wirth est 
mort en 1943. 

La première oeuvre de Wirth ne fut pas 
un livre mais un tarot dont il dessina, en 
1889, les 22 <*. lames » .sous Finfluence de 
Stanislas de Guaita. Celui-ci, pétri des 
idées d’Eliphas Lévi, souhaitait qu'on 
restitue leur « pureté hiéroglyphique » aux 
22 « arcanes » du tarots Non seulement les 
allégories de Wirth sont conformes aux 



descriptions du tome 11 de Dogme el rbuel 
de ta haute magie (cat. n* 139), mais la 
comparaison des 2 clefs » imaginées par 
Lévi avec les cartes correspondantes (le 
Chariot et le Diable) montre que 
l'occultiste suisse a scrupuleusement 
respecté les indications du maître. C'est là 
la première tentative de création d'un tarot 
occultiste. Elle devait être suivie de 
nombreuses autres. 

Seul le Briti-sh Muséum semble avoir 
conservé un des 350 exemplaires qu'édita 
Poîrel en 1889 (Londres, Br. Muséum, 
Depi. of Prints and Drawings, 
1904-5-1L48) et dont Fannonce figurait 
encore en 1927 dans le livre d'Oswalü 
Wirth, sous la rubrique « ouvrages du 
même auteur » : 

« Les 22 A rtafies du Tarot Kabbaiistique 
restitué à leur pureté hiéroglyphique, sur 
les indications de Stanislas de Guaita. 
Paris, Héliogravure G. PoireU 18S9, tirage 
limité à 350 exemplaires. » Toutefois on 
peut en trouver des reproductions en noir 
ei blanc dans le livre de Papus paru la 
même année (cat. n'' 142), Une signature 
est visi ble sur la reproduction du Pendu : 
Oswaki mnh / Paris IS89 (p, 156), 

En 1926, Oswald Wirth eut Fidée de 
rééditer ses cartes. Présentées deux par 
deux sur 11 planches, les 22 « arcanes » 
ont été enrichis d'ornements et d'un fond 




LAFIOVRCVX 


1 


140 

d'or. Des entrelacs encadrent chaque 
figure, et la Papesse, FImpératrice et 
l'Empereur ont légèrement changé leur 
position. La <f Maison du Ciel » (1889) est 
redevenue la « Maison-Dieu » (1926). Le 
Pendu a perdu sa signature et, désormais, 
chaque carte est dotée d'un monogramme 
O, ÎV. (n* 140). 

Le portefeuille qui les contient fut 
associé l'année suivante au livre Le Tarai 
des imagiers du Moyen Age avec lequel il 
était relié. Dans cet ouvrage (n* 141), 
Oswald Wirth tente de justifier son 
approche du tarot, se gardant 
d’argumenter sur Fancienneté du jeu telle 
que Court de Gebelîn l’avait défendue. On 
y trouve aussi diverses méthodes de 
divination. 

Réédité en 1966 par Tchou, le livre de 
Wirih — qui était précédé d'une préface de 
Roger Caillois —, était accompagné d'un 
jeu de 78 cartes qui reprenaient, de façon 
assez malheureuse, les 22 dessins originaux 
auxquels avaient été jointes 56 cartes 
normales, créées pour l’occasion. 

Un fac-similé de l'édition de 1926 est 
proposé depuis peu par les Éditions Clé de 
Vie (Bonnieux, 1984). 

Bibi. I Bielefeld 72, n“ 72 : Kaplan, 162 (pour 5 
des cartes de 18S9) el 286 (pour la rééd. à 
78 cartes U.S. Garnes Systeens/A G. Muller); 
Duiïiméil, l25-i26. 


139 



























142 

Papv!^ (Gérarct Encaussc^ dit) 

— Ctef absoiue la .'icience occttlie : le tarot 
des Bohémiens, le plus ancien livre du nurmie. — 
Paris : G. Carré, — 372 p. — fig. et pL; 
8 ^, 

Achevé d'impritner k 35 juilkT 1889. Dessins de 
Gr Vigneult Ch. Parler Oswald Wirth, Phoioty- 
pics G. Potrelp Paris. 

Le Tarot des Bohémiens est un classique 
de !a littérature occultiste. Plus systémati¬ 
que qu'Eiiphas Lévi, dont Texaltation 
mystique pouvait effrayer les lecteurs^ le 
livre du Dr Gérard Encausse (fl^l^^) se 
présente comme une analyse « rigou¬ 
reuse i> des « lames » du tarot. C*est aussi 
un retour aux sources du Tarot de Mar¬ 
seille dont chaque carte est illustrée et 
commentée. 

Comme si le symbolisme de celui-ci 
n’était pas assez clair» l'auteur a fait appel 
à des représentations conformes à la vision 
des occultistes^ et notamment à celle tf'Eli- 
phas Lévs. Ce sont les 22 « clefs » dessinées 
par Oswald Wirth, et dont la première édi¬ 
tion venait de paraître (cL cat. n" 140), 

Paris, B.K., Imprimés. 4^ R 2103. 

8ibL : Kaplan, 18 ■ üummett, 128-133, 


143 

Falconnier <R.) 

— Les XXfl lanres hermétlifues du tarot divina- 
toiref exactement reconstituées d'après les textes 
sacrés et sehn la tradition des mages de 
i'ancienne Égypte / Dessins de Mce Oîlo Wege¬ 
ner. — Paris : Librairie de Part indépendants 
189^. — 11-53 [41-22 pL-ll| p. ; r, 

Letire-préface de A. de Thebes et lettre ms. de 
Tauteur. 

Dédié à Alexandre Dumas fils, grand 
amateur d’Asîrotogie et de Chiromancie, le 
livre de R. Falconnier, qui était acteur de la 
Comédie-Française, marque une tentative 
nouvelle pour assurer dans les « arcanes 
majeurs » du tarot une iconographie plus 
conforme à ce que l'on connaissait désor¬ 
mais des civilisations du Croissant Fertile. 
L'image assez fantaisiste que se faisait 
Court de Gébelin de TÉgypte antique est ici 
écartée au profit d'authentiques représen¬ 
tations tirées de fresques ou de bas-reliefs 
égyptiens, ou chaldéens, tels qu'on pouvait 
en admirer au Louvre ou au British 
Muséum, 

Les 22 planches noir et blanc qui illus¬ 
trent le livre pouvaient être découpées et 
montées sur carton. On annonça même une 


■ 


édition sous forme de cartes coloriées. Il 
n'en fut rien et le projet resta en l’état. 

Paris, B.N., Estampes, Kh 304/4*. 

BihL ; Uillshire, F. 85; O’DûiîOghue, F. 21 ; 
Bietefeld 72. n“ 73; BN &&, n* Dummett. 
133. 


144 

Papu<f (Gérard ËncaussCi dit) 

— Le livre des mystères et tes mystères du livre. 
Le tarot divinatoire : clef du tirage des cartes et 
des sorts, avec la reconstitution complète des 78 
lames du tarot égyptien et de la méthode d'inter¬ 
prétation, Les 22 arcanes majeurs et les 56 arca¬ 
nes mineurs / par le Dr Papes; dessins de 
Gabriç] Gûulinai, — Paris : Librairie Herméti¬ 
que, 1909. — 188 p. — 78 p]. hors-tesic; S”, 

Dans Le Tarot des Bohémiens (cf. cat. 
n° 142), Papus rejetait tout emploi divina¬ 
toire des « lames » du tarot. Pourtant il se 
décida à enrichir une bibliographie déjà 
conséqueme en publiant, en 1909, un livre 
destiné à éclairer enfin Pusage des canes : 


ce fut Le Taroi divinaîolret accompagné de 
78 illustrations nouvelles. 

Ces planches hors-texte sont conçues 
comme un complément du livre. On pou¬ 
vait les découper et les monter sur carton. 
Les représentations sont celles, renouve¬ 
lées, du Tarot de Marseille, mais avec une 
tentative de se rapprocher de l’archétype 
égyptien supposé. En effet, les documents 
égyptiens et assyriens étaient enfin visi¬ 
bles : ils ont été pris pour base. Les cartes 
illustrées par Falconnier (cat. n® 143) ont 
manifestement influencé le travail du dessi¬ 
nateur, Gabriel Gouîinat. 

Ici, on s’écarte volomairement des vieil¬ 
les gravures du Tarot de Marseille, même 
réinterprétées par Oswald W'Irth, auquel il 
n'est plus fait allusion. Les cartes ordinai¬ 
res, que ni Falconnier ni Wirth n'avaient 
songé à illustrer, sont ici très inspirées de 
celles d’Eneilla. 

Paris, B.N., Imprimés, 8* R 6478L 

Eibi : Bielefeld 72, n* 75 ; Kaplan, 211 ; Dum¬ 
mett, 134-135. 



140 









145 

« Tarol HiérOj^lyphique tgypüen » d« 
Mme Dutora de la Haye 

Hayard el Cie 

Paris J 1897 

12 canes (complet) 

gravure sur bois en couleurs 

papier eu plusieurs couches, très épais 

162 X 79 mm 

dos : losange avec quarts de fleur 
étui carton 3 Tout ie Wûrtde / carîomartcien / 
flvec le / (araf hiéroglyphique égypîieri / 
Hayard & Cle Éditeurs / En vente portout ei 
chez rauîeur / Ainie DULQRA DE LA 
HA YE / 10^ rue de Rkheheu, £j|/reîo/, Paris 
(mention d’adresse manuscrite! 


Aspects 


146 

Marteau (Paul) 

Le Tarot de Mûrseilie. — Paris ; Ans et Métiers 
Graphiques, 1949, — XVIiMSl p. — 78 
(27,3 cm). 

Préface de Jean PaiiLhan, exposé d’Eugène 
Caslant. Les illustrations sont fournies par des 
caries Grimaud collées dans le texte. 

Paul Marteau ( 11966) est un personnage 
qui a beaucoup compté dans Thistoire de la 
carte à jouer française. Héritier de 
Baptiste-Paul Grimaud, neveu de Georges 
Marteau — qui fit don d'une magnifique 
collection de cartes à la Bibliothèque 
Nationale —, il dirigea la fabrique 
Grimaud jusqu’en 1963. Grand 
collectionneur lui-même, il accumula 
toutes sortes de choses et, notamment, les 
cartes à jouer. Ami de Céline, qu’il soutint 
pendant son exil au Danemark en lui 
achetant ses manuscrits, ami de Jean 
Pauihan et de nombreux écrivains, Paul 
Marteau gâta particulièrement la 
Bibliothèque Nationale par ses dons. 
Plusieurs cartes de cette exposition ont été 
en sa possession. 

En abordant l’imagerie du Taroi de 
Marseille, Paul Marteau se proposait 
d’analyser un « canon », fixé jusque dans 


dépliant d'accompagnemenE : TAROT Hl£- 
ROCLYPN/QUE ÉGYPTIEN / 
sMETHODE.- I2p.t timbre gras rcccangu- 
laire : Mme DULORA de ia HA Y£ / 10, Rue 
de Richelieu / iù l’Entresoi^ PARIS 

Mme Dulora de la Haye - 10, rue de 
Richelieu, (à Pentresol), Paris — semble 
avoir exercé ses talents au tournant de 
notre siècle. Sî Ton en juge par les ouvrages 
qu^elle a pieusement confies, en voisine, au 
Dépôt Legal de la Bibliothèque Nationale, 
sa période de fècondUé liiléraire s'étend de 
1896 à 1910. Et comme dans !e dépliant de 
son jeu elle signale qu’elle vient de faire 
paraître deux ouvrages datés de 1896, on en 


ses traits et ses couleurs. De ce « canon » il 
dit qu’il « fut édité en 1763 par Nicolas 
Conver, maître cartier à Marseille... ». 
Précisant que « ce Tarot est actuellement 
édité par B.P. Grimaud » — c’est 

« l’Ancien Tarot de Marseille » (cf, cat. 
n° 114) —, il revendique sa tradition, 
affirmant que cette maison qu’il dirigeait 
alors « recueillît la succession de 
Conver... » (n. 1, p. 1). Toutefois la 

perspective est un peu faussée : ce n’était 
pas vraiment Grimaud qui était l’héritier de 
Conver, mais ta maison marseillaise 
Camoin, disparue en 1970, dans laquelle, il 
est vrai, Grimaud avait pris une 
participation... 

Mais surtout la comparaison avec 
l’authentique tarot de Conver (cat. 41) 
montre à quel point le jeu de Grimaud est 
passablement stylisé. Ses couleurs — 
auxquelles Paul Marteau attachait tant 
d’importance — sont assez différentes. El 
nous avons montré que n l’Ancien Tarol 
de Marseille » était l’aboutissement d'un 
curieux processus qui avait sa source... au 
XIX' siècle, quand Lequart, puis Grimaud 
publièrent un « Tarot de Besançon » au 
nom d’AmouU, cartier parisien du 
xvtii* siècle, ancêtre présumé de la maison 
Grimaud (cf. cat. n*® 112-113). 


déduit que le « Tarol hiéroglyphique égyp¬ 
tien » — qui n’a pas bénéficié des mêmes 
attentions que ses livres auprès de l’institu¬ 
tion voisine — a dû être mis en vente en 
1897. 

La « méthode » nous explique, très 
pédagogiquement, l’aspect de chaque 
cane : la partie centrale montre l’allégorie 
principale, les cartouches supérieur et Infé¬ 
rieur offrent des lignes explicatives. On 
retrouve dans ce jeu des réminiscences 
d’Etteilla (la F' et la 2® « Consultantes ») 
mêlées à des allusions au Tarot de 
Marseille. 

Paris, CûHcction Letellier, T t02. 


Le livre, qui bénéficie d'une belle préface 
de Jean Pauihan, se présente comme une 
suite de eommernaires très poussés sur le 
symbolisme de chaque « lame n. Celles-ci 
sont illustrées par des cartes de <f l’Ancien 
Tarot de Marseille » collées dans le texte, 

Paris.^ a.N,, Imprimés, 4"^ R 6452. 

BtbI. : AdT, II, p. 19. 


147 

« Tarot astrologique » 

Crimaud 

Paris, 1927 

48 cartes (complet) 

offset en couleurs 

papier en plusieurs couches 

127x75 mm 

düs ; motifs hélicoïdaux verts sombres 
livret d'accompagnement : Georges MUCHER Y 
/Le taroi astrologique : méthode. — Paris i 
Grimaud, s.d. [1927], — 16 p. — 11.5 cm. 

En réalité, te « Tarot Astrologique » n’a 
de tarot que le nom. Fondées sur les signes 
du zodiaque et sur les planètes, ornées des 
symboles conventionnels de ]'astrologie, 
les 48 cartes conçues par Georges Muchery 
furent éditées par Grimaud en 1927. 


de l’occultisme au xx* siècle 


141 



147 


i*40irTnjri 0 oiNïwt i-fs 



IL KAOiO 

Il rpiNCIPIÇ^ f devina 1* llltA 

L UOMQ II ^^Dll 


Un faC'Similé en a récemment été publiée 
(Éditions du Chariot, 1982). 

Paris* B.N., Estampes, Kh 385 n®' 279. 

B/M .■ BN 66, n^ 433; Kaplan, 266; Keller, 
FRA 226. 


148 

Cartontanzia lusso 

Modiano 

Trieste, Italie, 19SS 

78 cartes (complet), enseignes italiennes 
offset en couleurs 
papier en plusieurs couches 
106x61 mm 

dos : cercle zodiacal doré sur fond rouge avec 
monogramme Modiûfiû 
signature Sico/ï (ou Ctgvn F) sur chaque atout 
timbre gras w Répudà/tcn /tafiarta / Lire irecerjfo 
/ Giug. /9SS » 

étui canon bordeaux avec écusson métallique ; 
Carfoma/tzfa Lusso /ÿ4 // Modiarto 
Triesfe, 


zr ic 

wbMbM. «-1 H 1 LJ ■ 



lOd Dl|r àlIQht t^UltllA 


8 Z 



On recûfinaîi les jeux marquants à 
l'abûndànce et à la qualité de leur 
bibliographie. Celui-ci ne déroge pas à 3a 
régie t il a séduit nombre d’auteurs. On ne 
sait ce qu1l faut admirer lé plus, de la 
sensualité sculpturale — et légèrement 
Fascisante — des figures allégoriques, du 
raffinement des couleurs ou du symbolisme 
violent qui évoque une Égypte antique 
idéalisée. Les cartes ordinaire.s, empruntées 
aux tarots courants ^farocco pie/no/îfesej, 
sont, en revanche, un peu moins réussies. 

Ce jeu, paru en 1955, accompagnait un 
ouvrage du « Docteur Marîus », /f desfifio 
sve/aro Tiirocco, s.l.n.d. [1955], 

Paris, collection Leiellier. 

B/M. ; Biclefeld 72, n* 80 j Kaplan, 246; 
Dgmmetl, 162; Fournier 82, 122 167'168). 


143 


IwriJlO/ 19 VJlUtTlINI 



LA AUOtA DILLA FOftfUltA 


IL itcNù frt eio iDkCiMi 
14 r>otTui*A 


142 


























149 

Taroi Waitc 

A.O, Millier & Cîe, pour Rider à Cy 

SchaffhGusc^ Suisse,, 1972 

78 canes (complei), enseignes italiennes 

offseï en couleurs 

papier en plusieurs couches 

120x70 mm 

dos : tarotage écossais bleu ei noir 
monogramme : P^C.S. (PamcEa Colman Smith) 
sur chaque carte 

étui carton /? YDEP d COMPANY / LONDON 
/ printed for fiîder d Cy — London by 
A.G. Mufler (Ê de — Swdz^riûnd/ Rider é 
C° L../ m assodûfion wUh Waddingion 
Playing Card C* Ltd // 

The originùi and oniy authorised eddhn of 
Tarot Cards / îsi puttished in î^iÙ. 
livret d'accoiïipagnetncnt d’Arthur E. Waite. 

Le traducteur anglais de Papus et d’Eli- 
phas Lévi, Arthur E. Waite^ ressentît 
l^impérieuse nécessité d'éditer un tarot 
anglophone et conforme à sa propre vision. 
Sa réalisation fut confiée à Pamela Colman 
Smith qui mit au inonde ces cartes, trans¬ 
formant quelque peu le modèle du Tarot de 
Marseille dans le style « Art Nouveau », 
Le caractère féerique et l’environnement 
irrationnel des allégories témoignent d'une 
esthétique très anglaise. Là première édi¬ 
tion du jeu parut en 1910 pour servir 
d'illustration au livre de Waitc The Key to 
the Teroî (Londres, 1910)* Assez souvent 
réédité, notamment aux Etats-Unis, la pré’ 
sente version est due à la collaboration de 
l'éditeur londonien Rider 8l Cy, détenteur 
des droits originaux, et du cartier suisse 
Müller* 

Contrairement à Wirth, A.E, Waite prit 
en compte les 56 « arcanes mineurs » qu’il 
fit dessiner. Toutefois, les << cabbalistes » 
reprochent amèrement à ce jeu de ne pas 
faire figurer les lettres hébraïques 
conventionnelles. 

Paris, collccilûn LeidlÎÈr, n® 364. 

BibL : Biclcfdd 72, 74 ; Kaplan, 23, 273 ; 

Dummcit, 154-157. 


150 

77io^ Tarot 

Carta Muiidi (pour U.S. Cames Systems, New 
York) 

TurnhouE, Belgique, I97S 

78 cartes + 2 canes supplémenuires (complet), 

enseignes « Italiennes » 

ûffseï en couleurs 

papier en plusieurs couches 

140x95 mm 

dos : large croix tréflèe sur fond de 
« mosaïque » 


\ 



lîvrei d'accoïKipagncincni : /«Jlmenons’ for 

Aieister Crowley’s Thot Tarot Deck / by 

James Wassermaiu — St Paul, Mi nu,, (978. 

A Forigine de ce tarot, il y a les 78 toiles 
que Lady Frieda Harris peignît entre 1938 
et 1942 sous l'influence d'Aieister Crowlcy 
OS75-Î947). Frieda Harns (1877-1962) 
était l’épouse d’un Membre du Parlement 
britannique. Sir Percy Harris* Les peintu¬ 
res, aujourd’hui conservées au Warburg 
Institute, furent exposées pour la première 
fois à Londres en 1942, 

Celles-ci n'ont été éditées sous forme de 
cartes qu'en 1969 dans des reproductions 
d'assez piètre qualité, puis à nouveau en 
1977 avec des bordures conformes aux 
cadres d'origine. L'inspiration très surréa¬ 
liste des allégories fait une large part à des 
symboles érotiques. Chaque carte est légen- 
dée eri anglais. Les atouts sont nommés 
îrunips^ les Bâtons wands baguettes »), 
les Coupes cup.s, les Épées swords et les 
Deniers disks, 

Paris, collection Atger, 

BibL : Kaplan, 24J-244. 


149 



KNICHT oV SWORDS . 


143 




































■ 


151 

Tarot « Eye Magazine » 

Eye 

dessinateur : J, Cooptr 
Éiats-Ums, 1969 
22 caries 

héliogravure en couleurs 
papier 

639x488 mm (posler) 
marque!) ^ 

eye (nom de la revue* au centre du poster) 

J, Caoper (Roue de Fortune/ of For¬ 
tune, marquée tarot) 
signature : (Tempérance) 

Ces images sont représentatives des ten¬ 
dances qui anîmaieni le mouvement de 
« contre-culture » américain à la fin des 
années 60. Ici seuls les 22 « arcanes 
majeurs ?> ont été pris en considération. Le 
dessinateur, J. Cooper* a retenu un certain 
nombre de phénomènes modernes tels le 
prêtre zen en guise de Pape fThe Hiero- 
phant) ou la moto du Chariot. Les longues 
chevelures* signe de jeunesse et de liberté* 
hantent ces images* jusques et y compris 
sur la Maison-Dieu (The Tower) ou sur la 
Lune (The Mûon). Le traitement graphique 
fait appel à de grands à-plats de couleur qui 
évoquent La technique de la sérigraphie 
alors très en vogue. 

Lelnfelderi-EchterdingeirL* Deut sches 
Spielkarter-Muséum* B 1614, 

Bibl. : Bielefeld 72. n* 86- Kaplan, 185. 


152 

Tarot « A cfuei » 

Actuei, n° 51 

conception ; Frédéric Joignot 
photographies 3 Bernard Matussière 
Paris, janvier 19S4 
22 cartes 

offset en couleurs 
papier fort plié en trois 
620 X 297 mm 

dos : publicité Lessive Si Marc 

Depuis sa reparution en 1979, Aauel a 
profondément marqué le mouvement des 
idées issues de Mai 68. L^esprit de la con¬ 
testation étudiante qui s’exprimait dans 
l’ancienne formule (1970-1974) a fait place 
à un regard plus distancié* plus en prise 
aussi avec le réel. Alors que les thèmes 
développés il y a plus de 10 ans étaient pro¬ 
ches de la contre-culture américaine* et 
n’étaient pas éloignés de ceux défendus par 
la revue Eye et son tarot (voir n° précé¬ 
dent)* le changement d’approche est sensi¬ 
ble dans ces images. On mesurera le chemin 
parcouru en comparant le tarot imaginé 
par Frédéric Joignot et la planche de 


J* Cooper, Présenté comme « le Tarot des 
imagiers du Moyen Age traduit en français 
contemporain », ces cartes sont constituées 
de photographies que l’on peut découper* 
Références à l’œuvre d’Oswaid Winh (cf. 
n® 140), les allégories font appel à une 
illustration à la fois plus réaliste (la photo¬ 
graphie) et plus distanciée : c’est à une 
parodie pleine d’humour que nous avons 
affaire. La réactualisation des thèmes est 
évidente : la Justice, par exemple, n’est 
plus armée de son glaive et de sa balance — 
comme dans l’image de Cooper —, mais 
d’un**, micrû-ordinateur (Apple II plus 
48K avec deux lecteurs de disquettes). Le 
Mat est devenu journaliste et la Papesse... 
secrétaire. Quant à la Maison-Dieu elle est 
redevenue la Maison du Diable qu’elle était 
à l’origine ! En revanche* la moto — déci¬ 
dément promue symbole éternel du triom¬ 
phe social — incarne ici encore le Chariot. 

Paris, collection T. Depaulis. 
iîibi. : AdT, n* 18. 


153 

Tarot <( des Centuries » 

Héron-Boéchat 

Bordeaux, France* 1984 

7S cartes (complet), enseignes italiennes 

offset çn couleurs 

papier en plusieurs couches 

120x 63 tnm 

dos : croix de Malte cl points alternis 
marques : 

N.D. (Nostre-Dame) (2 de Deniers et de 2 de 
Coupes) 


Nomenciature ÎPCS : lT-1 
étui carton imprimé a TA/^OT DE /NOS- 
TRA/DAMVS ^ / u HERON.BOECHAT / 
MAITRES CARTIERS / A BORDEAUX » 
(retiré de la vente) 

livret d’accompagnement ; Tarot de Nostrada- 
mus. Pour deviner ce dont {'avenir sera faici, 
s.l. : Bûéchai/Héron* s.d.* 48 p, 

On pouvait s’étonner de Tabsence de 
Nostradamus dans la tradition du tarot 
ésotérique, qui en a vu d’autres... L’injus¬ 
tice est réparée : la société Boéchat vient de 
lancer son « Tarot des Centuries ». 

C’est la découverte récente, par le magi- 
cieri Dominique Webb* d'une feuille ornée 
de dessins inspirés du Tarot de Marseille et 
présentant d’évidentes références à l’œuvre 
de Michel de Nostre-Dame qui a permis de 
réaliser ce chef-d’œuvre d'habileté graphi¬ 
que. L’essentiel des cartes a été fourni par 
le tarot de J.P* Payen de la collection 
Borvo (1713 — cat. n® 38), le reste ayant 
été reproduit d’après la mystérieuse feuille. 
C’est ainsi que l’Empereur est devenu 
Aênobarb, la Justice La Balance, la Tem¬ 
pérance Le Verseau et le Soleil Aemathien, 
On a reconstitué les noms du Pape en 
Grand Pasîor^ du Bateleur en Branchas, de 
la Mort — ici nommée — en Lybiîine et du 
Diable* devenu Lantechrisi, selon la termi¬ 
nologie de Nostradamus. Un curieux cava¬ 
lier d’Épées oriental avec épée à deux lames 
s’est substitué à l’original et les initiales 
MD. ont remplacé celles du Cartier sur le 2 
de Deniers et le 2 de Coupes. 

Paris, collection T. Depaulis. 

Bibl : AdT, IS. 



144 




































Notes 


1. Tractafus iie tnoribus el disciptin^ ktimufîtie 
cQ/i versai ion is, id es( ludits cartulantm. 

2. Pour plus de délaits nous renvoyons auji pre¬ 
miers chapitres de l'ouvrage de Michael 
Dummett, The Game of Taroî^ Londres, 
1980 (chap, 2 et i). 

3. Voir Dummett, op. ciT., p. 67-68. 

4. Dunimeti, chapitre 4. 

5. Moakiey ; voir bibliographie. 

6. Leopddo Cicognara, Memorie speilanri atia 
Storia deifa Cakografia, Prato. 1831. 

7. Algert : voir bibliographie. Nous remercions 
Vito Artenti d‘avoir atitîré notre attention 
sur ce livre récent. 

8. Algeri, p. 59-90. 

9. Publié dans : Robert Steele> « A Notice of 
the Ludus Trîumphorum and some Early 
Italian Card Games n. Archaeologic^ 
voL LVIl, p, 185-200, 

10^ Pour la France^ voir : Thierry Depaulis. 
« Les débuts et le développement du tarot en 
France », PC, XII, n" 4, p. |23 sqq. 

È !. Voir : Peter Kopp, « Das Tarockspicl iiî der 
Schweiz », FC, Xll, n* 1-2, p. 45 sqq. 

12. Charles de firosses, Journai du voyage en 
Ilaiie, cd. Romain Colomb, Paris, 1836 
<2 vol.). Nous remercions Jean-Marie Lhôte 
de nous avoir signalé cette intéressante 
mention, 

13. Ce jeu, dont un exemplaire complet se 
trouve au Britlsh Mus^cum à Londres, est 
orné, sur chaque carte, d*une vignette fine¬ 
ment gravée. Il s^agit d^un jeu à enseignes 
allemandes (cL .Albertina 74, n* 82). 

























Index des lieux de production ou édition 

tics renvoient aux du caialo^ue) 


Allemagne^ 70> 72 
Allemagne du Nord* 76 
Amsterdam, 129, 130 
Annecy, IIS 
Avignon, 38 
Bavière (Bayern), 68 
Belgique, 73 
Besançon, 48, 119 
Bologne, 23, 24, 25, 26, 60, U 
Bordeaux, 153 
Bruges (Brugge), 75 
Bruxelles, S7, 74 
Budapest, 99 
Catane (Catanial, 93 
Chambéry, 42 
Colmar, 46 

Constance (Konstanz), 45 
Copenhague (Kobenhavn), ÏÛS 
Épinal, 49 


États-Unis, 151 

Ferrare, S, 9, 10, H, 17, 13, 19, 21 
Florence (Firenze), 27, 23, 58, 59, 61, 37 
France, 134, I35i I36 

Francfort (Frankfurtï, 35, 103, 104, 106, J22 
Fribourg (Suisse). 43 
Gènes (Genova), 91, 92 
Italie, 6, 64 

Italie du Nord, 7, S, 9, 12, 54 
Lelnfelden, 111 
Leipzig, 83, 86, 97 
Lübeck, 78 

Lucques (Luçca), 29, 30, 31 

Lyon, 13, 39 

Marseille, 40, 41, 138 

Milan, (, 2, 3,4. 15. 16, 53 

Munich (München), 67, 71, 77, 34, 107, 110 

Neuhausen am RIieinfalË, 50, 123 

Nuremberg (Nürnberg), 79, 105 


Ou] lins, 127 
Palernie, 65, 66 

Paris, 33, 34, 35, 36, 37, 62, 63, 80,31, 112, 113, 
114, 115, 116, 117, 120, 121, 124, 125, 126, 
128, 129, 130, 131, 132, 133, 137, 139, 140, 
141, 142, 143, 144, 145, 146, 147, 152 
Provence, 6 
Rome, 14, 32 
Rouen, 55 

Schafrhouse (Scharrhausen), 149 

Strasbourg, 44, 47 

Siutigart, 69 

Suisse, 73 

Trieste, 94, 148 

Turin (Torino), 51, 52, 89, 90 

Turnhoui, ISO 

Venise, 17. 18, 19, 20,21, 22 

Vienne (Wien), 95, 96, 97, 98, 100, 101, 102, 109 

Weimar, 82 


147 


I 


Index des noms de cartiers, artistes, auteurs ou éditeurs 

(les n® renvoient aux n° du catalogue) 


Aau€i 152 

Agnolo Hebreo <M.), 25 
A h Perié Orienfate, 46 
Altû Coionna, 32 
Alfa Fania, 31 
AUa Fortutja, 88 
AirAqutk, 60 
Ailû Torre, 26 
AlNetle. 129, 130 
A.M.R., 61 

Armanino {Fraiclli), 91, 92 
ASS, 110, 111 

Beltramo (Carolina Vedova), 90 

Bembo (Bonifacio), 1, 2, 3 

Berger (Albert), 109 

Bcrni (Francesco), 20 

Blanck (J-HJ, 46 

Bouchaud (F.). 73 

Bourliûn (François), 40 

Burdel (Claude), 43 

Cajctan (Anton Elfinger, dit). 96 

Carey (Louis), 47 

Carrajat (C. François), 42 

Carta Mundi, 150 

Colomba, 87 

Concetta Campione, 93 

Constant (Alphonse-Louis), 139 

Conver (Nicolas), 41 

Cooper (J.), 151 

Cossa (Francesco), 9, 10 

Court de Gébelin (Antoine), 128 

Crowley (Aleister), 150 

Daveluy, 75 

De HaulOl (Adam CJ, 55 

Delarue, 137 

Délia Rocca (Carlo), 54 

De Poilly (François), 62, 63 

Di Lucca^ 31 

Dûdal (Jean), 39 

Dondorf, 1(36 

Dorff (E.FJ, 76 

Dulora de La Haye (Mme), 145 

Ecole ferraraisË, 11 

Elsd Magyar Kârtya Gyâr Részveny, 99 
Eneausse (Gérard), 142, 144 


Ettellla, 129, 130 

Eye Magùzin^:, 151 

Falconnier (R.), 143 

Fetscher (Joseph), 77, 84 

Fortuna (Florence), 58 

Fort^na (Palermc), 66 

Fossorier, Amar et Cie, 121 

G AL, 70 

Gaetano, 60 

Galler (Jean), 57 

Carzoni (Tomaso), 22 

Gaudais (J.). 116 

Geofroy (Catelin), 13 

Glanz (Joseph), %, 109 

Gobi (Andrews Benedictus), 67, 71 

Goülinat (Gabriel), 144 

Grimaud, 113, 114, 115, 124, 125, 147 

Gueffier (Veuve), 132 

Gumppenberg (Ferdinando), 53 

Harris (Ffieda), 150 

Haupold (Andréas), 79 

Hautot (Adam C, de). 55 

Hayard et Cie, 145 

Hebreo (M, Agnolo). 25 

Héron-Boéchat, 153 

Hoidhaus (Cari), 98 

Hûlmblad (L.PJ, J08 

Industrie Comptoir, 83, 86 

Isnard (Pierre), 44 

Jegel (Johann Conrad), 105 

Jerger (JJ, 48 

ioignot (Frédéric), 152 

Lando (Giuseppe), 51 

Lasne (Michel), 56 

Laudier (Nicolas François), 44 

Lefer (AJ, 80, 81 

Lemmels (C,G,, Wüwe), 76 

Lequart, 112, 120 

Lévî (Eliphas), 139 

Loison (Etienne), 37 

Lollio (Flavio Alberto), 21 

M,A.„, 119 

M.L.A.,., 126 

Maître de Ferrare, 9, 10 

Manlegna, 9, 10 


Marteau (Paul), 146 
Malussiére (Bernard), 152 
Mayer (Johann Pelagius), 45 
Mitelli (Giuseppe Maria), 14 
Modiano, 94, I4S 
Mornieux (Victor), 127 
Moser (Ditha), 109 
Millier (A,G.), 50, 123, 149 
Müller (Heinrich), 83 
Neumayer (JJ, 102 
Noblet (Jean), 35 
29, 30 

Papus, 142, 144 
Payen (Jean-Pierre), 38 
Pellerin et Cie, 49 
Piatnik, lOO, lÛl, 102 
Poilly (François de), 62, 63 
Pommer, 105 
R.M., 88 
Rider & Cy, 149 
Robert, 133 

5ax-Wdmarn priviiegierte Karienfabricant, 82 

Schmid (F.XJ, IIÛ 

Servaes (T j, 74 

Smith (Pamela Colman), 149 

Süss (Cari Gotlieb), 69 

Tourcaly (J. François, fils), 138 

Tschann, 46 

Tuzzoiino, 65 

U S. Games Systems, 130 

Uffenheimer (Max), 95 

ülmann (SJ, 97 

Viassone, 89 

Vléville (Jacques), 34 

Vergnano, 52 

Waite (Arthur EJ, 149 

Wegener (Mce Otto), 143 

Wilieb, 117 

Wirth (Oswald), 140, 141 
Wolf, 85 

W'üst (Conrad Ludwig), 122 
Zavattari (Francesco), L 2, 3 
Zimmermann (Hermann Berend), 7S 
Zoya, 42 


148 


Bibliographie 


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L 'As de Trèjie : Bulletin de l’Association des 
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Milan 80 

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xv* al xx'^ sec. Milan, 1980. 

Moakiey 

MOAKI.EVt Gertrude. The Tarot Card'i Painted 
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O'Donoghue, Freeman M, Catalogue of the 
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Hoffmann, Detlef. Spielkartensammlung 
Piatnik : Fine Auswahl. Vienne, 1970. 

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ScHREJBER, W'’ithetm-Ludwig, Oie àliesten 
Spietkarten und die auf das ATffrfejrrs/^je/ Bezug 
habenden Urkunden des 14. und /5. Jahran- 
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WiLLSHiRE, W’illîanri Hugues. A Descriptive 
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British Muséum. Londres, 1876. 

Zurich 73 

Kunstge^erbemuseum, catalogue ; Sch^eizer 
Spielkarten. Zurich, 1978. 


I 







































Table des matières 


Avant-propos d^AMDRÉ MiQUEl 

Préface de Michaël DuM^fETT _ _ .... 

Introduction de Detlef HOFFMANN ___ 

Repères : 

Repères l : Les différents systèmes d’enseignes 
Repères 2 : Qu’est-ce qu'un jeu de tarot ? .... 
Repères 3 : Le problème de Tordre des atouts . 
Repères 4 ; Les règles universelles du tarot ..,, 
Illustrations en couleurs. 


7 

9 

n 


17 

17 

18 
19 
21 


Avant le tarot, les cartes 


33 


Le tarot, création d^artiste? ......... 

La cour de Milan ................. 

Les ateliers secondaires ... 


35 

37 

38 


De Toeuvre d*art à la production en série ................................... 43 

Les tarots humanistes........ 45 

Les « Tarots de Mantegna » ... 46 

Fn TtAhe 53 

Milan. 53 

Ferrare ........ 54 

Bologne. 56 

Florence . 59 

Lucques ....... 60 

Rome ..4.................. ..IB............. 62 

En France ........-.. 62 


Le tarot en Europe : Texpansîon du XVJIF siècle ........ ... 69 

Le Tarot de Marseille et ses avatars ..... 71 

Le Tarot de Marseille .......... 71 

Le Tarot de Besançon....... 74 

Les rejetons italiens .... ................ .... 7S 

Le Tarot de Rouen/Bruxeiles........ 

Le MinchiQîe . ^ ......* ... —.. 82 

Le tarot sicilien.......... 87 


Î51 
















































Une cassure originale : les tarots à enseignes françaises 
Tarots animaliers .. ^^^ ^ ^ 

Tarots à scènes diverses... 


89 

92 

98 


Le jeu dans tous ses états : le tarot aujourd’hui 


T ^ Tt’sli 

Florence ^> 

Bologne , +, ^ ^^. h .. 

Piémont et Lombardie ... 
Sicile .. 


4 + l + l + « + l + b4 l'4 


h44h4-BhHP44^ + l 




Les pays germaniques..... 

L^a F'rance bb.bb.bb.bbbb.b«b.bbbibbb 

Tarots à enseigncBS italiennes.. b b . b 

Tarots à enseignes françaises.. b . 




105 

107 

107 

107 

108 
110 

ni 

120 

120 

125 


L’occultisme, un « détournement »?.*. b . 

Le tarot « égyptien » et la tradition d’Etteilla. 

Le grand mouvement occultiste b .............. 

Aspects de Poccultisme au XX‘= siècle . b b b , b b b .. 


P # + 4lli« + riahh«g iai 


P" + " + P1P 


131 

133 

138 

Ui 


Notes 


145 


Index des lieux de production ou édition ... b b b ... b . b.... 147 

Index des noms de cariiers, artistes, auteurs ou éditeurs b ....... 14S 


Bibliographie ,. 


149 



















r 


I 

i 













J 

iv 


'i- 


♦ 


f 



9 































DES PRESSES 

DE L’IMPRiMEREE UNEON A PARIS 
LE 4 OCTOBRE 1984 


Crédits photographiques 

Toutes les photos sont dues au Service Photographique de la Bibliothèque Nationale, sauf : 
Accademia Carrara di Belli Arti (Studio Da/Re) : n'^ 3. Vito Arienti : n* 5L Bibliothèque 
Municipale de Rouen : n"* 12, 80, 81. Boéchat-Héron : ti° 153, British Muséum : n" 25, 29, 
32, 69, 70. Castello Sforzesco : n® 16. Deutsches Spielkarten-Museum (Sepp Mayer) : 
p. 12, n“ 6, ÎO, 28, 58, 71, 78, 82, 95, 96, 98, 105, 109, 15L Michael Dummett : n® 65. 
École Nationale Supérrieure des Beaux-Arts : n'’ 23. Grimaud-France Cartes : p. 17 et 18, 
n"' 38, 63. Elisabeth Hausmann : p, 13. Heinrich Kumpel ; 79. Metropolitan Muséum of 

Art : n® 17. Musées de la Ville de Paris ; n'^ 11. Muséum fur Kunsthandwerk : n® 13. Jean- 
Pierre Peersman ; n®‘ 43, 44, 86, 107, Réunion des Musées Nationaux : n'^ 8, 24. David 
Temperley : n® 55. Victoria and Albert Muséum : n® 4, Yale Unîversity Library : 5, 

15. 







































































































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